‹ Louis Hébert (volume 2)Chapitre 42 sur 74 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

d'y revenir. « Ils me remercièrent, dit M. de Champlain, du conseil que je leur donnai, disant qu'ils le suivraient, espérant néanmoins nous revoir la prochaine année avec l'aide de Dieu. »

Le 24 juillet tous les Français s'embarquèrent sur le navire anglais pour Tadoussac. Durant le voyage la flotte de Thomas Kertk rencontra le navire de Emery de Caën, qui se rendait à Québec mais trop tard pour le secourir. Après quelques heures de combat de Caën dut abaisser son pavillon et il demeura prisonnier avec son équipage. Un nommé Jacques Couillard de Lespinay, lieutenant de navire, se trouvait à bord. D'après M. Suite il devait être parent de Guillaume Couillard, dont la postérité a porté le nom de Lespinay.

Les quelques jours passés à Tadoussac parurent bien longs à M. de Champlain. Mais ce qui lui causa une peine sensible, ce fut de ne pouvoir emmener avec lui ses deux protégées Espérance et Charité. La troisième, appelée Foi, était retournée dans sa nation. Un nommé Marsolet, interprète chez les sauvages, fut cause que David Kertk révoqua la permission que Louis, son frère, avait donnée lors de la capitulation de Québec. Il prétendait que les sauvages se montraient mécontents de leur départ et qu'ils feraient un mauvais parti aux Anglais. Ni les remontrances de M. Champlain, ni les supplications de ces pauvres enfants ne purent toucher David Kertk.

M. de Champlain écrivit une longue lettre au général pour l'engager à permettre leur départ, puis

il ajoutait : « et Couillard vous dit aussi, Monsieur, nous avons autant d'intérêt que personne à cause de ma femme et de mes enfants; que s'il y avait quelque risque, je vous le dirais librement; qu'au contraire les sauvages m'ont dit qu'ils en étaient bien aises et qu'elles étaient bien données. Tout ceci, conclut M. de Champlain est un témoignage suffisant, auquel vous devez ajouter foi. »

Voyant que tout était inutile, ces pauvres filles durent se résigner à laisser partir M. de Champlain; mais elles firent éclater leur colère contre le perfide interprète qui demeura fort étonné de la vérité des discours d'une fille de douze ans.

Pendant ce temps-là, le moment de s'embarquer arriva pour nos Français. Couillard s'était rendu lui-même à Tadoussac pour assister au départ du vaisseau.

M. de Champlain donna son chapelet à l'une de ses protégées; son beau-frère, Boulé, donna le sien à l'autre; « car il ne fallait rien donner à Tune sans que l'autre n'en eût autant. » Puis, s'adressant à Guillaume Couillard, M. de Champlain le pria de les conduire dans sa maison et de les y garder jusqu'à son retour et de les traiter doucement, que c'était un grand acte de charité que Dieu saurait récompenser. Ajoutant qu'elles pourraient lui être utiles dans sa maison et que s'il lui faisait un tel plaisir il saurait le reconnaître.

Guillaume Couillard, touché de cette marque de confiance, répondit à M. de Champlain : « Assurez-

LES ADIEUX DE GUILLAUME C0U1LLARD AUX FRANÇAIS EN 1629. il'. 89. )

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