‹ Louis de Gramont. Jules César, de William Shakespeare, traduction intégrale en 4 actes et 17 tableaux, musique de scène de M. Gustave Doret. Édition conforme aux représentations du Théâtre de l'OdéonChapitre 5 sur 22 · POPILIUS · texte numérisé non relu

POPILIUS

Adieu.

Il s’éloigne et se dirige vers César avec qui il s’entre-

tient quelques instants.

BRUTUS, allant à Cassius.

Que vous a dit Popilius Léna ?

CASSIUS

Qu’il souhaite voir réussir notre entreprise. Notre dessein est il découvert? J’en ai peur.

BRUTUS

Il aborde César... Observez-les.

CASSIUS

Alerte, Casca : nous avons peur que l’on ne nous prévienne. Brutus, que faire? Si la chose est découverte, Cassius ou César n’en doit pas revenir. Je mourrai de ma main.

BRUTUS

Du calme, Cassius! Popiliusne parle point de nos projets : il sourit et César garde un front impassible.

CASSIUS

Voyez, Trébonius sait agir à propos, car il emmène Marc-Antoine hors d’ici

En effet, Antoine et Trébonius sont restés à causer sur

l’escalier et sortent ensemble.

DÉCIUS

Où donc est Métellus Cimber ? Il faut qu’il vienne présenter sur-le-champ sa requête à César.

BRUTUS

Le voici. Tenons nous près de lui pour l’aider.

CINNA

. Casca, c’est votre main qui frappe la première.

CÉSAR

Sommes-nous. prêts? Quel sont les abus qu'aujourd’hui César et son Sénit auront à redresser?

MÉTELLUS

Très haut, très redoutable et très puissant César, Métellus Cin.ber vient devant ton tribunal avec un cœur soumis...

CÉSAR

Je t’arrête, Cimber. Ces platitudes, ces humbles flagorneries capables d’enflammer le sang d’hommes vulgaires, les feraient revenir sur leurs décisions ainsi que des enfants. Ne t’imagine pas que le sang de César, rebelle à ses vouloirs, se laisse pervertir par tous ces dissolvants opérant sur les sots : par de douces paroles, par des prosternements abjects et des bassesses de chiens couchants. Ton frère est banni par décret. Si tu viens t’abaisser, prier, flatter pour lui, je te repousse de mon chemin comme un chien. César est juste. Apprends qu’il faut pour le fléchir de solides raisons.

MÉTELLUS

N’est-il pas une voix plus douce que la mienne à l’oreille du grand César ? Puisse-t-elle obtenir le rappel de mon frère banni !

brutus.

Je baise ta main, non comme un flatteur, César, mais pour te demander que Publius Cimber sol rappelé d’exil et puisse revenir.

CÉSAR

Eh quoi ! Brutus !

CASSIUS

Pardon, César, pardon. Regarde Gassius, à tes pieds s’abaissant, implorer le retour de Publius Cimber.

CÉSAR

Je pourrais être ému, si j’étais comme vous. Si je pouvais prier quelqu’un pour l’émouvoir, les prières pourraient aussi me toucher ; mais je suis aussi constant que l’étoile polaire qui, toujours fixe, est sans pareille au firmament. Les cieux sont éclairés d’étincelles sans nombre, qui toutes sont de feu, dont chacune est brillante; mais une seule garde entre toutes sa place. Ainsi ce monde : il est largement peuplé d’hommes, qui tous sont de la chair, du sang, de la pensée. Dans le nombre, pourtant, je n’en connais qu’un seul qui brave toute attaque et conserve son rang et reste inébranlable ; et cet homme, c’est moi. J’en donne en ceci même une légère preuve : j’ai voulu sans faiblir que Cimber fût banni et sans faiblir je veux qu’il demeure en exil!

CINNA

O César!

CÉSAR

Loin de moi! Penses-tu soulever l’Olympe?

DÉGIUS.

O grand César!

CÉSAR

Brutus ne m’a-t-il pas supplié vainement?

GASCA.

Parlez pour moi, mes mains!

Ils poignardent César.

CÉSAR

Et toi, Brutus, aussi? Alors, tombe, César !

Il tombe. Tous les sénateurs s’enfuient en désordre.

CINNA

Liberté! Délivrance! La tyrannie est morte! Allez le proclamer, le crier par les rues !

GASSIUS.

Que l’on aille crier aux tribunes publiques : Indépendance, affranchissement, liberté l

brutus.

Peuple, et vous, Sénateurs, point d’effroi ! Pourquoi fuir? Restez : l’ambition a reçu son salaire.

GASGA.

Brutus, à la tribune!

DÉCIUS

Et Cassius aussi.

BRUTUS

Où donc est Publius?

CINNA

Ici, tout consterné de voir cette révolte !

MÉTELLUS

Restons ensemble tous, de peur que d’aventure quelque ami de César...

BRUTUS

Non, non, ne parlez pas de rester là. Vous, Publius, remettez-vous. On ne médite rien de fâcheux contre vous, ni contre aucun Romain. Dites-le, Publius.

GASSIUS.

Et quittez-nous, de peur qu’on se ruant sur nous le peuple ne maltraite aussi votre vieillesse.

BRUTUS

Allez, et que nul ne réponde de cet acte, excepté ses auteurs !

Publius sort en chancelant par la gauche. — Trébonius

entre par le fond.

CASSIUS

Eh bien, et Marc-Antoine?

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