‹ Louis Hébert (volume 2)Chapitre 20 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

droit favorable pour asseoir sa maisonnette. Il avait besoin d'un terrain fertile, près du fort, et qu'il pût défricher sans trop de difficultés. Il trouva bientôt ce qu'il cherchait. Il escalada la falaise dont les sommets étaient alors garnis de noyers puissants, aux fortes ramures, et de chênes gigantesques, au feuillage épais, qui plongeaient leurs racines dans une terre riche.

Un panorama admirable s'offrit aux yeux de notre colon. Il en fut émerveillé. Il aimait la grande nature. L'Acadie l'avait charmé, mais toutes les beautés de Port-Royal n'étaient rien en comparaison de ce qu'il vit à Québec pour la première fois. A ses pieds le grand fleuve roulait ses eaux avec impétuosité. En face se trouvaient les rochers si escarpés de la pointe Lévis, tout couverts d'un bois épais. Vers le Nord, les Laurentides; plus près de lui, la côte de Beaupré, mais toujours et partout... la forêt vierge où habitaient l'Indien et les bêtes fauves. Hébert dut se sentir bien isolé au milieu de cette mer de feuillage. Il ne put se défendre d'un certain sentiment de terreur à la pensée des dangers qui l'attendaient sur ce coin de terre sauvage. En ce moment, il se rendit compte de la grandeur de la tâche qu'il venait inaugurer au milieu de cette barbarie, et de la somme d'énergie qu'il devait dépenser pour commencer la première trouée dans la forêt vierge. Pourtant une pensée vint le consoler et l'encourager. Cette Nouvelle-France, ce royaume plus grand que son pays, n'était-il pas glorieux de le conquérir, non pas à la

pointe de l'épée, mais avec la hache pour l'honneur de la France et la plus grande gloire du Christ! Louis Hébert remercia Dieu de l'avoir appelé à cette œuvre si noble et si belle.

Ayant choisi le site de sa maison Louis Hébert se mit à l'ouvrage. Ce fut un événement important pour les habitants de Québec que de voir au milieu des arbres se dresser la charpente de la première maison canadienne. Les ouvriers qui se trouvaient au fort prêtèrent leur généreux concours ainsi que les maçons.

L'humble logis de Louis Hébert était en pierre; les pignons étaient en bois. En 1644, cette maison menaçait de tomber en ruine; elle fut remplacée par une autre plus spacieuse et plus commode, qui devint le berceau du Petit Séminaire de Québec; elle avait trente-huit pieds de longueur sur quatorze de largeur. Elle était construite en pierre, et, paraît-il, située à l'entrée même du jardin du Séminaire.

«Champlain, écrit Mme Laure Conan, voyait avec une joie profonde s'élever cette maison. Elle lui paraissait comme une fleur d'espérance sous le grand ciel bleu. Le jour où la famille s'y installa fut pour lui un jour heureux. Il y avait enfin un vrai foyer dans la Nouvelle-France...

» Avec quel contentement Hébert battit le briquet et alluma le premier feu dans l'âtre! Bien douce fut cette heure. La flamme du foyer, les mille petites voix qui bruissaient dans le bois embrasé mettaient la joie dans tous les cœurs. Au lieu de la toile des

Al;nAÏI"\ DE CHAMPLAIN ; SUB LA FALAISE EST LA MAISON DE LOUIS HÉBERT. (P. 48.)

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