CONCLUSION
Nous voici au terme de notre étude.
Nous avons sans doute omis quelques-unes des manifestations littéraires de M. Fréchette : mais nous croyons avoir mentionné tout ce qui est précisément digne de mentivn et n’avoir accordé à chaque partie de l’œuvre que l’importance qui lui appartient. s
Telle partie nous a paru digne de mention à cause de sa valeur intrinsèque et c'est, si l'on veut, La Voix d'un Exilé, plusieurs pièces des Fleurs boréales. toute la Légende d'un Peuple et bon nombre des vers des Feuiles volantes, sans oublier le poème de J.-B. de la Salle ; telle partie nous a paru d’un intérêt d'ensemble, et l'en veut dire par là qu’elle nous a aidés à comprendre l'unité de l'œuvre et à l'apprécier, comme Mes Loisirs qui sont en quelque surte le début prophétique de ce qui va suivre, où les Oiseaux de neige qui sont à leur place entre le seutimentalisme des premiers recueils et la forme épique de la Zéende: telle partie nous a - paru d’une nécessité antithétique, expliquant
» re ierg es le discrédit dans lequel les vers
de M. Fréchette semblent tombés, et ce sont ‘les Contes qui se sont présentés à nous, ou les Polémiques : les contes en raison de leur non-valeur, les polémiques en raison de leur cruelle ou maligne combativité ; telle autre partie enfin tenait trop de place dans la vie de l’auteur, comme son Théâtre, pour que nous puissions l’omettre ; ôu simplement touchait à une question trop intéressante, comme l'Education, pour que nous ne la fouillions pas quelque peu à . notre tour.
Et voilà comment nous avons établi :
Dans la poésie de M. Fréchette. une gradation très réelle, très soumise aux faits extérieurs, très soumise aussi à l'influence de la personnalisé de l’auteur, une gradation mutuelle du sens de la nature et du gentimentalisme, l'un et l’autre se confondant en une sensibilité ardente, qui est le fond de l’âme et l'essence de la poésie de notre poête ;
Dans le théâtre de M. Fréchette une quasitransition d’un genre à l’autre, n'ayant d'autre valeur que celle de n’en pas avoir de précise — ce qui est peu !— étant, d’ailleurs, d’une faiblesse dramatique à peu près complète ;
Dans la prose de M. Fréchette, une facilité à peu près égaie partout, ne pouvant malheureusement se suflire à elle-:mème ; en sorte que les contes sont mauvais au point de vue littéraire, malgré la phrase qui les dit ; en sorte que Îles
polémiques sont amusantes, presque toujours
vides, cependant, indépendamment de l’expression.
Voilà, il nous semble, que nous avons atteint un but ; et assurément posé des conclusions qu’il vaudra la peine d'examiner.
I} y aurait encore beaucoup à dire au sujet de l’œuvre de M. Fréchette ; mais on ne saurait s'attarder nulle part quand le chemin à parcourir est long et inexploré.
On pourrait certes étudier les rapports de
l'œuvre avec-la vie privée de J’auteur, et avec son tempérament d'homme ; mais qui ne sent aussitôt l’indiscrétion d’une telle analyse, bien difficile à faire, d’ailleurs, car il n’est pas aisé de deviner tout ce qui se meut, se façonne ou se défait au fond de ce mystère qu'est l’âme humaine,
Une étude plus simple pourrait s’attacher d’une façon plus spéciale à la forme du vers ; nous y avons pensé nous-même, mais nous préférons attendre l'édition définitive des poésies de l’auteur avant de l’entreprendre. L'’étude faite avec une judicieuse impartialité ve procurer un réel profit.
On pourrait ençore rechercher l'influence du public sur l’œuvre de l’auteur. On n'ignore pas que M. Fréchette a été tour à tour, et avec enthousiasme, adulé et bafoué (je ne tiens pas spécialement à ces deux verbes, mais on sait ce
COCCELTE dun nn nnne mon msseen ses sense
que je veux dire). Il n’y a aucun doute que
, ces bruits de la foule sient communiqué aux ‘strophes du poète quelque chose de leur vibration ; l’étude dirait avec quelle intensité.
On pourrait aussi, réciproquement, se de 1ander si les vers de la Zégende d'un Peunle, ou autres ont eu une influence sur les œuvres de nos jeunes poètes : si, du moins, ils paraissent destinés à en avoir plus tard......
En somme, l’œuvre de M. Fréchette vaut qu’on l’étudie, surtout si l’on tient compte du déniuement de notre littérature.
Et.ce qu’il faut d'abord, c’est qu'on la lise.
Nous avons déjà dit que le public canadien ne lit pas, ou du moins ne lit pas les œuvres canadiennes. Le malheur, c’est qu’il se permette quand même de les”juger ! Combien de personnes connaissent mieux M. Fréchette par le Lauréat que par la lecture! (C'est bien mal le connaître ; et nous en voudrions beaucoup à M. Chapman si nous ne savions que ses Feuilles d'érable sont peut-être jugées d’après tout le mal qu’en a dit M. Fréchette. Les Canadiens n'aiment des œuvres canadiennes que la critique qu'on en peut faire, et nous entendons ici une critique volontairement injuste et méchante ou, du moins, méprisante et railleuse, sans parler des sévérités incroyables et des minuties ridicules. Il est temps de secouer tout cela !
Or, personne n’a plus souffert de ce genre de critique que M. Fréchette et cela explique
assez comment ses vers ont pu, comme nous l'avons dit plus haut, tomber e discrédit.
Il y a peut-être autre chose. M. F. Lhomme, dans un livre qui est tour à tour celui d’un critique judicieux et selui d’un inaltérable mévontent,- (la Comédie d'aujourd'hui) a écrit : *“ La postérité juge le livre ; les contemporains ne peuvent oublier l’homme qui l’a fait.” Si les vices d’un Verlaine ont empêché ses contemporains de goûter pleinement Sagesse, et les douloureuses manies d’un Baudelaire de croire entièrement aux Fleurs du mal, les attitudes politiques d’un Hugo n'ont certes rien ajouté, non plus à ce qui fait la beauté -de la Légende des Siècles. Ne se pourrait-il pas que les opinions politiques de M. Fré: hette — car c'ést à cela seulement que nous en voulons venir— ou peut-être la façon virulente, prétentieuse, si l’ont-veut dont- il les a exprimées, aient influé sur le jugement du public qui ns pu ‘oublier l’homme ” pour le ‘ livre”?
Il est certain, d'ailleurs, qu’il faut juger un auteur d’après l’ensemble de son œuvre et, comme disait Vauvenargues, ‘ pour apprécier avec justice, il faut tout lire.” A-t-on tout lu de M. Fréchette avant de le juger! Ou n’a-t-on lu qu’un conte, qu’une poésie prise au hasard, une des moins bonnes, peut-être les Séances à Sarah Bernhardt ? Alors, autant dire qu’on v’a rien lu du tout.
Regardons donc l’œuvre de M. Fréchette
avec impartialité, oubliant l’homme pour l’auteur, et nous rappelant que si cet auteur a eu en prose des défaillances fréquentes sans jamais s'élever bien haut, il a été au contraire vraiment poète, et cela très souvent.
Et pour les Canadiens, c'est déjà quelque chose ; c'est déjà beaucoup.
PACE TEE
u Pêle-Mêle ; ” Les Fleurs Boréa-
les n ; 1 Les Oiseaux de Neige 2,
u La Légende d’un Peuple u Les Feuilles volantes VII Conclusions LE PROSATEUR VIII De la transition de 1: poésie à la prose : le théâtre
Originaux.et Détraqués 1 ; 1 Noël au Canada "
Les Polémiques, A propos d'éducation 1 Conclusion