CHAPITRE IX
les habitants seraient traités avec honneur; qu'ils sortiraient du fort avec leurs armes, leurs habits et leurs pelleteries. Que tous, religieux et laïques, seraient reconduits en France, sans excepter les deux petites filles sauvages que M. de Champlain avait adoptées; que les prisonniers, entre autres Eustache Boulé, auraient le même sort; que dans r espace de trois jours une barque serait mise à la disposition des Français pour les conduire à Tadoussac où se trouvait un vaisseau sur lequel cent personnes pourraient prendre passage. Les conditions de la capitulation furent acceptées le 19 juillet 1629.
Les religieux obtinrent en plus la permission de célébrer la Messe; des gai- les furent postés près du couvent des Jésuites, celui des Récollets, et la maison de Couillard. Louis Kertk remit à M. de Champlain un mémoire détaillé de tous les objets qui se trouvaient au fort; «ce qu'il m'accorda avec toutes sortes d'affections, écrit M. de Champlain.» C'en était fait! L'imprévoyance des Associés des Marchands et leur sotte cupidité avaient causé la ruine de la Nouvelle-France. Tous les travaux que le fondateur avait accomplis étaient perdus. Les Anglais ruinaient encore une fois ses plus chères espérances.
Guillaume Couillard et Mme Hébert ne pouvaient taire leur chagrin. Il leur fallait perdre le fruit de leurs travaux. C'était leur ruine et celle de leur famille. Il leur restait cependant un espoir: Louis Kertk les engageait à rester sur leurs terres, leur
ÔO LOUIS HEBERT.
accordant la liberté de faire la moisson et d'en disposer à leur gré, soit en lui vendant le surplus, soit en le trafiquant aux sauvages. Il leur promit qu'après un an s'ils préféraient retourner en France ils en auraient toute permission et qu'on leur achèterait chaque castor au prix de quatre livres payables à Londres.
Couiliard et sa belle-mère ne pouvaient se résoudre à accepter cette proposition, tout avantageuse qu'elle parût, sans consulter M. de Champlain sur le parti qu'ils avaient à prendre. En restant au pays, ils ne pouvaient attendre aucun secours spirituel: les religieux s'embarquaient pour la France; en quittant leurs terres ils perdaient le fruit de douze années de labeurs incessants.
M. de Champlain, homme de piété exemplaire, leur répondit que le bien des âmes passant avant le bien des corps, il leur conseillait de retourner en France, où ils pourraient plus facilement recevoir les sacrements et les secours de la religion; ce qu'ils ne devaient point espérer en Canada, où il n'y aurait plus ni prêtres, ni exercices du culte catholique tant que les Anglais en seraient les maîtres. « Mais il ajouta: que, s'il était à leur place, il ferait d'abord la cueillette des grains pour les traiter aux sauvages et qu'ensuite il repasserait en France. »
M. de Champlain avait bien une arrière-pensée en donnant le dernier avis: il partait avec peine, et il espérait qu'en abandonnant quelques Français dans la colonie, il lui serait plus facile, plus tard,