CHAPITRE XIII
Le 15 juillet 1661, Guillaume Couillard fit une nouvelle concession aux Dames de l'Hôtel-Dieu d'une pièce de terre pour servir de cimetière aux pauvres qui mouraient à l'Hôpital. En 1679, Marie-Guillemette Hébert augmenta cette concession.
Guillaume Couillard aimait à prendre une part active aux fêtes et aux réjouissances publiques. A la Saint-Joseph, chaque année, il allumait un feu de joie. Au jour de la Fête-Dieu, il érigeait dans son grand jardin un reposoir magnifique; en passant, devant sa maison, les soldats tiraient des salves de niousquets et de fusils. Les Jésuites, au jour de l'an lui faisaient leur visite annuelle; ils retournaient à leur couvent avec quelques petits présents. Comme on le voit, ce vétéran de la colonie était entouré de la considération de ses concitoyens.
Deux deuils attristèrent les dernières années de Guillaume Couillard. Ses deux fils, Nicolas et Guillaume tombèrent sous les coups des Iroquois. La mort de Joseph Hébert, petit-fils de Louis Hébert, arrivée presque en même temps, vint encore briser le cœur de ce respectable vieillard.
Nicolas Couillard, sieur de Belleroche, fut tué sur l'Ile d'Orléans, en allant porter secours à son frère Louis Couillard de Lespinay. Voici en quelles circonstances. Au mois de juin de l'année 1661, Louis Couillard de Lespinay partit pour aller a la chasse sur l'Ile d'Orléans. Geneviève des Prez, son épouse, sceur de Mme Jean de Lauzon, le Sénéchal de la Nouvelle-France, et fils du gouverneur de ce nom, ayant
appris que les Iroquois avaient fait leur apparition sur l'île, supplia ce dernier d'aller délivrer son mari.
« M. de Lauzon, pour signaler l'amitié qu'il lui portait, partit avec six jeunes gens dans une chaloupe j étant arrivé vis-à-vis la maison du sieur Maheu, qui était au milieu de l'île, et qui avait été abandonnée depuis quelques jours, il la fit échouer a marée-basse entre deux rochers. Il y envoya deux de ses compagnons pour voir si les habitants avaient eu le temps de s'enfuir. Celui qui ouvrit la porte de l'habitation se trouva en présence de quatre-vingts Iroquois qui le tuèrent et ils firent l'autre prisonnier.
» Il ne restait plus que cinq Français, mais ils résolurent de vendre chèrement leur vie. Les Iroquois proposèrent aux Français de se livrer, leur garantissant la vie; mais tous se défendirent jusqu'au dernier soupir. M. de Lauzon eut les bras tout meurtris et hachés des coups qu'on lui avait donnés pour lui faire mettre bas les armes... Après sa mort les Iroquois lui coupèrent la tête qu'ils emportèrent dans leur pays. Ainsi furent massacrés sept Français ; ces derniers tuèrent un bien plus grand nombre d'Iroquois, dont on trouva les ossements lorsqu'on alla lever les corps des nôtres; leurs gens ayant brûlé les corps de leurs morts selon leur coutume et laissé entiers ceux de nos Français.
« Après cette horrible boucherie, ces barbares s'étant aperçus qu'on envoyait des troupes à leur poursuite se sauvèrent à la hâte. Par malheur le secours