‹ Louis GamacheChapitre 7 sur 17 · IL · texte numérisé non relu

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arrivant de la haute mer sur la côte du Labrador. Sa cime est depuis une semaine couverte de fumée. Selon ce qu’on nous dit, le feu, mis dans les broussailles et dans la mousse par des voyageurs imprudents, s’est étendu sur toute la montagne et a ensuite pénétré dans les terres, consumant dans son passage la maigre provision de bois qui servait au besoin des habitations environnantes (Comme la sécheresse règne depuis longtemps, l’on craint qu’il ne soit porté vers l’intérieur du pays, où ül causerait un double dommage, en détruisant le bois, si précieux dans ces lieux, et en éloignant le gibier. L'on est tout étonné d’apercevoir, sur les flancs noircis de la montagne, des ravines encore pleines de neige. Malgré les flammes de l'incendie, malgré les chaleurs du mois d'août, l’hiver a laissé les traces de sa rigueur, non-seulement sur la terre, mais encore gur la mer, car, à une lieuc de distance, une

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énorme glace miroite au soleil, en se balançant lourdement sur les vagues.

Le poste du Gros Mécatina est ancien, et, il y a un siècle, il était un des plus productifs du Labrador; en 1744, la veuve Pommereau, à qui il appartenait, en retirait 451 barriques d'huile, tandis que le poste de la bafe Phélypeaux n’en fournissait que 390 au sieur de Brouague, Aujourd'hui, il a pardu de sa valeur, et cependant les quelques familles qui y demeurent n’ont point raison de se plaindre de leurs pêcheries.

Dans une des baies voisines, la baie des Bateaux, on trouve des huîtres connues sous le nom de palourdes, dont les coquilles sont fort belles : elles vivent cachées dans le sable, et, pour les en tirer, il faut se servir de la pelle ou de la pioche, Elles sont, dit-on, d’un goût excellent.

Nous nous dirigeons vers la Tabatière, où je

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dois laisser la goëlette pour donner une mission, La Tabatière est la métropole du canton; située à mi-distance, entre Wapitugan et Blanc- Sablon, elle renferme dans un rayon de trois lieues douze familles catholiques. Aussi, à un peu plus d’un mille du principal établissement, a-t-on élevé une chapelle, destinée à l’usage de ce noyau de fidèles. La raison qui a porté à mettre la chapelle à une telle distance du port peut servir à donner une idée du pays ; c’est le seul endroit où il y ait assez de terre pour un cimetière; et encore ce cimetière a-t-il à peine un quart.d’arpent en superficie.

Le poste de la Tabatière a été établi par le sieur Samuel Robertson, que monsieur Lymburner voulut favoriser, après avoir abandonné lui-même le commerce du Labrador. Ecossais de naissance, M. Robertson apportait aux affaires d'intelligence et la persévérance qui

distinguent ses compatriotes. Lorsqu'il eut

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reconnu les avantages qu'offrait le port de la Tabatière, il le choisit pour y établir une grande pêcherie ; les loups-marins alors étaient si nombreux dans ces parages, que dans un seul automne on en prit ici plus de quatre mille.

Le nouveau propriétaire était d’un caractère un peu excentrique, et tentait par fois des entreprises hasardeuses qui lui plaisaient par leur singularité, Il avait remarqué que les baleines, en remontant, suivaient assez souvent une passe .entre deux îles; il crut pouvoir les arrêter, ou du moins les embarrasser dans leur course, en tendant un rets monstre dans ce détroit. Pour cette fin, il fit préparer avec un soin particulier un filet d’un genre tout nouveau. Les mailles, d’une très-grande largeur, étaient formées avec de gros cables, capables de résister à une forte tension ; des barriques vides servaient de flottes; de puissantes

amarres, Gestinées à tendre le rets et à le main-

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tenir en place, étaient attachées à des ancres qu’on avait enfoncées dans les fissures du roc, Robertson avait eu la précaution de prendre à son service, pour l’hiver, des harponneurs et des matelots accoutumés à poursuivre la baleine. Il espérait qu’en suivant sa route accoutumée, la baleine irait se heurter contre le filet ; les harponneurs devaient alors profiter de la situation, et donner le coup de mort au malheureux cétacé, embarrassé dans les plis du filet. Les pêcheurs connaissaient un peu le vigoureux lutteur à qui ils avaient affäire ; ils représentèrent que toutes les amarres, retenant un côté du filet, devaient être assez faibles pour se briser au premier choc; qu’en cédant ainsi sur un point le ret serait moins exposé à être rompu et s’enlacerait plus sûrement autour de la baleine; que si les deux bouts étaient également solides, la baleine ferait une trouée complète et continuerait sa route, Le conseil

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Ctait trop sage pour être adopté ; la conséquence fut que la première baleine passa à travers le filet, et le laissa dans un état si déplorable, qu'il fallut le lever sans mot dire, Depuis cette tentative, l’on a renoncé à prendre les baleines avec des filets.

Je fus reçu chez une des cinq families qui demeurent dans le voisinage immédiat de la Tabatière ; et je pus, le même soir, juger de l'hospitalité qu’on exerce sur la côte, et dont j'avais entendu parler à plusieurs reprises. En effet, pour le souper, une dizaine d'hommes se présentèrent à table et s’y placèrent sans façon. “ Combien employez-vous donc de pêcheurs ? ” demandai-je à quelqu'un de la maison. “ Nous n'avons que trois hommes. —— Mais d’où viennent tous vos convives? — Les uns appartiennent aux postes voisins ; les autres sont

arrivés par une goëlette venue de l’ouest, et

sen vont à la pêche du hareng vers Blanc-

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Sablon. — Les connaissez-vous tous ? — Pas tous ; mais quand un étranger arrive, il a sa place à table; c’est la coutume, Dix étrangers restcraient une semaine toute entière dans une maison, qu'on ne leur ferait pas voir que leur visite est un peu longue.”

L'hospitalité se pratique même en l'absence des maitres de la maison. Pendant la pêche du saumon, quelques familles laissent leur demeure ordinaire, pour aller en occuper une autre sur les bords dela rivière Saint-Augustin, ou de quelque autre rivière. En partant, on laisse des provisions, quelquefois même de l'argent, et les portes restent ouvertes, de manière que les voyageurs y puissent entrer et prendre les choses dont ils ont besoin. TJusqu'à présent, personne n’a abusé d’une si louable coutume; mais Je temps est arrivé où, à cause du grand nombre d'étrangers qui

fréquentent la côte, il ne sera pas possible de

la maintenir.

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Îl est à remarquer qüe chaque famille a ordinairement deux maisons: là maison du farge ‘et la maison de #erre. ‘La maison du large est placée sur ane île, ou au bord de ‘mer si elle éèt sur la terfe ferme. C'est la demeure otdinaire de la famille pendant plus grande partie de l'année ; elle est toujours ‘dans l'endroit où là pêche du loup-marin, du harèhg'et de 1h môrue se peut faire plus facie enrent. La maison de terre est occupée per dant la saison du saumon, qui se prend dans es rivières. 1l+st des gens qui en possèdent une troisième pour l'hiver, afin d’être Plus rapprochés du bois: cär il arrive que la maison du large se trouve à quatre où cind lieues de l'endroit où l’on coupe le bois de chauffage,

Et général, les maisons ordinaires sort propres, et assez grandes pour être partagées en deux ou trois chambres. Les meubles n’en sont pas riches, mais l’on y trouve tout ce qui

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est nécessaire. Les marchands y viennent d'Halifax, parcourent les havres de Ia côte, sus des goëlettes, et fournissent à un taux raison nable les provisions et les marchandises qui, st Pon en excepte la farine et le lard, sont à meilleur marché qu'à Québec. En retour, les trafiquants reçoivent les huiles, le poisson et les pelleteries, Ils s’en tiennent ordinairement au troc, et ne donnent d'argent que dans les cas extraordinaires. Ainsi conduit, ce com:

Merce est fort lucratif, C’est sur la côte du Labrador que le sieur Daniel Cronyn, un des plus riches marchands d'Halifix, a fait une fortune considérable. El passait de poste en poste sur une goëlette, distribuait des marchandises, et recevait le saumon, l'huile, les peaux de loups-marins et les riches fourrures des Planteurs : ‘je dois employer ce nom de planteurs, que se donnent les habitants de la côte, quoiqu'il n’y en ait que deux ou trois parmi eux qui plantent des pommes de terre,

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Les marchards de Québec ont eu moins dé succès : pendant bien des années, le feu sicur Victor Hamel à fait un commerce étendu avec les Labradoriens : il en a retiré assez peu dé profit, mais beaucoup d’honneur, car partout je l'ai entendu louer pour son honnêteté et sori obligeance, Aujourd’hui, peu de Canadiens font le commerce au Labrador; l’on prétend que leurs marchandises sont mises à un prix trop élevé, et que le marché de Québec ne

vaut point celui d'Halifax pour les produits du pays.

Le & août, lendemain de mon ärrivée, ie me

tendis à la chapelle, qui est convenable et bien

tenue. Elle est couronnée par un petit clocher, qui attend encore une cloche; derrière

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