PREFACE
Au XIV* et au xv* siècle l'esprit français a grandi, il a manifesté par ses productions son véritable caractère : en littérature il devient satirique sous la bénigne apparence de fictions romanesques ; dans les arts, il perfectionne ses œuvres et leur imprime un mouvement de progrès sensible à tous les yeux; dans le domaine de l'opinion, il se fortifie jusqu'à s'attaquer, par des épi grammes en action, aux grands personnages et aux grands événements ; en politique, il amène les émotions populaires toujours conduites par des seigneurs qui les lancent contre des rivaux parfois très plébéiens. En un mot, l'agitation est partout et pénètre toutes les parties de la société qui se constitue. Le schisme s'introduit dans l'Église; on regarde à tout ce qui
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est ancien; un régime nouveau veut se faire jour à travers les restes de la barbarie séculaire qui s'éteint : c'est le prélude très significatif des réformes littéraires et sociales qui vont se réaliser dans le siècle suivant , sous la protection toute-puissante d'un descendant de la race d'Orléans-Valois.
Deux princes de cette race dominèrent le xiv« et le xv^ siècle; ils en avancèrent les arts, la littérature et les mœurs , par leurs exemples et par leurs ouvrages.
En essayant de retracer ici l'histoire de l'influence de ces deux princes, Louis et Charles, ducs d'Orléans, nous avons dû nous attacher à réunir dans un cadre naturellement restreint les faits les plus propres à indiquer l'action constante de ces deux personnages sur la marche de l'esprit général de leur temps, sur le progrès qu'ils hâtèrent dans les lettres, les sciences et les arts. Nous en avons recueilli les témoignages nombreux dans les circonstances de la vie intime de ces princes, dans des faits de détail que l'histoire générale dédaigne d'ordinaire, mais qui, pour avoir été négligés, n'en sont pas moins des plus caractéristiques des temps et des hommes.
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La première partie de notre ouvrage appartient à la vie de Louis d'Orléans; mais à sa vie de château, de fêtes et de plaisirs, lorsqu'il est accompagné de sa nombreuse maison, de ses joueurs de personnages, chanteurs des deux sexes, des ménestrels, jouteurs, peintres, joailliers, sculpteurs et tapissiers, des chasseurs et de ses meutes. C'est la vie de prince dans tous ses détails, dans de vastes palais ornés des meubles précieux qu'une grande fortune pouvait facilement y réunir, tapisseries d'or et de soie, émaux et verrières, vases et joyaux de métaux précieux ornés des plus riches pierreries : état vraiment royal dont les chartes originales nous ont conservé une sorte d'inventaire où figurent tour à tour les produits infiniment variés de tous les arts, et où se trouvent ainsi réunis les éléments sincères de leur histoire au xiv' et au xv^ siècle.
L'histoire de la langue et de la littérature françaises de la même époque se retrouve dans notre exposé des relations personnelles du duc Louis d'Orléans avec les écrivains ses contemporains, dont il fut à la fois l'élève et le protecteur; dans l'analyse que nous avons faite de leurs principaux ouvrages transmis jusqu'à nous par les manuscrits.
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Quelques fragments des Essais poétiques de ce prince prouveront qu'il s'adonna assez heureusement à la poésie.
Sa vie politique est fort abrégée dans ce volume. L'histoire des querelles d'Orléans et de Bourgogne est partout : quelques faits nouveaux nous ont été cependant réservés; les relations du prince avec l'empereur d'Allemagne, avec le roi d'Angleterre, etc. Nous mettons aussi pour la première fois en évidence les documents relatifs au projet de créer, pour le duc Louis d'Orléans, un royaume en Italie. Le duc de Bourgogne mit fm, par un assassinat, à cette grande destinée.
Le duc Charles succéda bien jeune encore à son père; il est le siijet de la seconde partie de cet ouvrage. La mort violente du duc Louis lui a fait une position hérissée de difficultés; il doit pourvoir à la tutelle de ses frères, àla défense de son parti les armes à la main, il doitpayerles dettes énormes de son père. Les documents revêtus de la signature du duc Charles nous apprennent comment il réussit à surmonter tant d'infortunes, et à suffire aux dépenses de sa famille, de sa maison, à l'entretien de ses châteaux et de leur riche mobilier, à l'acquisition d'objets