‹ Louis Hébert (volume 2)Chapitre 39 sur 74 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

Champlain fut obligé de délivrer le prisonnier qu'il retenait depuis quatre mois n'ayant plus rien pour le nourrir. Le pauvre malheureux était si exténué qu'on fut obligé de le porter, il ne pouvait se soutenir.

Dans cette extrémité, pour soulager Québec, M. de Champlain envoya chez les sauvages trente personnes; il n'en retint que treize au fort. Plusieurs demandaient à repasser en France et, dans leur impatience de partir, ils se seraient embarqués dans une vieille barque qui menaçait de faire eau de toutes parts. Il chargea ainsi Boulé, son beau-frère, de se rendre à Gaspé. Arrivés à Tadoussac vingt passagers débarquèrent à cet endroit, dix seulement voulurent courir les périls de la traversée.

Tous cependant attendaient la moisson avec bon courage. Les uns à l'exemple de M. de Champlain se mirent à semer des navets, tandis que les autres, au milieu des bois, allaient chercher des racines à six ou sept lieues avec une peine et des fatigues extrêmes

On aurait voulu pêcher, mais il n'y avait plus ni filets, ni hameçons. Pour comble d'infortune la poudre manquait. M. de Champlain préféra endurer la faim que de consumer à la chasse le peu qui lui restait. Au mois de juillet, dix-sept personnes revinrent à Québec avec les Pères de Brébœuf et Massé. Elles apportèrent quatre à cinq sacs de farine d'environ cinquante livres chacun. Ces sacs appartenaient à des particuliers, deux seulement furent vendus. Les Récollets en achetèrent un; Dupont-

Gravé acheta l'autre. M. de Champlain ne reçut pour sa pitance qu'une écuellée de farine.

Couillard avait sept arpents ensemencés et il assista les colons de son mieux: « quoiqu'on lui témoignât peu de reconnaissance et que lui-même, ainsi que ceux qui étaient au Fort avec lui, fnssent des plus mal partagés. » Les Jésuites avaient ensemencé juste ce qu'il leur fallait pour leur entretien. Les Récollets avaient quatre arpents de terre en culture, et ils promirent de donner le surplus qui leur resterait aux habitants après avoir mis de côté leurs provisions pour l'année.

Que de souffrances la Compagnie des Marchands aurait épargnées aux pauvres colons, si elle leur eût permis de se livrer à la culture! Il y avait plus de vingt ans que Québec était fondé et tout restait à faire. Les familles de M^e Hébert et de Couillard rendirent de précieux services à leurs compatriotes dans cette année de famine. Celles d'Abraham Martin, de Desportes, de Langlois et de Pivert, partagèrent les mêmes peines. Si chacune d'elles avait pu cultiver, la Nouvelle-France n'aurait pas subi de pareilles épreuves. Mais les grandes œuvres voulues de Dieu doivent, avant de prospérer, passer par le creuset des tribulations: la colonie fut fortement marquée du sceau divin. Ce ne fut qu'après vingt-trois ans de luttes et de souffrances qu'elle put enfin être établie sur des bases solides. La famille du premier colon canadien a essuyé toutes ces épreuves; elle a assisté aux difficultés

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