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Le Labrador
Le 6, en retournant le soir à mon logis, fe pus juger par mes yeux de labondance du poisson dans cette mer. J'avais dans le cours de la journée remarqué plusieurs berges, qui se suivaient lentement, en visitant les baies et les anses. Chacune était conduite par six rameurs ; debout sur l'avant, se tenait immobile un matelot, qui sondait de ses regards le fond de la mer.
Ces berges étaient à la recherche d’un bane de harenss ; elles appartenaient à une goëlette mouillée à deux lieues de là, près du Gros Mécatina. Deux heures pius tard, leur grande seine, longue de plus de cinq cents brasses, avait été lancée à l’eau et enveloppait une masse épaisse de harengs. Les deux bouts de
1 selue avaicnt éié toués vers la terre, où ils
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furent amarrés, puis avec de petits filets l’on imcttait le poisson à sec sur lerivage. La prise était évaluée à quatre ou cinq cents barils, Comme le vent du nord-est commençait à souffler avec violence, les embarcations du voisinage furent mises en réquisition, ct, à mesure qu’on en avaÿ empli une, on la dépèchait vers la goëlette. Par malheur, une cs berges trop lourdement chargée fut couverte par un coup de mer, vis-à-vis de la Baie-Rouge, et les deux pêcheurs qui la conduisaient furent emportés par la vague. Leur perte était assurée, si leurs compagnons n'avaient volé à leurs secours sur de légères embarcations : l’un et l'autre furent retirés à demi-morts et ne comptant plus revoir la terre. On les transporta dans une maison voisine, où les soins les plus empressés leur furent prodigués avec tant
d'efficacité, que le iendemain ils étaient prêts
à reprendre leur pénible travail,
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Cependant comme le vent continuait à augmenter, il fallut mettre la seine en état de résister À la mer, au moyen d’ancres et de forts cables ; pendant la nuit, tous les pêcheurs restèrent sur pied, prêts à couper les amarres, à ouvrir la seine et à la retirer de l’eau, si elle était en danger deg se rompre. Le soir, un véritable ouragan se déchaina; les vagues venaient se briser avec fureur contre les rochers, et s’élevaient en masses d’écume à une hauteur de plus de vingt pieds. La mer et le vent semblaient devoir tout balayer; mais labri avait été si bien choisi et les mesures étaient si soigneusement prises pour prévenir les accidents, que durant trois jours de gros temps la seine résista à la pression du dehors et aux rmiouvements du dedans; car les pauvres prigosniers, battus par les flots, cherchaient à
gompre les murailles de la geôle,
Le Labrador
CHAEITRE TROISIEMEÉ
Le dimanche (8 août) je terminai la misstof
après avoir recommandé aux habitants de sé conserver soigneusement dans la grâce de Dieu, car d'ici à onze ou douze mois, fussent» ils aux portes de la mort, ils ne pourront obtenir les secours de la religion, attendu que le prêtre le plus voisin se trouve sur la côte de Gaspé, à plus de cent lieues de distance,
Je partis le mème soir de la Tabatière, avec le sieur François Lévêque, maître du poste dé la Grosse-Ile de Mécatina, pour aller donner la mission à sa famille, Quoique le vent fût faible, nous franchimes dans une heure les deux lieues que nous avions à faire,
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C4 Le Labrador
Les berges dont on se sert sur toute la côte demandent peu de vont, parce qu’elles sont léoères et portent une forte voilure ; si le temps se fait gros, il est facile de prendre deux ou ttois fis dans les voiles Ces embar* cations sont construites au Massachussetts ct viennent surtout de Newburÿport, près de Boston ; elles coûtent ordinaifement de quinze à seize louis lotsqu’’elles ont leur voilure, On he bâtit point au Labrador, le bois étant trop tare et trop éloigné, Il en est tout autrement sur la côte de Gaspé, où beaucoup de pêcheurs construisent eux-mêmes leurs berges, qui sont grandes, fortes et si propres à résister à de gros coups de vent, que les pêcheurs gaspésiens ne craignent point de s’en servir pour traverser du Cap des Rosiers à la pointe est de l’île d'Anticosti. C’est une distance de trente lieues en pleine mer. Les berges américaines courent mieux dans le vent et sont préférables pour
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Gbéremmntemnnent
louvoyer; mais elles sont moins sûres et exigent plus de précautions contre les acci dents ; si la lame passe par-dessus les carreaux, elles s’enfoncent et disparaissent sous l’eau, Celles de Gaspé, au contraire, lors même qu’elle tournent sous voiles, surnagent presque toujours. Aussi les pêcheurs de Percé, de Douglastown et du Cap des Rosiers ne traignent point d'exposer leurs berges à chaviter, car ils savent qu’ils pourront se réfugier eri sûreté sur la quille,
Ea Grosse-Ile est un rochèr qui a une lon:
gueur de quatre du cinq milles; comme elle est haute et avancée à la mer, on aperçoit de loin dans toutes les directions. Ses rochers, ses grèves‘et ses baies sont riches en gibier. Au moment où nous y arrivons, des milliers d'oiseaux s'agitent de toutes parts autour de hous ; plusieurs familles de jeunes #ro0Îgnacs
s’enfuient sur l’eau, ayant les ailes encore’ trop
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faibles pour voler ; les goddes, pénguins en miniature, etles cormorans nous adressent des injures du haut de leurs rochers ; des goëtands, des corbeaux beaucoup plus gros que nos cot-
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neilles, des hibous, des chouettes teurnoiert en poussant des cris d'inquiétude, L'ile possède deux beaux ports où les plis
gros vaisseaux peuvent se mettre à l’ab#i : dans
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l'un, les goëlettes balcinières se rendent d’ot- ]
dinaire pour le dépècement des baleinés qu’oh vient de tuer; sur l’autre, sont établis des c | fourneaux et des fonderies. C'est près de la P baie qui forme le second “port que sont les C maisons et les autres bâtiments de monsieur | jt Lévèque; c’est au fond de cette baie qu’il tent (0) iv: deux rets dont chacun a trois cents brasses de pi | longueur, sans compter les annexes. L'année le derniere, il prit deux cent huit loups-marins, lo qui lui ont valu plus de deux cents louis. C'est te
assurémént un retour avantageux, pour une
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pêche qui ne dure que deux ou trois semaines, Mais il faut remarquer qu’une pêcherie ou échouerie de loups-marins entraine bien des dépenses, car les frais de premier établissement, en filets, ancres, berges, s'élèvent à trois ou quatre cents louis. Viennent ensuite les dépenses annuelles pour lentretien et le renouvellement de ces objets, airssi que pour les gages des employés.
Il faut ordinairement quatre hommes pour compléter l’équipage des berges. Quoique la pêche ne dure que trois semaines, on garde ces employés depuis le mois de septembre jusqu’au commencement de mai. Ils reçoivent ordinairement une part convenue dans Îles profits de la saison, et de plus le maître de l'échouerie est tenu de les nourrir et de les Joger. Pendant le reste de l’hiver et du printemps, on les occupe comme on peut, soit À charroyer le bois de chauffage, soit à faire la
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