‹ Louis HebertChapitre 14 sur 74 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

qu’il s’embarquerait pour la Nouvelle- France. Cette démarche lui créa des ennuis. Les dames de la cour, Mme de Guercheville, entre autres, ainsi que la reine, qui s’étaient constituées les protectrices des Jésuites, virent ce refus d’un mauvais œil. Quoi qu’il en soit M. de Biencourt partit ayant à son bord l’abbé Fléché et Louis Hébert qui, cette fois amenait avec lui son épouse, Marie Rollet, au témoignage de M. Suite. (1)

Au milieu de l’hiver de l’année 1610, M. de Pou-

trincourt quitta le manoir de Saint- Just avec deux autres de ses fils. Il prit sur son navire des meubles, des provisions, des instruments propres au défrichement des terres. Bon nombre d’ouvriers l’accompagnaient ainsi que deux gentilshommes, qui devaient, dans la suite, jouer un rôle important en Acadie; c’étaient Claude de Saint Estienne de Latour et son fils Charles- Amador.

La traversée dura quatre mois. M. de Poutrincourt, qui s’était embarqué le 25 février, n’aborda qu’au mois de juin. A son arrivée à Port-Royal il s’aperçut que le fort avait besoin de réparations. Il les fit exécuter sur-le-champ. Il fallait se hâter, car Mme de Poutrincourt était sur le point d’arriver en Acadie. Plusieurs engagés y faisaient aussi passer leurs familles.

A quelque temps de là, le vaisseau la Grâce de Dieu aborda à Port-Royal, emmenant Mme de Poutrincourt, les Pères Biard et Massé, Jésuites.

Les deux premières françaises qui , foulèrent le sol de la Nouvelle-France sont donc Mmo Louis Hé-

(1) Mémoire de la Société Royale, II vol., p. 34.

bert et Mme de Poutr incourt. Ce fait est assez important pour mériter une mention spéciale. Que de gentilshommes furent moins courageux qu’elles! Ils se sentaient attirés pourtant par les richesses du Nouveau-Monde, mais ils n’eurent pas le courage de traverser l’Océan. Mme Hébert et Mme de Poutr incourt voulurent seconder leurs maris dans leur entreprise en travaillant à leurs côtés après avoir bravé les fatigues d’un long voyage. Honneur à ces femmes héroïques! Honneur à cette châtelaine qui ne craignit pas d’échanger son château et ses domaines contre les grands bois de l’Acadie et une misérable cabane de bois hrut ! Ces femmes désiraient contribuer à la fondation d’une colonie au prix des plus grands sacrifices. Ce geste est si noble que la nation canadienne ne devrait jamais l’oublier. Mrae Hébert faisait déjà l’apprentissage des jours laborieux et pénibles qu’elle devait couler plus tard sur un autre coin de la Nouvelle-France.

L’hiver de 1610-1611 fut extrêmement rigoureux. Les vingt-trois personnes qui se trouvaient au fort ainsi que les hommes de l’équipage endurèrent bien des privations. Le pain manqua durant plusieurs semaines. Sans les secours apportés par les sauvages, les colons seraient morts de faim. Malgré ces privations tous avaient bon courage. Au printemps chacun se mit à défricher son lopin de terre; les grains de semence furent jetés en terre dans les jardins agrandis, de sorte que l’avenir de la colonie parut à tous sous un jour plus riant.

Au mois de juin, M. de Poutrincourt partit pour la France laissant le commandement du fort à son

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