CHAPITRE ÏIL
COUCHES DE LA DUCHESSE d'ORLÉANS. — BAPTÊME DU PRINCE CHARLES.
Naissance de Charles d'Orléans. — Il reçoit le titre de comte d'Angoulème. — L'écuyer pannetier porte à la reine la nouvelle de l'heureuse délivrance de la duchesse — qui lui fait donner 200 livres d'or. — Création de l'ordre du Porc-Épic, par Louis d'Orléans. — Cérémonial d'une visite à une nouvelle accouchée. — Trousseau d'une accouchée. — Etoffes et cadeaux achetés à l'occasion de ces couches. — Leur prix. — Leur emploi.
Enfin , au mois de mai de l'année ^ 591 , en Thôtel Saint- Pol a Paris, Valentine de Toiiraine, qui un mois après échangea ce titre avec celui de duchesse d'Orléans, mit au monde un prince qui reçut le titre de duc d'Angoulème, et le prénom de Charles {\). Il lui fut donné par son cousin leducdeBour-
(1) Un ouvrage composé à la un du xv^ siècle nous a conservé l'étiquette observée chez les princes et les grands personnages à l'occasion des couches, et des réceptions qui avaient lieu après, dans la chambre de l'accouchée. 11 est intitulé : Les hommes de la Cour. L'on y remarque que l'un des meubles caractéristiques indiqués par cet ouvrage, est un dressoir, qui est différent selon le rang de la personne qui recevait les visites. Le nombre des degrés, la forme du dais de drap d'or ou de velours, avec son dossier, les coupes, les vases, les flacons, le nombre de drageoirs et de chandeliers d'argent places sur la console, étaient autant de marques distinctives du rang plus ou moins élevé de la personne chez
gogne, le 54 du même mois, en l'église Saint-Pol, où furent faites les cérémonies du baptême du prince nouveau né. Ainsi, les premiers jours du printemps virent naître un homme doué d'une des plus douces et des plus poétiques imaginations que la France ait produites. Et par l'effet d'un contraste secrètement préparé par la destinée, ce fut le plus violent des princes, le duc de Bourgogne, qui vint s'engager par un serment sacré, prononcé au pied des autels, a veiller sur le bonheur du nouveau né, à protéger son enfance, lui qui plus tard fut le meurtrier de son père Louis d'Orléans, et le plus cruel ennemi de toute maison. Toujours ce même mélange de bonheur et de calamités se rencontrera dans l'existence de Charles, et à grande peine trouvera-t-il un jour le repos qu'il avait rêvé toute sa vie.
L'écuyer panelier de la duchesse de Touraine porta à la reine la nouvelle de l'heureuse délivrance de la mère du prince, et il reçut en cadeau, à cette occasion, deux cents francs d'or (1).
qui on allait. L'hippocras, le vin et les dragées étaient alors offerts d'après une étiquette sévèrement réglée. (Voyez Legrand d'Aussy, Histoire de la vie privée des Français, t. III, p. 160 et suiv., et les Mémoires de Sainte-Palaye sur la chevalerie.)
(1) « Charles, etc., savoir vous faisons que nous avons receu la somme de 200 francs d'or, lesquels nous avons fait bailler à nostre très chère compaigne la royne, qui eulz a donnez à Pierre de Becours escuyer panetier de nostre très chère et très amée sœur la duchesse de Touraine, pour les nouvelles que lui apporta de la nativité du filz dont icelle nostre sœur accoucha dernièrement. Donné à Paris, le 2C septembre 1391.»
Le duc Louis de Touraine, devenu duc d'Orléans, vou lant signaler a tout jamais la naissance du fils qui devait assurer la durée de sa race, créa "a cette occasion l'ordre du Porc- Epic ou d'Orléans. Et il était écrit dans le livre des destinées humaines que le prince, en l'honneur de qui cette institution était fondée, se montrerait digne des hâtifs honneurs qui entourèrent son berceau.
Le nombre des chevaliers du Porc-Epic n'était que de vingtcinq, et ils devaient faire preuve de quatre races. Ils portaient la soutane de fine écarlate violette, et par-dessus un manteau de velours azuré, doublé, comme le chaperon, de satin incarnat cramoisi, et par-dessus encore, le collier de l'ordre composé de plusieurs chaînes d'or tortillées. Un Porc-Epic d'or, sur une terrasse émaillée de verdure et de fleurs, y était appendu ; la devise de l'ordre était : Cominus et eminus (\).
Les vêtements nécessaires pour les couches de la duchesse Valentine d'Orléans, ainsi que le trousseau de l'enfant , avaient été commandés longtemps a l'avance. On en connaît tout le détail par le document suivant :
« Despence faicte par moy Jehan Poulain, varlet de chambre et garde des finances de monseigneur le duc de Touraine, pour le fait de la gésine et relevailles de madame la duchesse de Touraine.