‹ Louis de Gramont. Jules César, de William Shakespeare, traduction intégrale en 4 actes et 17 tableaux, musique de scène de M. Gustave Doret. Édition conforme aux représentations du Théâtre de l'OdéonChapitre 4 sur 22 · TRÉBONIUS · texte numérisé non relu

TRÉBONIUS

Oui, César, tout auprès! (a part ) Et tes amis sans doute souhaiteront que j’eusse été plus loin de toi !

CÉSAR

J’ai là du vin que vous allez prenire avec moi. — Venez, puis nous partons et nous aurons en route tout l’air de bons amis.

BRUTUS, à part.

L’air seulement, César! — Et le cœur de Brutus se serre à cette idée.

Tous sortent.

Sur le proscenium.

ARTÉMIDORE, lisant un papier qu'il tient à la main. « César, prends garde à Brutus; fais attention à Cassius; ne t’approche pas de Casca; aie l'œil sur Cinna ; ne te fie pas à Trébonius; surveille bien Métellus Cimber; Décius Brutus ne t’aime pas et tu as offensé Caïus Ligarius. Tous ces hommes n’ont qu’une pensée, et elle est dirigée contre César. Si tu n’es pas immortel, prends garde à toi! La sécurité ouvre le chemin à la conspiration. Que les Dieux puissants te protègent! — Ton ami : Artémidore. » Je veux ici moi-même, à César que je guette, — remettre cet avis en guise de requête. — La vertu, j’en soupire, est soumise ici-bas — à la dent de l’envie et ne l’évite pas. — Si tu lis ce billet, ô César, tu peux vivre; sinon, la Destinée à ces traîtres te livre.

Il sort.

Entrent Portia et Lucius.

PORTIA

Va vite, je t’en prie, enfant, cours au Sénat. Ne reste pas ici pour me répondre, va. Pourquoi l’arrêtes-tu?...

LUCIUS

Pour connaître vos ordres.

PORTIA

Je te voudrais parti là-bas et revenu, avant de t’avoir dit ce que tu devras faire ! O constance, demeure ferme auprès de moi. Mets entre mon cœur et ma langue une montagne. J'ai l’esprit mâle, mais dans un faible corps de femme... Comme une femme a peine à garder un secret! Quoi! tu n’es pas encore parti ?

LUCIUS

Que dois-je faire, madame? Aller au Capitole, et rien de plus? Puis revenir auprès de vous et rien de plus?

PORTIA

Va voir, petit, si ton seigneur a bonne mine; car il s'en est allé souffrant. Prends bonne note de ce que fait César, vois quels solliciteurs l’entourent. Mais écoute, enfant, quel est ce bruit?

LUCIUS

Je ne sais pas, Madame.

PORTIA

Ecoule, je t’en prie. C’était comme un tumulte et comme un bruit de rixe que le vent m’avait apportés du Capitole.

LUCIUS

Non, véritablement, je ne crois pas, madame.

Entre le Devin.

PORTIA

Viens ici, compagnon. L‘e quel côté viens-tu?

LE DEVIN

De ma propre maison, bonne dame.

PORTIA

Quelle heure est-il?

LE DEVIN -Environ la neuvième heure, madame.

PORTIA

César, dès à présent, est-il au Capitole?

LE DEVIN

Madame, pas encor. Je vais prendre ma place, de façon à le voir passer quand il ira.

PORTIA

Tu dois avoir une supplique pour César ?

LE DEVIN

Vous l’avez dit. Et si, par fortune, César veut à César assez de bien pour m’écouter, je le conjurerai d’être son propre ami.

PORTIA

Quoi ! Connais-tu quelque danger qui le menace?

LE DEVIN

Je n’en connais aucun; j’en redoute beaucoup. Je vous salue. Ici, cette rue est étroite; et la foule qui suit les talons de César, sénateurs et préteurs, solliciteurs vulgaires, presserait un pauvre homme au point de l'étouffer. Je vais chercher un plus large endroit, et, de là, parler au grand César sitôt qu’il passera.

Il s’éloigne.

PORTIA, à elle-même.

Il faut rentrer. Hélas! que le cœur d’une femme est une faible chose ! O Brulus ! que les cieux te secondent! Ah! cet enfanta dû m’entendre... (a Lucius.) Brutus doit à César demander quelque chose qu’il n’accordera pas. Je me sens défaillir. Cours, Lucius, parler à mon seigneur de moi. Dis-lui que je suis gaie et me reviens ici répéter, mot pour mot, tout ce qu’il l’aura dit.

Portia et Lucius sortent, chacun de son côté. Fanfares. Entrent César, Brutus, Casca, Décius, Métellus, Trébonius, Cinna, Antoine» Publius, etc. Le Devin reparaît» puis Artémidore.

CÉSAR, apercevant le Devin.

Et les Ides de Mars ? Elles sont arrivées.

LE DEVIN

Oui, César; mais le jour n’est pas encore fini.

ARTÉMIDORE

Salut, César I Lis cet écrit.

DÉCIUS

Trébonius vous demande humblement qu’à loisir vous preniez connaissance de la requête que voici.

ARTÉMIDORE

O César, lis d’abord la mienne, une requête qui touche de plus près César. Lis, grand César.

CÉSAR

Ce qui nous touche, nous, doit passer en dernier.

ARTÉMIDORE

Non, non, point de délai, César. Lis à l’instant.

CÉSAR

Quoi donc? Ce compagnon est-il fou?

PUBLIUS

Drôle I arrière !

CASCA

Quoil Vous présentez vos suppliques dans la rue? Venez au Capitole.

Tous sortent.

Le Sénat.

L’intérieur du Capitole. — Vaste et haute salle, garnie de gradins. — Le fond est coupé par un large escalier aboutissant à une haute porte, qui donne accès au dehors. — A la partie supérieure du mur du fond, trois baies demi-circulaires éclairent la salle. — A gauche, la chaise curule de César; à droite, lui faisant face, la atatue de Pompée. Quand le rideau s’écarte, de nombreux sénateurs sont en séance; les uns assis à leurs places, les autres diversement groupés. Parmi eux, Popilius Léna et Lépide. Près de la statue de Pompée, Cassius — Sur une sonnerie de trompettes, César apparaît au haut de l’escalier, suivi de Brutus, de Casca et des autres conjurés qui sont allés le chercher, ainsi que d’Antoine. — César descend lentement, salué par tout le Sénat, et va occuper le siège qui lui est réservé.

POPILIUS, à Cassius, en passant.

Je souhaite que votre entreprise aujourd’hui réus* sisse.

CASSIUS

Que dites-vous, Popilius ?

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