‹ Louis Hébert (volume 2)Chapitre 21 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tentes trempée de rosée, on avait enfin un toit solide, le bien-être de l'abri et de la chaleur. Les meubles apportés de Paris reparaissaient au jour. On oubliait qu'on était en pleine barbarie dans une forêt sans bornes...

» L'œil vif et gai, Mme Hébert allait et venait, plaçant les meubles, rangeant le linge dans les armoires, disposant sur le dressoir sa belle vaisselle d'étain, et, près du feu, les casseroles de cuivre^)...

» C'est avec une émotion profonde que le Père Joseph Le Caron bénit la demeure du pionnier de l'agriculture. Il lui semblait célébrer l'alliance de Thomme avec la terre canadienne. Par delà il voyait comme en un rêve, les travailleurs du sol, tous ces vaillants défricheurs qui, la hache à la main, s'enfonceraient dans la forêt pour y fonder un foyer et il offrait à Dieu leurs rudes labeurs et leurs héroïques misères... »

Autour de son petit logis, Louis Hébert commença les premiers défrichements. L'histoire aurait dû enregistrer cette date mémorable, elle célèbre parfois de moins dignes anniversaires. Louis Hébert, en effet, ce jour-là, prenait effectivement possession du sol canadien. Sans pompe comme sans bruit il commençait la véritable conquête de la Nouvelle- France, et la seule vraiment durable. Cet apothicaire parisien devint alors l'habitant vrai, qui s'identifie

l.On peut voir au monastère des Révérendes Sœurs du Bon Pasteur, de Québec, une fontaine antique qui fut apportée au Canada par Louis Hébert, et qui a été conservée dans la famille Couillard de génération en génération.

avec la terre féconde, qui s'y attache par ses travaux, et qui y trouve sa vie, sa richesse et son bonheur.

Avant Louis Hébert, les découvreurs avaient pris possession solennellement du Canada, mais y avaientils laissé après eux des vestiges de leurs passages? Non, ils étaient retournés dans la mère-patrie, à l'exception de M. de Champlain, sans avoir rien édifié, rien créé.

Mais par son geste de défricheur, Louis Hébert entreprit la conquête pacifique des terres de la Nouvelle-France. Il assura à son roi la possession de notre vaste pays; après lui d'autres s'établirent sur de nouvelles terres; petit à petit, à mesure que la forêt recula devant les pionniers de la civilisation, des champs fertiles, des terres riches fournirent abondamment les produits de la ferme, sources de richesses plus durables que celles du comptoir.

Jusqu'à Louis Hébert, les Français n'eurent ni le temps ni la permission de se livrer à la culture. Les Associés des Marchands l'avaient défendu expressément. Avec le premier colon s'ouvrit la première clairière, dans la sombre forêt, et une ère nouvelle commença à luire sur la Nouvelle- France. L'enfant des bois trouva, dès lors, dans les visages pâles, d'autres hommes que des marchands indignes; il rencontra des apôtres, des frères. Louis Hébert devint bientôt le confident et l'ami des pauvres indigènes.

Les défrichements coûtèrent beaucoup de peines.

Page 1