MES LOISIRS
Lisons d’abord la préface ; et ce sera vite fait car elle est toute courte. L'auteur en donne plaisamment la raison : # Un livre, quand il est bon, se recommande de lui-même, et, s’il est mauvais, la plus belle préface ne le rendra pas moins ennuyoux." L'auteur se demande ensuite: Co livre contientil une idée ? n Et il répond bravement : u Non.u Voilà une franchise très agréable et qui me dispose en sa faveur ; tant d'auteurs nous accablent de préfaces interminables où, après avoir voulu établir que leur œuvre résume toute une époque ou pénèvre jusqu’au fond des abîmes de âme humaire, ils en concluent modestement qu’ils sont de purs génies! Voici du moins un poète qui écrit # par pur délassement,1 parce qu’il aime l’art, et qui n’a suivi, dans son travail, d'autre “règle " que son « imagination,“ ni d'autre " étoile ‘ que s celle de l'inspiration.
Ne cherchons donc, en ce recueil, aucune pensée philosophique ou humanitaire j Ouvrons
le livre avec tranquillité et tâchons d'y retrou- | ver les imptessions fugitives que le poète a ten. té de captiver, comme nous essayons parfois
de saisir, dans la verte prairie de nos rêves, le papillon ailé qui nous fuit. Il en reste souveut un peu de poudre d'or au bout des doigts ; et la poésie, c'est cela !
J1 y a un peu de tout dans Mes Loisirs : poèmes religieux, histoire, intimité, descriptions de paysages, vers d'amour, chansons légères, voire même un brin de pessimisme. Il serait ditñcile de ramener cette variété de sujets traités, à un tout ; et nous ne le ferons pas. Aussi bien ce serait aller contre l'opinion émise par l’auteur lui-même dans sa préface, où il nous a avertis que ce livre est le résumé de ses caprices et de ses rêves Il suffira de relever dan: ce recueil ce qui y est en relief, —et ce qui nous apprendra ainsi quelque chose de la manière de l'auteur.
Voici donc, classé comme par un professeur soucieux, ce que j'ai trouvé dans Mes Loisirs ; je seras presque tenté d'appeler cela l’inventaire du petit livre, si ce mot n'avait quelque chose de pratique dont s’accommode mal la
poésie.
Mentionnons d'abord les pièces qui, en quelque sorte, encadrent le recueil, —et qui sont excellentes. C'est ls Prologue, où le poète, ému et craintif, jette un dernier adieu à ses vers, avant de les voir s'envoler au loin, et sa muse lui inspire une gracieuse et tendre comparai- £0n : .