LE POETE
Si la poésie n’est pas le plus solide ornement d'une littérature, — et. encore qu’en savonsnous ? — ellc en: est, certes, le plus magnifique.
* Elle brille-au sommet de la littérature comme, au sommet d’un phare solitaire, s’épanouit la fleur d'or qui en est la lumière et l’ême.
La poése est le rayon blanc de la pensée humaine ; is rayon formé de toutes les nuances du cœur et de toutes les teintes de l’intelligence, Le rayoh si pur, si étincelant, si vivifiant, qu’on sent bien qu’il x jailli du plus lumineux de tous les 4: ‘res. .
La poésie est la lumière et la chaleu. de la littérature. ,
: Quelle littérature a vécu sans poètes ? Où Yoyons-nous, dans le vide éthéré de l’histoire, flotter comme, des planètes #bandonnées, des
œuvres qui n’ont pas la poésie pour sœur de l’azur ?
Tous les temps ont eu leurs poètes. Depuis l’Eden jusqu'à nos jours, la caravane humaine à lancé vers les cieux étoiiés, du sin de l’immense déscrt de la vie, le cri d'amour et d’extase qui gonfle le sein de ses Pâles cavaliers ; et les poètes ont recueilli ces accents incomparables, en la seule langue digne du mystérieux trouble de l'être en face de la nature.
La puissance et la beauté : la Puissance qui est le plus bel apanage de l’homme, la beauté,
. don suprême du Créateur à In femme ; la puissance et la beauté sont moins sublimes que la poésie. Ah ! tu fus héroïque, fier et bouillant Achille! Divine Hélène, ta chevelure était blonde comme je soleil Mais le saurions nous si Homère ne vous avait chantés tous deux ?
Les rois eux-mêmes nous sont moins connus par l’histoire que par la poésie ; et si Charlemagne, ce paternel empereur à longue barbe blanche, à trouvé dans tout Cœur un élan d’admiration, il le doit peut-être à ce qu’un humble troubadour s’est souvenu de Ini tandis que son âme voltigeait sur les cordes de sa lyre et que la poésie ouvrait ses ailes d’or en son cœur palpitant.
La poésie ne résume peut-être päs la pensée humaine, mais elle la couronne ; elle met au frônt des nations le triple rang massif de son précieux diadème, tout constellé. de pierreries.
rétine
eus onne ses ren rene no sem ess consonnes sese:
C'est pour cette raison que nous avons placé nos poètes au début des études que nous vouons consacrer à la littérature canadienne, étu des que nous poursuivrons aussi longtemps que possible et qui feront peut-être revivre aux yeux d'un public trop indifférent des beautés inconnues et des œuvres oubliées.
Nous avons déjà vu précédemment ce qu’est
la poésie de Crémarie, ou du moins ce que nous
croyons qu’elle est ; car que pouvons-nous faire autre chose !
Chacun pense à son gré d’un poète ; c'est la collectivité judicieuse des or nions diverses qui dicte le jugement définitif. Nous avons donné notre opinion, simplement ; le meïleur moyen de la critiquer — je m'adresse à ceux qui l'ont pu trouver mauvaise — serait d'en émettr: ne nouvelle. De ce généreux conflit jaillira ;»atêtre la vérité relative ; car, en art, il n’y à pas de vérité absolue.
M. Louis Fréchette est le plus fécond de nos poètes ; l'étude de ses œuvres s'impose immédia tement après celle de Crémazie et, bien qu'il soit toujours délicat de parler d'un vivant, nous entreprenons cette étude avec calme, en assurant le poète — et c'est aussi au public que nous nous adressons — de notre respectueuse sympathie.
M. Fréchette a peut-être été le plus critiqué de nos poètes ; mais il y a dans l'histoire des siècles des similitudes qui le ccnsoleront.
Nous ouvrons ses livres avec une entière bonne foi ; nous allons les relire un à un et noter à mesure des impressions que nous tâche.
rons de résumer quand nous aurons tourné le dernier feuillet. Nous oublierons l'homme pour ne nous souvenir que du poète et nous répudions d'avance le blâme des mécontents ou des enthousiastes,
Au début de l'étude qu’Ernest Dupuy a con:
sacrée à Victor Hugo et qu'Emile Faguet a quelque part qualifiée de u ciassique », l’auteur avertit le public que son livre n’est pas l'écho des calomnies et des injures qui ont éclaboussé, en ces dernières années, le plus grand des poètes. Au moment de commencer à mon tour l'étude du plus canadien de nos poètes, faut il que je m'excuse de la sympathie que lui accorde ms pensée? Est il besoin de dire que je n’ouvre pas sans fierté la première page de son premier livre ? On ne saurait demeurer indiffé. rent vis-à vis des œuvres de son Pays, ou mieux on ne devrait pas l'être. Même quand on les critique, il faut un peu les louer tout bas ; ‘et, d’ailleurs, nous n'avons pas encore conquis: le droit d'être sévère. Mais évitons aussi le défaut Cpposé et n’allons pas tout admirer béatement, Le chauvinisme littéraire est une aberration; et c’est souffrir deux fois, pour un poète térieux;, que de souffrir ses atteintes.
M. Charles ab der Halden, dans ses Ætudes de Littérature C'anadi: nne-Française, écrit avec
raison : “ Nous ne partageons point l'enthousiasme de certains critiques canadiens qui, aveuglés par leur patriotisme et lenrs sympathies, écrivent sérieusement que Crémazie surpasse Théophile Gautier et nombre « d'étoiles parisiennes u (sic).
Pour étudier notre littérature avec justice, il faut tout d'abord éviter les comparaisons des oeuvres francaises et considérer ces dernières plutôt comme les oeuvres inspiratrices que comme les rivales des nôtres.
Nos littérateurs ont pui-é largement aux sources immortelles de la pensée française.
Nous ne l’ignurons pas, et c'est une excellente formation.
Comment ont-ils transformé cette pensée !
comment ont-ils usé de cette inspiration ? Voilà ce qu'il faut savoir. . 3
Et c'est ce que nous cherchons. :
Les auteurs français sont à proprement parler nos classiques comme les latins et les grecs sont leurs classiques à eux.. Chaque époque refait le passé; cela semble une règle invariable.
La pensée humaine est éternelle ;: ce n’est que la forme que revêt cette pensée dans telle ou telle intelligence qui distingue un auteur d’un autre, et il n’est pas indifférent de le rap peler au début de cette étude que nous commençons sans plus tarder.