CHAPITRE IV
dre la Nouvelle-France indépendante de la mèrepatrie en ce qui regardait les premiers besoins de la vie. Il semble que les Associés des Marchands eussent dû comprendre qu’il était de leur plus grand intérêt qu’il en fût ainsi. Des chasseurs et des pêcheurs n’étaient point propres à travailler efficacement à rétablissement d’une colonie. Le plus solide fondement d’un pays n’est-ce pas l’agriculture? C’est sur ]’ agriculture que se base la société. Sans elle il n’y a ni société ni vie possibles. Une profession ou un métier peuvent même disparaître sans que la société souffre trop de dommage, mais que deviendrait-elle sans l’agriculture? N’est-il pas aise, pour un certain temps du moins, de vivre sans avocat, sans notaire, sans médecin? Oui, certes, tous peuvent vivre sans plaider, sans passer des contrats, et souvent sans recourir a la science médicale, mais il n’est personne qui puisse se passer du cultivateur. C est de lui qu’il faut acheter les légumes, les denrées, les céréales, les viandes nécessaires à l’entretien de la vie. Que deviendraient nos citadins et nos villageois sans lui? Qu’une seule récolte vienne à manquer il y a du malaise dans la société par suite de la rareté des produits. Le cultivateur est donc l’homme nécessaire et le plus indépendant des mortels. S’il connaissait son bonheur il ne serait pas tenté de quitter la charrue pour les tracasseries d’un métier.... même le plus rémunérateur.
“Heureux qui sait jouir, qui cherche à se connaître.
Qui cultive son champ et qui n’a point de maître.”
sommes-nous tenté d’écrire avec Boistel.
M. de Champlain désirait fonder une colonie durable. Il avait donc beaucoup de raisons de réclamer des défricheurs et des laboureurs pour les belles terres canadiennes. En dépit de ses démarches, après neuf ans, il n’avait pas encore réussi à implanter dans le pays un seul colon à qui l’on permît de se livrer à la culture.
En 1617, dans un de ses voyages à Paris, il rencontra Louis Hébert, son ancien compagnon de Port-Royal, qui suivait de loin la fondation de Québec, et qui s’intéressait d’autant plus à cette œuvre qu’il conservait toute son affection pour la Nouvelle-France. M. de Champlain lui proposa de l’amener à Québec. Louis Hébert fut comblé de joie; il allait enfin revoir nos grands bois, et reprendre la vie du colon, si pleine de charmes pour lui, malgré les sacrifices qu’elle exigeait. M. de Champlain, en présence de cet acquiescement, se sentit plus courageux pour continuer son entreprise. Il connaissait de vieille date le zèle de cet apothicaire, devenu, à Port-Royal, un agriculteur passionné. Avec lui, il avait défriché un petit coin de la terre acadienne. En sa compagnie, il avait jeté dans le sol fécond la semence productrice et recueilli la première moisson. Enfin, notre patrie allait avoir son premier colon! D’autres, sans aucun doute, suivraient plus tard le chemin qu’il aura tracé; ils s’établiront sur des terres ayant vu les succès d’un pionnier si enthousiaste et si persévérant!
Telles étaient les espérances qu’il entretenait sur le premier colon. Mais une question restait à résoudre. Les Associés consentiraient-ils à le laisser pas-