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CHAPITRE III

Saint-Sauveur. Cette recrue, d’environ soixante-etcinq personnes en comptant les trente-cinq hommes de l’équipage, aurait été bin plus utile à Port-Royal. Le fort était spacieux, solide, à l’abri d’un coup de main. Les défrichements y étaient avancés, et la récolte s’annonçait superbe. Le territoire de Port- Royal n’était pas, comme celui de Pentagouët, contesté à la France par l’Angleterre. Ces deux postes, trop faibles pour se défendre, succombèrent peu de temps après.

Au mois de juin, Samuel Argall, sous- gouverneur de la Virginie, se dirigeait vers ces parages en escortant des vaisseaux pêcheurs. On lui apprit qu’un établissement était à se former à l’embouchure de la rivière. Bien qu’on fût alors en pleine paix, il se décida à attaquer La Saussaye. Celui-ci se mit sur la terre ferme pour protéger le fort qui se trouvait sur File que Lamotte-le- Vilain commandait, et se défendit avec courage; mais, comme il perdait beaucoup de monde, il prit le parti de se rendre. Lamotte en fit autant, et remit l’habitation au mains du corsaire, qui s’empressa de voler la commission de La Saussaye. Ce dernier, sommé de montrer sa commission qu’il ne put retrouver, fut traité comme un misérable corsaire.

Argall s’offrit pourtant de conduire les Français dans la Virginie; il leur promit la liberté de conscience, et s’engagea à les faire repasser en France après un an. Plusieurs acceptèrent cette proposition, mais arrivés en Virginie, le gouverneur de Jamestown les traita en pirates et les condamna à mort, malgré les protestations d’ Argall qui, ne voulant pas

assumer la responsabilité d’un tel crime, prit alors la résolution de montrer la commission de La Saussaye, ce qui sauva la vie des Français mais perdit Port-Royal. En apprenant qu’il se trouvait un autre établissement en Acadie, le gouverneur ordonna à Argall de s’y transporter et de le détruire.

A Port-Royal les Français étaient loin de s’attendre à pareille attaque. Argall ne trouva personne pour défendre le fort. Il y mit le feu et tout fut détruit. En quelques heures furent consumés les bâtiments qui avaient coûté beaucoup de travaux et d’argent. M. de Poutrincourt, qui venait d’arriver en Acadie, fut témoin de ce malheur. Combien fut grande sa douleur en présence de ce désastre !

Avec quelle amertume dans l’âme, il contempla, ainsi que Louis Hébert, les ruines fumantes de V Habitation! Là, sous leurs yeux, se trouvaient les souvenirs de leurs peines, de leurs souffrances! Ils durent tout abandonner... Les champs de blé, les jardins qui annonçaient une si abondante récolte, il fallut tout quitter!... Pourtant ils étaient sur le point de jouir de leurs travaux; les difficultés des débuts étaient surmontées... mais un ennemi jaloux détruisit leurs chères espérances. Il fallut dire adieu pour jamais à la terre acadienne si fertile et remplie de promesses! Songer d’y revenir paraissait une follie : M. le Poutrincourt était ruiné. Ce fut donc avec un cœur brisé que Louis Hébert dit adieu a ses champs et à ses jardins. Il s’embarqua pour la France après avoir perdu son temps et ses peines. Quant à M. de Poutrincourt, il conservait un peu d’espoir. Son fils restait en Acadie avec les Sieurs de Latour

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