CHAPITRE X
GUILLAUME COUILLARD ET Mme HÉBERT SONT MALTRAI- TÉS PAR LES ANGLAIS. — ILS DÉSIRENT RETOURNER EN FRANCE. — LEUR REQUÊTE EST REJETÉE. — LON- GUE ATTENTE. — RETOUR DES FRANÇAIS. — JOIE DE LA FAMILLE COUILLARD. — LA SAINTE MESSE EST CÉLÉBRÉE DANS LA MAISON DU PREMIER COLON. — RELATION DU PÈRE LE JEUNE.
Combien fut longue pour Guillaume Couillard et sa famille, l'absence des Français! Abandonnés sur nos bords au milieu des bois, obligés de vivre avec des gens sans religion, qui leur faisaient endurer toutes sortes de mauvais traitements, que de fois ils regrettèrent la détermination qu'ils avaient prise de rester dans la Nouvelle-France.
Les Anglais, sans aucun scrupule, tuaient leur bétail, pillaient leur terre, donnaient de l'eau-de-vie aux indigènes, qui commettaient alors des vols et des dégâts. Ceux qui avaient pris l'habitude de venir à la maison de Couillard où Mme Hébert leur enseignait le catéchisme, ne venaient plus que rarement à cause des tracasseries dont ils étaient victimes.
Mais ce qui accrut les peines de l'exil ce fut l'absence de prêtres et la privation de tout secours religieux. Cette famille priait avec ferveur; elle demandait à leur Dieu de leur envoyer les Français qui seuls pouvaient lui gagner les pauvres sauvages.
Que de fois, Mme Hébert, de la fenêtre de sa maison, qui donnait sur le fleuve, jetait des regards anxieux, cherchant à découvrir quelque navire ami! Mais rien n'apparaissait à l'horizon. Les jours s'écoulaient, les semaines, les mois se succédaient, et nos chers ancêtres ne voyaient pas venir le drapeau de la mère-patrie!
Trois longues années s'écoulèrent ainsi. Combien ardente leur prière montait vers le ciel! A la fin, désespérant de voir le retour de M. de Champlain, ils demandèrent au général de les reconduire en France. Mais Kertk avait besoin d'eux; il ne voulut pas se rappeler les engagements qu'il avait contractés envers eux lors de la capitulation. Il leur fallut se résigner et attendre.
Enfin! un jour un navire fut signalé près de l'Ile d'Orléans; était-ce la France qui approchait? Chacun se demandait s'il était le jouet d'un rêve; on ne pouvait croire à tant de bonheur! Quelle émotion durant ces heures d'attente! C'était bien la France qui venait à leur secours! leur cœur ne les avait pas trompés, car ils apercevaient le drapeau blanc qui claquait gaiement au souffle de la brise. La France! La France! ce cri dut être répété bien des fois par nos chers ancêtres. Oui, c'était elle, qui