LEE
Le conseil assera' © décide qu’il vaut mieux
retourner au port du g£etit Nataskouan, placé à deux lieues jlu: }: ut, et formé par plusieurs îles et îlots, rrès de l'embouchure de deux petites rivières Une seconde colonie acadienne, venue aussi des îles de la Magdeleine, s’est établie depuis deux ans autour du portet sur les rivages de la baie voisine. Elle se compose de quinze familles, unies entre elles par les liens de la parenté; d’autres parents et
14 Le Labrador
L 1 amis doivent bientôt les suivré dans leur pays
d'adoption. Déjà un établissement de pêche et de commerce a .ié formé auprè: du port, par les sieurs LaPai..… de l’île Jersey : et si
rai lon en juge par les commencements, leur
Pet entreprise aura du succès. Une trentaine
| dt d'hommes, venus de Berthier et des paroisses
Les voisines, sont employés, par la société Laet: Parelle, à faire la pêche de la morue, et, depuis il l'ouverture de la navigation, cette pêche a été 1! fort abondante.
ti Si la saison continue d’être aussi avantageuse, ta les "tres et les employés seront amplement Si: récompensés. Presque tous les hommes, ocjs cupés sur cette grève, pêchent au cent : cela
veut dire qu’on leur donne une somme stipulée d'avance pour chaque centaine de morues, qu’on les nourrit, qu’on leur fournit des berges ; quant aux pêcheurs, ils donnent leur travail
sur Ja mer et n’ont d’autres obligations que
: pays pêche port, et si leur ntaine oisses é La-
Ze Labrador 45
celle de déposer la morue au rivage. Sur la
côte du Sud, on donne le nom de grave à un établissement de pêche où l’on fait sécher la morue ; ici on se sert du mot rang, qui vient peut-être de room, terme usité parmi les Anglais.
Plusieurs hommes de l’équipage descendent à terre pour passer la veillée avec leurs amis les Cadiens, et les informer qu’il y a un prêtre sur la goëlette. Le lendemain étant un dimanche, la nouvelle est accueillie avec plaisir dans toutes les maisons de la petite colonie, Accoutumés, dans les îles de la Magdeleine, à vivre auprès d’un prêtre, les habitants de Nataskouan regardent comme une grande privation de ne pouvoir assister à la messe tous les dimanches et jours de fête. L'arrivée d’un prêtre leur était d'autant plus agréable qu'ils s’y attendaient moins; car un mois auparavant les PP, Label et Bernard avaient donné la
mission en ce lieu, et ils n’y devaient revenir qu’au bout d’une année,
Le dimanche, premier d'août, quelques-uns des habitants, montés sur une berge, arrivèrent de bonne heure à la goëlette, pour m'’inviter à leur donner la messe, C'était ce que je désirais faire. Comme je “escendais à terre, le patriarche du lieu, le père Victor Cormier, venait au-devant de moi pour me conduire à sa maison, où les missionnaires ont coutume de s'arrêter et de direla messe. Ils ne pouvaient faire un meilleur choix : car le père Cormier et sa femme sont extrêmement respectables, et se font remarquer par leur honnêteté et leurs bonnes manières. Quand j’arrivai à la maison de mon hôte, un de ses petits fils, gamin de cinq ou six ans, sur l'avis donné par sa grand’mère ‘de faire serviteur à monsieur le cuié,” vint me faire un gentil salut à la matelote.
Paul a déjà pris le costume et la tournuwe d’un
revenir
les-Uns vèrent viter à e désirre, le rmier, re à sa me de vaient ier et , etse
leurs aison in de
and’uié,” elote.
d’un
«Le Labrador 47
marin; son amusement favori est de grimper sur les genoux du grand-père, en se cramponnant à ses jambes, et imitant les mouvements d’un matelot qui monte dans le hunier. Dans ces parages, il faut être matelot, et avoir appris à l'être de bonne heure, car la moitié de la vie d’un homme se passe sur l’eau, et c’est à la mer que les habitants de la côte doivent recourir, afin d’obtenir les choses dont ils ont besoin pour eux-mêmes et pour leurs familles. Dès le petit printemps, il faut partir pour la chasse du loup-marin ; puis viennent les pêches de la morue, du hareng et du saumon, qui se succèdent de telle sorte, que les hommes et les jeunes gens doivent être sur la mer depuis le mois d'avril jusqu’à la mi-novembre,
La chasse du loup-marin, quand elle a lieu le printemps, exige ordinairement des goëlettes, parce qu’il faut aller la faire au large, au milieu des grandes glaces flottantes. Au mois d’avril
48 Ze Labrador
dernier, les deux goëlettes, qui appartiennent aux habitants de Nataskouan, partirent pour un voyage de ce genre ; elles étaient montées par seize hommes, dont un était fourni par chaque famille. Après une course de vingt lieues au large, les chasseurs aperçurent de grandes glaces, s'étendant à perte de vue et couvertes de loups-marins. Deux heures se sont à peine écoulées que les goëlettes sont amarrées aux glaces, et tous les hommes, armés de bâtons, débarquent pourcommencer l’œuvre de destruction. Un seul coup asséné sur le nez du loup-marin suffit pour lui donner la mort: aussi est-ce sur cet organe que se dirigent tous les coups des chasseurs. Ils ont le soin de commencer la tuerie par ceux qui sont. les plus près de l’eau. Cette précaution est nécessaire, car si quelques-uns de la bande se jetaient à la mer, tous les suivraient ; au contraire, tant que ceux qui ocrupent les bords
Le Labrador Pr
dé la glace demeurent irimebiles, les autres se contentent de contempler le massacre de leuts frères, sans faïre aucun amouvement pour prendre la fuite.
La chasse, dans cette circonstance, fut ‘st abondante, qu’au bout de deux jours, dix-huit cènts loups-matins avaïent été ‘embatqués sûr les deux goëlettes: v'était tout cé qu’eîles pouvaient porter Îl restaitencore sur la place p'üsièurs milliers de Joups-marins, qui pataïssaient résignés à partaget le sètt de leurs com pagnons ; mais il aurait été inutile dé les tüer, püisqu’ii n’y avait pas moyen de les emporter, Avrès uhe course de douze jouts, les'‘chasseurs rentraient en triomphe au port, L’hüile allait couler à larges flots, et, avec elle, la joie et, l'abondance; plus d’une ménagère allongeait déjà la liste de ses emplettes futures chez le marchand. Malheureusement, on mavait pas songé à préparer des füutailles.—* Allons en
so Le Labrador
chercher aux îles de la Magdelaine,” proposa un des chefs.—‘ AHons-y,” répondent tous les utres ; “ils connaîtront qu’il y a du loup-marin
auf à Nataskouan autant qu'aux îles de la Magdeie line.” C'est vrai; mais aussi les futailles En manquaient aux îles de Fa Magdeïeine, comme à #21"| Nataskouan. L’on cingla alors vers Pictou, dans ent! Fespérance d’être plus heureux ; ici encore on rar | fut complètement désappointé ; il fallut retoura] ner à Nataskouan comme l’on était venu, et se } décider à tirer parti de tous les vieux barils | il qu'on pourrait trouver. Pendant ce péleri- Er! nage de quinze jours, les loups-marins restaient | a à fond de cale; une portion de l’huile se | or |
sépara des chairs, se mêla avec les eaux crou-
pies de la sentine, et fut ainsi perdue, grâce à | Pimprévoyance des pêcheurs
Le Labrador
ED D er + me 0 A Re à ee
Les maisons dé Natäskouan sont propres 4 l'extérieur et à l'intérieut ; la bonne tenue qui y règne prouve que les habitants ont joui d’une certaine aisance dans leur ancienne patrie, Avec les avantages que présente Nataskouan, ils s’y croiraient heureux, s'ils pouvaient obtehir la résidence d'un prêtre, ou du moins les visites plus fréquentes d’un missionnaire. Ils s'inquiètent de l'avenir de leurs enfants, qui vont être élevés sans recevoir d’autre instruction teligieuse que celle que les parents pourront eux-êmes donner, Dans l'espérance d’avoir bientôt un missionnaire, chargé de demeurer sur la côte, ils se proposent de bâtir une chapelle, à laquelle ils ajouteraient facilement un logement suffisant pour lui et pour son serviteur. Si, un jour, le supérieur ecclé.
‘2 Le Labrador
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siastique jugeait à propos de placer un prêtre, pour desservir les habitations qui s’échelonnent depuis Mingan jusqu’au cap de Wapitugan, point mitoyen entre les deux parties du Labtador, Nataskouäh se trouverait à peu près aü centre de la mission, et offrirait une population plus rapprochée et plus considérable qu'aucun autre poste de la côte, à l’exceptioi. d* 1a Pointe-aux-Esquimaux.
Sur la pointe qui s'avance dans le havre, près de l'embouchure du petit Nataskouan, un plateau, élevé d'une quarantaine de pieds aüdessus du niveau de la met, est eñcote tout couvert de bois. Ce serait, il me semble, le lieu le plis convenable pour la chapelle : (r)
placée sur la hauteur, elle serait visible du port
(1) Une chapelle et un presbytère ont été bâtis à Nataskouan, et un missionnaire y réside depuis le printemps de 1861; il es chargé de la part'e inférieure du Labrador canadien. Sa mit sion a à peu près cent virigt lieués de côtes. Un autre missionnaire est à la Pointe-aux-Esquimaux,
Le Labrador SJ
4 mm
et de toutes les parties de la baie. Près de cet endroit est le magasin, où tous les habitants ont affaire ; c'est à quelques pas de la pointe que les pêcheurs viennent chaque soir mettre leurs berges en sûreté ; de là aussi le prêtre
pourra plus facilement surveiller les employés
de la grave et les équipages des bâtiments, qui se ‘âtent ici en assez grand nombre. Il paraît p avantageux que le missionnaire réside dans un lieu où ses rapports avec ses paroissiens ‘seront plus faciles, et où il pourra exercer une influence salutaire sur la population flottante, amenée chaque été par les navires.
On trouve autour de Nataskouan des forêts renfermant des sapins, des épinettes et des bouleaux. Ces arbres, plus beaux dans l’intérieur du pays, n’atteignent pas une grande hauteur près de la mer ; ils suffisent néanmoins pour fournir, outre le combustible, des pièces de charpente et de bons madriers' Comme
54 Le Labrador
sur le reste de la côte, depuis la Pointe des Monts, le sol est ici sablonneux ; engraissé avec du varech ou du poisson, il produit facilement des pommes de terre, des navets, des légumes. Les céréales croissent rapidement, mais l’on n’a pu encore constater si le blé peut y mûrir ; l'orge et le seigle d'automne réussiraient probablement. Les pois sauvages et une herbe particulière au pays couvrent spontanément le sol et suffiraient pour nourrir les bestiaux dont on pourra avoir besoin,
Près de la mer se sont formées plusieurs rangées de dunes, qui ressemblent aux vagues soulevées par le vent. Si l’on creuse un trou entre ces dunes, il s’'emplit aussitôt d’une eau claire et parfaitement douce, En passant à travers les sables, l’eau de la mer est filtrée et se décharge complètement du sel qu’elle tenait en solution ; plusieurs des puits, qui servent
aux besoins des habitants, ne sont qu'à ci
Le Labrador s5
quante ou soixante pieds de la ligne des hautes marées ; et cependant l'eau y est aussi boune et aussi fraiche qu'on la puisse désirer, Chacun peut avoir ainsi près de sa porte une source qui ne saurait jamais être épuisée, puisque ia mer lui sert de réservoir.
*Moyennant ces avantages nombreux, rien n’empêcherait la population de Nataskouan de s’'accroiître et de s'étendre, s'il était possible d'obtenir des titres de concession de Îa part des seigneurs de Mingan. Jusqu'à présent, les établissements ont été commencés sans leur participation, et il est difficile de faire des arrangements avec eux, Car lis sont nombreux et dispersés en Angleterre, au Canada et aux Ltats-Unis. En arrivant dans ce lieu, il y a deux ans, les colons se placèrent près du rivage, et après avoir mesuré l'étendue de grève que chacun se réservait, ils se mirent à l'œuvre, pour construire des habitations savant
s6 : Le Labradr
h venue de l'hiver, Chaque lopin a environ
+ . quatre-vingts ou cent pas de largeur sur une | profondeur indéterminée; avec la pêche, il CHE suffirait pour faire vivre convenablement une un famille laborieuse,
he Il est de Pintérêt publie que le gouverne- | mr ment protége les colons qui viennent fertiliser pen de leurs sueurs ces côtes incultes et abandonms nées. L'on parle beaucoup d'encourager les sal pêcheries, de former des matelots, d'empêcher GAL ls étrangers de profiter seuls des richesses Gu | 0 golfe Saint-Laurent Eh bien! sans aucun De effort de ka part du gouvernement canadien, et L par suite de circonstamces favorables, ces
ur projets sont en voie de réaïisation Voilà une HU SA
population vigoureuse, morale, formée aux durs - ss
travaux de k terre et de la mer, appartenanr LL ©
au pays, parlant la langue du pays, fermement à lc
attachée à la religion de la majorité &es hab} y €
&nts du pays ; elle s'offre à mettre en. valeur les k
Le Labrador Lra
ss
pêcheries, à fournir de bons marins, à lutter pour conserver au Canada ses draits et ses privliéges contre les envahissements des spéculateurs des Etats-Unis. En retour, elle demande qu'on lui permette de s'asseoir paisiblement sur les sables déserts du Labrador, en face des grandes solitudes de l’acéan, qu’elle se plait à parcourir ; elle désire qu’on lui assure le fruit de ses travaux, et que de prétendus proprétaires n’aient pas le droit de venir la troubler, lorsqu'elle aura donné la valeur réelle à cet établissement. Les seigneurs ont négligé de faire habiter les côtes de leur seigneurie, ou bien ils n’ont pu y réussir; le gouvernement a sans doute le droit de mettre lui-même à exéeution les conditions imposées à tous ceux qui ont reçu de grandes concessions de terre; et Pobligation de faire habiter les terres accordées en seigneurie, est une des clauses qu’on trouve le plus souvent répétées dans les actes de con-
55 Ze Labrador
LE
… cession. Il est désirable, il est nécessaire que s
la côte du Labrador soit habitée, afin que les p
il navires qui suivent la route du détroit de Belle- a
| É. Isle puissent trouver des secours, dans les cas s te d’avaries ou de naufrages, p
| Les offices du dimanche étant terminés, je P | regagnai le bâtiment, malgré les pressantes d solicitations du père Cormier, qui voulait m’en- ra al gager à demeurer chez lui. J'aurais bien n ir) volontiers accepté ses offres, mais je tenais à SO ur ne point retarder le départ de la goëlette, si le pu n vent devenait favorable, po LY ch EN far
ob qu Le lendemaïn, 4 septembre, deux barges ces chargées de sauvages arrivèrent de grand matin Op sur: notre bord. Ces braves gens viennent un
faire baptiser un enfant, et tous les inte1yssés cr
és, je santes
Le Zabrador r9
se sont réunis avec leurs parer*s et leurs amis pour être présents à la cérémonie. Parmi les assistants est un chef, qui étale avec complaisance sur sa poitrine une médaille d’argent, portant l'effigie de la reine Victoria. Il me prête secours quand il s’agit d'obtenir les noms des parents et ceux du parrain et de la marraine. Chacun d’eux me donne volontiers son
nom de baptême ; mais quand je lui demande
son nom de famille, il me regarde en souriant, puis il se tourne vers ses compagnons, comme pour leur demander s'ils en savent quelaue chose : et voilà tout. Sur les quatre noms de famille que je voulais connaître, je n’en pus obtenir qu’un seul On m’apprit plus tarû que les sauvages ne tiennent pas beaucoup à ces noms, qui sont souvent une raillerie ou un opprobre, quoique dans leur bouche ils aient une apparence magnifique: Aussi dans les circonstances solennelles, comme ils ne vewent
60 Le Labrador
———————— eee
point se clouer eux-mêmes l’injure au front, ils laissent à leurs camarades le soin de parler ; et ceux-ci par délicatesse sourient et se taisent.
Ces montagnais se préparaient à remonter Ja grande rivière de Nataskouan, qui s’avance fort loin dans l’intérieur du pays. Pendant l'automne et l’hiver ils feront la chasse, et ils ne descendront à la mer qu’au printemps prochain, pour aller au magasin et pour assister aux exercices de la mission, Ils emportent avec eux quelques sacs de farine ; le fusil leur procurera la viande. Le lièvre, la perdrix blanche, le caribou et l’ours, voilà les provisions sur lesquelles ils comptent pour passer l’hiver. Mais si le gibier est rare, sil survient un accident au chasseur, la famine se déclarera dans la cabane ; les enfants et les parents se suivront au tombeau, sans qu'aucun étranger en ait connaissance. Il n’est pas rare que des funilles entières ou presque entières dispa-
a RENNES
ront, ler ; sent.
onter ance dant et ils prosister rtent l leur Prdrix sions iver.
it un arera ts se ner e des Lispa-
Le Lebrador 6?
raissent ainsi pendant l'hiver, lorsque la petite provision de farine a été épuisée et que la chasse ne produit rien; la tribu s'aperçoit à la réunion du printemps qu'il lui manque une famille,
GHAPITRE DEUXÏIEMÉ
Dans l'après-midi de ce jour, nous pûmes laisser Nataskouan, et nous mettre de nouveau en route. De ce hâvre à Wapitugan, il ÿ a environ vingt-cinq lieues ; sur cette étendué de côtes sont le poste de Kégashka où se ter» mine la seigneurie de Mingan, et où sont établies sept ou huit familles acadiennes, puis ceux de Maskouaro, de la Romaine, de Coucoutchou, qui renferment chacun une famille,
62 Le Labradow
A Wapitugan, la côte qui, depuis Mingan, a couru de l’est à l’ouest, se replie vers le nordest. Le pays change d'aspect: les îles deviennent plus nombreuses et bordent la côte sur deux où trois rangs; les arbres disparaissent, l’on ne rencontre plus que des broussailles, où #rousses selon le language du pays. Ce sont des épinettes noires, blanches et rouges, des sapins, des bouleaux et des cor:
miers, qui s'élèvent à une hauteur de six ou sept pieds ; encore ne trouve-t-on ces arbres rabougris que dans les lieux les plus favorisés,
La côte du Labrador, depuis Wapitugan jusqu’à la baie de Brador, c’est-à-dire sur une longueur d'environ soixante lieues, est un iit de granit, dont les aspérités forment des collines et de petites montagnes sur la terre ferme, et des îles fort nombreuses dans la mer, Presquè partout ces rochers se montrent à aus ; sur quelques points une mousse blanche
feu par cou dé ont san €e 1 de.
et
tra
Le Labrador 67
dmmsmes 8
et épaisse s'étend sur le roc et lui communique une teinte grisâtre. Ailleurs les mousses sont
décomposées et en se mêlant avec le détritus
des rochers ont formé quelques pouces d'un sol, dont les éricacées se sogt emparées. Quand on observe de loin la verdure dont elles revêtent la pierre, on croirait voir de magnifiques prairies, ou de beaux champs de blé encore en herbe ; mais, de près, l'illusion est bien vite dissipée, En se pourrissant à leur tour les feuilles et les racines de ces plantes finissent par former, dans les creux des rochers, une couche de terre végétale de dix à douze pouces d'épaisseur. Quelques habitants industrieux ont utilisé le terreau ainsi formé, en le ramassant ct le transportant dans un lieu abrité : par ce moyen ils ont réussi à créer des jardins et de petits champs, où 1ls récoltent des patates et des navets. (On concevra combien ce travail doit être pénible, si l’on considère qu’il
pren dos
LE: Le labrador
honneur on em An AE) n'y a pas de chevaux pour faire les chartois, et que tout doit être transporté à bras.
L'histoire du Labrador n’est pas longue. Ce pays, à l’arrivée des Européens, était dans Îà possession des Esquimaux, qui soutenaient déjà et continuèrent longtemps après à soutenir uné guerre assez vive, d'une part, contre les Montagnäis, et, de l’autre, contre les Souriqüuois ou Micmacs, habitants des côtes de l'Acadie, de la Gaspésie et de ‘Terreneuve, Les Esquimaux qui semblent appartenir à la famille des Samoyèdes et des Lapons se défendaient courageuüsement ; mais quand les Français se mirent de la partie contre eux, ils durent céder peu à peu et se retirer vers le Labrador septentrionai,
El
Yes chroniques du nord de ?’Europe nous portent à croire que dès les treizième et
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>, Ce ns Îà aient soute re les Souries de euve, à la s sé d les ix, ils ers le
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Ze Labrador 6ÿ
quatorzième siècles, les Norvégiens et les Danois avaient découvert dans leurs voyages les îles de Terreneuve et le Labrador. En 1497, Jean et Sébastien Cabot, cherchant un passage vers les Indes, reconnurent la partie septentrionale du Labrador. En 1500, le portugais Cortereal visita aussi les côtes de ce pays Dès l’année 1504, des pêcheurs basques, normands et bretons, y faisaient la pêche. Lorsque Jacques Cartier découvrit le fleuve Saint- Laurent, il rencontra vers la baie des Rochers un vaisseau rochelois, qui cherchait le port de Brest, situé près de l'embouchure de la rivière Saint-Paul, rs
Abondante en poissons, cette mer continua
d'être fréquentée, et le port de Brest devint le
rendez-vous d’un grand nombre de pêcheurs français, Lewis Roberts, dans son Dictionnaire du Commerce, imprimé à Londres, en 1600, dit que c'était le principal poste de la Nouvelle.
PL
66 Le Labrador \.
France, la résidence d’un gouverneur, d’un aun. ‘nier et de quelques autres officiers : que les Français en exportaient de grandes quantités de morues, des barbes et des huiles de baleine, ainsi que des castors et autres fourrures précieuses. Il ajoute qu’ils entretenaient un fort à Tadoussac, pour y faire le trafic des pelleteries avec les sauvages. Il est difficile de déterminer ce qu’il y a de vrai dans l’assertion de cet auteur ; mais ilest bien certain que sur la baie de Saint-Paul se trouvent des ruines qui ont conservé le nom de Viewx-Fort. Xe même nom est donné à ce lieu dans les cartes attachées à l’histoire du Canada, par Charlevoix. "+ 1e 54
Quand la colonie de la Nouvelle-France eut commencé à s’affermir, des compagnies, à la tête desquelles étaient les sieurs Aubert de la Chesnaye et Riverin, obtinrent des concessions de terres sur la côte du Labrador, au nord de
d'un : que Lantis js de fouraient c des ficile assern que uines Le artes arle- Les 4 e eut à la de la
sions
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Ze Labrador 67
Dlanc-Sablon. Peu de temps après, le sieur LeGardeur de Courtemanche était mis en possession de la baie de Phélypeaux, aujourd’hui nommée la baie de Brador ; et le sieur Amador Godefroy de Saint-Paul obtenait cinq lieues de côtes, de chaque côté de la grande rivière des Esquimaux, à laquelle il donna le nom de Saint-Paul, et qui est aujourd’hui appelée rivière aux Saumons,
Dans les limites de la seigneurie du sieur de Saint-Paul, se trouvait renfermé l’ancien port de Brest. Le but des concessionnaires, tel qu'il est exprimé dans leurs demandes, était de faire “la pêche des molues, baleynes, loups-marins, marsouins et autres.” Les héritiers des premiers acquéreurs continuèrent la mêm. pêche, et dans un tableau des produits du Canada, pour l’année 1744, l’on trouve que plusieyrs mill rs de baïriques d'huile avaient été en cette année exportées du Labrador,
CS Le Labrador
Sous le gouvernement britannique toutes ces pêcheries passèrent à des marchands anglais et écossais, qui employaient un certain nombre
Es d'hommes pour faire la pêche et la chasse, Le 3 | ; chef de la dernière compagnie qui exploita ces | can postes fut le sieur Adam Lymburner, alors un | Pi des premiers marchands de Québec.
| SE Il y a quarante ans, l’on ne rencontrait pas ms! sur la côte une seule femme d’origine europé- Eu enne ; les six ou sept postes du Labrador ne rt renfermaient que des hommes, presque tous | : W originaires de Berthier, Ceux-ci étaient céli- ! Re: bataires ou avaient laissé leurs femmes dans x ' leur paroisse natale. Plusieurs, après avoir
réussi à faire des épargnes et à découvrir
Lois M
quelque lieu avantageux pour la chasse ou pour
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la pêche, s’y bâtirent des demeures et commencèrent à travailler pour leur propre compte ; la femme et les enfants venaient bientôt .après ë occuper la maison et prendre part aux travaux
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| pas Opér ne tous célians voir vrir our en-
; la près aux
Le Labrador [ofe)
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ni
du chef de ja famille. Les premiers arrivés attirèrent quelques-uns de leurs parents ou de leurs amis; et ainsi se sont établies une quarantaine de familles canadiennes, venues des environs de Québec. Les femmes sont encore bien moins nombreuses que les hommes, de sorte qu’il est presque impossible d'obtenir une servante sur les lieux ; aussi si une femme est malade, elle doit avoir recours à sa voisine. Or, les maisons étant à cinq ou six milles l’une de l’autre, la voisine qui vient servir de garde-malade doit amener avec elle tous ses enfants, s’ils sont encore en bas âge. Pour la raison ci-dessus donnée, la rareté des personnes du sexe, 1l arrive que les filles se marient fort jeunes, souvent même avant l’âge de quinze ans.
Trente familles à peu près parlent la languc anglaise ; parmi celles une dizaine sont catholiques et les autres protestantes. ‘Quelques-
70 Le Labrador
unes comptent parmi leurs ancêtres des anglais, des écossais, des irlandais, des jerstais, des français et des esquimaux.
LA . La langue française est la plus généralement | LE :B54 répandue dans la partie supérieure du Labraen dor, depuis Mingan jusqu'a Saint-Augustin ; | 4] k elle est aussi ordinairement en usage à Blanc- [mit Sablon ; mais depuis Saint-Augustin jusqu’à la A baie de Brador, on parle habituellement lan. Ce glais, Beaucoup d'habitants de la côte se ae servent facilement des deux langues. / 1 rl On rencontre peu de Montagnais ; ceux qui | Œ: paraissent dans ces quartiers pendant quelques A semaines ne font qu'y passer, pour se rendre à oo leurs quartiers d'hiver et en revenir par les
rivières d’'Itamamiou, de Saint-Augustin ou des Saumons. Quant aux Esquimaux, j'en ai vus trois ou quatre, qui vivent à l’européenne ;
tous les autres se sont retirés vers le nord. Ils
Er en pd M M M 1 mm. rs
ont néarfaoins laissé dans le payæ#les traces de
Le Labrador da 72
leur passage : les noms de lieux, la manière de faire la pêche et la chasse, certaines coutumes locales, viennent en grande partie des Esquimaux : les voitures, les harnais des chiens, les fouets sont les mêmes dont se servent les Esquimaux. L'on à fait preuve de sagesse en conservant ces usages des anciens habitants, car ils conviennent au climat et à la nature du pays.
En laissant Wapitugan, j’entrais dans les
limites de ma mission, La Æuvie-Louise devant s'arrêter à la plupart des postes pour y débarquer des provisions, j'étais assuré de rencontrer le P. Coopman ou du moins, s’il était parti, d'apprendre quelles étaient les maisons qu’il n'avait pu visiter ; car je ne savais encore où il me faudrait débarquer. A la Pointe-à-Morier et à Watakayastic, on nous informa que la maladie du Rev. Père avait été très-grave, qu'après avoir été retenu une quin-
72 Le Labrador
zaine de jours au Petit Mécatina, il avait pu sé mettre en route, avec l’espérance de continuer sa MISSION,
Le 4, nous nous arrêtions à Natagamiou, tout près d’me chute que fait la rivière de ce nom en se jetant dans la mer. La cascade est si forte que le saumon ne peut la remonter ; aussi le poste ne vaut-il rien pour la pêche du saumon, Le propriétaire de Natagamiou possède la seule vache qui se trouve entre Wapitugan et Blanc-Sablon ; il en retire peu. de profit, car, de huit à dix heues à la ronde, on envoie chercher chez lui du lait, pour guérir toutes les maladies imaginables : un tel service ne se refuse jamais et est toujourÿ rendu gratuitement, .
Le Labrador 3
A la Tête-à-la-Baleïine, nous débarquons un passager, qui vient s’essayer aux travaux du pays. Cette île est un rocher à peu près nu; cependant le sieur Kenty, qui s’y est établi, entretient fort convenablement sa famille, avec les produits de la pêche du loup-marin, de la morue et du hareng. Au commencement du mois d’août, il avait déjà près de trente mille morues, et le poisson était encore abondant.
Il a aussi sû utiliser le peu de terre qui se trouve sur l’île, en la ramassant et la transportant près de sa maison, pour y former un petit champ. La culture lui a fourni des navets et des pommes de terre, dont il a pu vendre une partie, après avoir fait la provision nécessaire pour sa famille.
En laissant la Tête-à-la-Baleine, nous franchissons un étroit passage au milieu des îles— et nous côtoyons le pied du Gros Mécatina, morne élevé, qui sert d'amarque aux vaisseaux
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