CHAPITRE II
LARGESSES DU PRINCE. — FÊTES ET TOURNOIS. — MÉNESTRELS ET MUSICIENS. — SERVICE DE LA MAISON DE LA DUCHESSE D'ORLÉANS.
Louis d'Orléans rachète Bousicaut de la prison, ainsi que d'autres seigneurs. — Magnifique hôtel à Chaillot. — Il le fait meubler. — Joutes à Epernay. — Armoiries de joutes. — Chevaux de joutes. — Aumônes des chevaux à Saint-Éloy. — Oingnements pour guérir les chevaux blessés aux joutes. — Réunions des seigneurs à l'hôtel du Putismusse. — Cadeaux de rubis et de diamants à des dames, faits par le prince. — Don du roi à son frère à l'occasion des couches de la duchesse et d'un voyage du prince en Lombardie. — Noces du seigneur de Montagu et de sa sœur. — Acquisitions à cette occasion. — Joutes. — Musiciens et ménestrels. — Officiers de la maison de la duchesse d'Orléans et leurs gages.
Si le roi accordait k son frère, en cadeaux souvent renouvelés, des sommes aussi importantes, le prince, de son côté, s'empressait d'en faire part aux seigneurs dévoués a son service, a ceux même dont les familles, attachées depuis de longues années aux princes de sa race, étaient allés chercher au loin des occasions d'acquérir de la gloire, lorsque l'état de paix de la France ne leur permettait pas d'espérer d'en rencontrer de prochaines. Et comme, a défaut de batailles, il fallait des fêtes pour occuper la jeune activité du roi et des seigneurs de sa cour, les dépenses occasionnées par les tour-
lîois se renouvelaient si fréquemment, que les ricliesses de la noblesse française n'y suffisaient pas toujours , surtout lorsque le jeu ou d'autres joyeuses distractions réunissaient tous ces nobles chevaliers dans les manoirs seigneuriaux éloignés de la ville de Paris : les plaisirs les plus dispendieux et les plus secrets leur aidaient a écarter l'enniii de leurs loisirs.
La libéralité du duc de Touraine n'était pas moins grande pour les uns que pour les autres. Il rachetait « messire Bou-
« sicault, chevalier, de sa prison (I), » faisait avec une rare magnificence « et a grans frais amesnager un hostel avecques
« toutes ses appartenances, séant en la ville de Chaliau-lez-
« Paris , qu'il avoit eu et acheté à monseigneur de Couc}^ (2) . » Des joutes se préparaient à Épernay, et le duc de Touraine payait, pour lui et pour les siens, ce qui était dii « a un
« peintre qui avoit fait les harnois de jouste (5) » , ainsi que
(1) Dans les o despences faictes pour monseigneur le duc de Tourainne, pour le moys de juing rail ccc luixx et ix par Jehan Poulain, son varlet de chambre. » Ce même personnage y figure encore ainsi : « A monseigneur Boussiquaut, chevalier, en déducion et rabat de la somme de niic frans que monseigneur lui a donné, de grâce espéciale, pour soy aider à racheter de sa prison, par commandement de bouche de mon dit seigneur, tant seulement pour ce ne frans. » — Messire Jehan d'.\chy dit le Galois, chevalier, y figure aussi pour c. frans.
(2) Le prix avait été fixé à v mil francs, comme on le voit par le compte de dépense déjà cité. Le « notaire du Roy ou Chastelet de Paris et son compagnon avaient eu vi francs pour la façon des lettres d'achat de Chailliau.»
(3) Parmi les officiers de sa maison à qui Louis d'Orléans fit cadeau d'un harnois de jouste pcrcii au sien, se trouve messire Pierre de Craon.
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les autres frais occasionnés par les préparatifs de cette fête (^) ; puis « LX sols tournois pour faire les aumosnes des XII che- € vaux de monseigneur a sainct Eloy. ?. Enfin, on indemnisait bientôt après « le maresclial de monseigneur pour faire « certains oingnemens pour guérir le coursier de monseigneur « qui fut blessé aux dites joustes, et autres chevaux (2). » Mais on ne sait a quel chiffre s'élevait l'argent dépensé par le prince, dans une réunion des seigneurs de ce temps, « en « l'ostel de Putismusse pour faire sa voulenté, par ce qu'il « ne vouloit les parties en estre desclairéez (5). »
Les dames n'étaient point oubliées dans ces largesses d'un si grand seigneur. Le duc leur envoyait des rubis , des saphirs ou des diamants ; et les documents authentiques nomment parmi les dames donataires « la reine Isabeau, la belle contesse i de Dreux, la contesse d'Eu , la dame de Beauchien et la a dame de la Ferté Bernart (4). »
Le prix en était de « xx frans. » Il en coûta encore un frans au prince pour faire conduire son propre harnois de jouste, etvi frans pour iv de ses destriers qui furent conduits au lieu du tournois.
(1) Ces grans frais montaient à « c vui frans xvi sols x deniers tournois. » Compte déjà cité.
(2) Cette dépense s'élevait à vi frans, idem.
(3) En un seul jour, au mois de juin 1389, Louis d'Orléans y dépensa ne XXV frans. (Compte déjà cité.)
(4) «Loys,filsderoyde France, etc. Nousvoulonsetvous mandons que, ces lettres veues, vous, des deniers de noz finances, baillez et délivrez à Jehan du Roone, orfèvre, demeurant à Thoulouse, la somme de trois cens quatrevins huit frans que nous lui devons pour les causes qui s'ensuyent. C'est assavoir : pour un groz dyamant, au priz de vnxx. frans, que nous avons fait porter à madame la Royne. Item, vixx frans pour un au-
Le cours de ces galanteries, ainsi que les fêtes et les tournois, furent un instant suspendus par les couches malheureuses de la duchesse de Touraine. Elle mit au monde une fille qui mourut immédiatement après être née. Le roi , a cette occasion, accorda cependant au duc son frère, « 800 frans d'or, pour les grands frais de la gésine de la duchesse(i ) . » La mort de l'enfant nouveau né était imprévueetles dépenses n'avaient pas été épargnées.
Mais les noces du seigneur de Montagu et celles de sa sœur, célébrées dans l'hôtel du duc de Touraine, y rappelèrent bientôt après la gaîté habituelle et les seigneurs les plus en renom mée d'esprit et de galantise. Les achats « de draps de soie, « tant veluaux comme satin et autre, que mondit seigneur feist « prendre et achater pour mestre et emploier aux dictes noces, »
Ire dyamant que nous avons envoyé à nostre très chière et très amée compaigne. Item, xxxvi frans pour un autre dyamant que nous avons donné à nostre cousine la contesse d'Eu. Item, xxx frans pour un rubiz que nous avons donné à belle cousine de Dreux. Item, xii francs pour un saphir que nous avons donné à la dame de Bauchien. Item, xxvni frans pour un dyamant que semblablement avons donné à la dame de La Ferlé Bernart. Item, pour un dyamant, ou priz de xx frans, que nous avons retenu par devers nous. Donné à Thoulouse, le xxix' jour de décembre, l'an de grâce mil ccc uuxx et neuf. »
(1) « Charles etc. Nous voulons et nous mandons que vous faites bailler, sans delay, à nostre très cher et très amé frère le duc de Touraine la somme de 800 frans d'or, que lui donnons et ordonnons lui estre proniptement baillée, pour lui aider à sousfcnir les grands frais et despens qu'il lui faut faire présentement pour la gésine de nostre très chière et très amée sœur la duchesse de Touraine. Donné à Paris le IG' may 1390. «
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furent considérables (I); des joutes eurent lieu (2), et des musiciens furent admis dans l'hôtel du prince pour en animer les plaisirs.
Au mois de février 1 590 , le duc de Touraine était obligé de se rendre en Lombardie. De nouveaux présents et de l'argent comptant lui étaient donnés par le roi, pour subvenir aux frais de ce voyage (5).
Des intérêts puissants excitaient le princeà quitter la France.
(1) Comptes de dépenses de juillet 1390. On voit par ce même document que l'on distribua une somme de cent francs « aux heraux et menestners qui furent en l'hoslel de mon dit seigneur le jour des noces des Montagu. »
(2) Le drap acheté de Robert Thiery, marchand bourgeois de Paris, par l'escuyer d'escurie de mondit seigneur, pour estre employé au fait des joustes, coûta cvn frans v sols tournois.
(3) Les lettres patentes du roi s'expriment ainsi : « Gèiarles, etc. Comme nous soyons tenuz à nostre très chier et très amé frère le duc de Touraine en la somme de soixante mile frans d'or lesquelz il nous a prestez et baillez comptanz, pour faire le voyage de Lombardie ou quel il est présentement de par nous, et lesquels lui avons donné et donnons de nostre certaine science et grâce espéciale par ces présentes pour faire ycellui voyage ; nous venions que vous faites rendre et restituer à nostre dit frère la dite somme, c'est assavoir par chascun mois cinq mile frans jusqu'à fin de paiement. . . . sans que nostre dit frère, ses gens, officiers ou autres quelconques, soient tenuz de rendre compte des ditz Lx m. frans par nous à lui donnés pour faire le dit voyage, etc. Donné à Corbueil le xn* jour de mars l'an de grâce m. ccc uu^^ et dix. »
Avant de partir Louis d'Orléans avait tiré de ses cofres seulement la somme de 34,000 francs, comme on le voit par le document suivant :
tt Nous Loys,etc., certifioiiS à tous avoir eu et reçeu. . . la somme de trente quatre mille francs pour convertir ou voyage que nous faisons présentement en Lombardie... Donné à Paris le nu' jour de février l'an mil ccc un''* et dix, soubz nostre scel secret ordonné en l'absence du grant. »
Froissart nous en indique l'objet en son chapitre xx, livre iv, où il écrit : « de l'armée du jeune comte Jean d'Armagnac et du voyage qu'il fit en Lombardie, et comme il mourut au siège devant la ville de Lombardie. > La création d'un royaume pour Louis d'Orléans préoccupait alors le roi son frère.
Avant de quitter Paris, le prince donna des ordres au gardien des deniers de ses finances, par lesquels < pour les causes c et considérations contenues es lettres données a Courbuel le « xvi^ jourde septembre derrenièrement passé, il lui plaisoit « et il vouloit qu'à sa très chière et bien amée compagne il fust « octroyé, de sa certaine science et grâce especiale, par chas- € cun mois la somme de deux cenz frans a commencer le pre- « mier jour de mars (I). » Cette pension devait lui être payée tant que le voyage de Lombardie durerait. Puis il règle ainsi le service des gens (menus officiers) de la maison de cette princesse, savoir :
Un confesseur et son compagnon, au gage de. xxx fr.
Un varlet d'aumosne. m fr.
Un secrétaire. xxx fr.
Un cirugien. xx fr.
Un apotiquaire. x fr.
Un sommellier des nappes, vi fr.
Un aide de pannelerie. ni fr.
Un oubloier. ni fr.
Un sommellier d'eschançonnerie.
VI fr.
Un aide d'escliançonnerie. m fr.
(1) Les lettres de Louis d'Orléans sont « données à Paris le vi« jour <« d'avril l'an de grâce mil ccc un ^^ et dix. »
Un porteur au gage de
II fr.
Un queux.
xfr.
Un saussier.
un fr.
Un aide de sausserie.
m fr.
Un fruitier.
VI fr.
Un aide de fruit.
iiii fr.
Un chevaucheur.
VI fr.
Un mareschal.
VI fr.
Un pallelïrenier.
xfr.
Un fourrier.
VI fr.
Un aide de fourerrie .
nu fr.
Un garde harnois.
III fr.
LOUIS d'orléans.
Un porteur d'eaue an gage de m fr.
Un sert de l'eaue. ni fr.
Un tailleur. x fr.
Un clerc de chapelle. vi fr.
Deux sommelliers chascun au gage de VI fr.
Un varlet de garde robe. vi fr.
Un aide de garde robe. iiii fr.
Un uissier de salle. vi fr.
Un uissier de chambre. viii fr.
Un varlet de pié. un fr.
Un varlet des chiens. ni fr.
Une lavandière. nii fr.
Une fruitière. vi fr. (l).
(i) Un ordre donné par Louis d'Orléans, de payer les gages des menus ofliciers de la duchesse, échus pendant le voyage du prince en Lombardie, indique aussi la date du retour du prince. Les lettres furent « données à Paris lexxvn^ jour de juin l'an de grâce mil ccc lui^" et dix. »