‹ Louis HebertChapitre 20 sur 74 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

ser au Canada avec sa famille? Voilà ce qui inquiétait le fondateur de Québec. Il se rendit auprès d’eux; il leur représenta les services que Louis Hébert pourrait rendre aux hommes du poste aussi bien qu’aux engagés; et les assura que cet apothicaire n’exigeait, pour son travail, que la permission de cultiver un lopin de terre assez grand pour l’entretenir avec sa famille. Les Associés acceptèrent ces conditions peu onéreuses. Ils y apportèrent même un certain empressement et consentirent à faire avec Hébert un contrat qui lui parut avantageux.

Ils lui promirent de l’entretenir avec sa famille durant les trois premières années de son séjour à Québec; de lui donner 1,200 couronnes pour ses services d’apothicaire; ils lui accordèrent, en plus dix arpents de terre.

Il n’en fallait pas davantage pour gagner Louis Hébert, qui saisit avec joie l’offre qu’on lui faisait. Il vendit la maison qu’il avait à Paris et son jardin ; il se réserva quelques meubles, et se disposa à partir.

Ses parents et ses amis le sollicitèrent de revenir sur sa détermination. Ils lui représentèrent sans doute toutes les fatigues qu’il avait subies, toutes les peines qu’il avait endurées sur la terre acadienne. Rien ne put l’ébranler. Il prévoyait que cette nouvelle démarche lui causerait des ennuis. Mais si grand était son désir de contribuer à la fondation de la Nouvelle-France et à la conversion des sauvages qu’il se sentit la force de surmonter tous les obstacles. Que lui demandait-on* en effet? On le priait de recommencer à Québec les travaux entrepris autrefois en Acadie. Peu lui importait d’avoir

dépensé huit ans dans une entreprise qui avait échoué misérablement et dans laquelle il avait perdu son temps, ses peines, tout le fruit de son labeur. M. de Champlain faisait appel à son patriotisme et à sa foi; il comptait sur son aide pour commencer une colonie stable; c'en fut assez pour lui faire repousser toutes craintes d’insuccès. Il se sentait appelé de Dieu pour contribuer à la fondation d’une Nouvelle-France et à fournir, par là, aux aborigènes, les moyens de parvenir à la foi chrétienne. Cet homme, cet humble colon, est donc le type du pionnier-apôtre.

C'est sur Honfleur qu’il se dirigea avec sa femme, Marie Rollet, et ses enfants: Anne, Marie- Guillemette, et Guillaume.

Là, une amère déception l’attendait. Il paraît que les Associés ne l’avaient accepté que pour la forme. Le roi les y avait obligés, semble-t-il. Ils étaient revenus sur la décision. De colons, de cultivateurs, ils n’en voulaient plus. Ils craignaient faussement que les défrichements n'éloignassent le gibier, et qu’il leur fallait continuer à tenir le pays en forêts inextricables, afin d’entasser leurs énormes profits du trafic des fourrures.

Hébert ne se laissa pas décourager. Il intercéda, il fit appel à l’esprit de justice de ces hommes mesquins. Que lui restait-il en France? Il n’avait plus un pouce de terre en propre. Il avait vendu ses propriétés avec pertes pour suivre M. de Champlain, qui unissait ses prières aux siennes.

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