‹ Louis HebertChapitre 10 sur 74 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

des coteaux gracieux et, çà et là, des ruisseaux larges et profonds qui décrivent mille contours avant de se jeter dans les rivières qu’ils alimentent. Les montagnes et les coteaux devaient offrir un beau coup d’œil aux explorateurs, car leurs forêts vierges n’avaient pas encore été entamées par la hache des bûcherons. Des chutes nombreuses, pouvant faire tourner les roues de plusieurs moulins, ajoutaient à la beauté du pays. Lescarbot, le premier historien de l’Acadie, s’étonnait avec raison ‘ ‘qu’un si beau lieu demeurât désert et tout rempli de bois.”

Cet endroit fut appelé Port-Royal. Il fut décidé qu’on démolirait l’édifice de l’Ile Sainte-Croix et qu’on transporterait ses pièces à Port-Royal. Les hommes se mirent à l’oeuvre avec courage. Après plusieurs semaines de travaux pénibles, le fort se dressait au fond de la baie sur une petite élévation. Il avait dix toises de longueur sur huit de largeur. On y trouvait un magasin pour les provisions. M. de Monts faisait sa résidence du côté nord, tandis que Louis Hébert, M. de Champlain et Dupont- Gravé habitaient une maisonnette entre le corps de logis et le magasin. Les ouvriers se retiraient du côté de l’ouest. Quatre pièces de canon défendaient l’entrée principale. A une courte distance de celle-ci, on avait construit une forge, un hangar, une cuisine et un four pour cuire le pain.

Une palissade de pieux protégeait l’angle sud-est.

L’humble fort de Port-Royal était loin d’avoir l’ apparence de nos forteresses modernes, mais il servit tout de même à en imposer aux peuplades sauvages et à les maintenir dans une crainte respectueuse.

C'est là que les pionniers acadiens passèrent le second hiver.

Pendant que ces travaux s’achevaient, M. de Monts reçut des nouvelles qui le réclamaient en France. Des envieux cherchaient à le perdre à la cour. Pour sauvegarder ses intérêts, il prit la résolution de laisser la colonie aux soins de Dupont- Gravé. Avant de partir, il accorda Port-Royal et ses environs à M. de

Poutrincourt qui s’engagea, dès lors, à s’y établir dans l’espace de deux ans avec des familles françaises, car il se sentait des dispositions pour la vie du co- . Ion. Charmé par les beautés de l’Acadie, il prévoyait que ce pays pourrait se développer et devenir vraiment prospère. Ainsi que M. de Camplain et Louis Hébert, l’agriculture l’attirait. Il le montra bien quand il revint en Acadie pour la seconde fois. Il défricha lui-même un jardin et il le cultiva de ses propres mains. A quelque temps de là, il partit pour la France afin de préparer son expédition.

Dupont- Gravé demeura à Port-Royal en qualité de lieutenant de M. de Monts. Il fit terminer Y Habitation et il surveilla, avec Louis Hébert, les défrichements qui avaient été ouverts dès le printemps. L'absence de M. de Monts se prolongea au delà du temps marqué. En présence des attaques dont il était l'objet, il pria M. de Poutrincourt de prendre le commandement de l’Acadie, en attendant de meilleurs jours, mais il se réserva des droits sur le pays de même que sur les hommes qu’il y avait envoyés à ses frais.

M. de Biencourt, baron de Poutrincourt, originaire de la Picardie, naquit en 1557. Ses services

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