‹ Louis HebertChapitre 29 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

vinrent si criantes qu’il devint urgent de faire entendre les plaintes à la cour. On ordonna une assemblée des habitants. Les Récollets s’empressèrent de donner leur approbation au projet. Le Frère Sagard surtout ne pouvant contenir son indignation au souvenir de ses tracasseries s’écrie quelque part dans ses ouvrages : “O Dieu! partout les gros poissons mangent les petits!” Mais il s’empresse de donner un juste tribut d’éloges à Louis Hébert qui persévérait à demeurer dans la colonie ‘ 'nonobstant les grandes traverses des anciens Marchands qui l’ont traité avec toutes les rigueurs possibles, pensant lui faire perdre l’envie d’y demeurer et à d’autres (ménages) d’y aller s’établir.”

M. de Champlain présida l’assemblée; pour la circonstance, Louis Hébert fut nommé Procureur du roi. Les Frères Denis Jamay et Le Caron, Eustache Boulé, beau-frère de M. de Champlain, y assistèrent ainsi que plusieurs autres.

Il fut décidé qu’on demanderait au roi de laisser une plus grande latitude aux colons; qu’on choisirait avec soin les familles les plus laborieuses et les plus chrétiennes. On sollicitait la faveur d’éloigner les familles protestantes afin de former une colonie exclusivement catholique.

Le fondateur ne voulait y introduire que des gens laborieux. Quelque temps auparavant il avait dû renvoyer en France deux familles qui étaient dans le pays depuis quelques années et qui n’avaient pas défriché un seul arpent de terre.

Les plaintes des colons de Québec furent enten-

dues à la cour. La Compagnie des Marchands fut dissoute et Louis Hébert put enfin continuer ses travaux sans être molesté.

Le Frère Sagard se montra F un des plus heureux de ce changement. Il exprima sa satisfaction dans les lignes suivantes: “Messieurs les nouveaux Associés, écrit-il, ont à présent adoucy toutes ces rigueurs et donnent tout sujet de contentement à cette honneste famille qui n’est pas peu à son aise.”

Libre enfin de se livrer à la culture, Louis Hébert non seulement agrandit ses champs mais il fit passer au Canada des bestiaux : ce fut pour sa famille une nouvelle source de revenus. Il établit ainsi sur ses terres la première ferme modèle. Autour de sa maison il planta de jeunes pommiers et des pruniers qu'il fit venir de Normandie. Au témoignage du Frère Sagard, de bonne heure, au printemps, les pommiers du premier verger canadien se couvraient de fleurs; et à F automne rapportaient de bonnes récoltes. Des plants de vignes, des fleurs que Marie Rollet entourait de mille soins, ajoutaient à la beauté de cette ferme canadienne.

En 1636, ces pommiers existaient encore, le Père Le Jeune, arrivant dans la colonie, écrivit dans la Relation : ‘ ‘Les pommiers que Louis Hébert a plantés ayant été gastés par les animaux, il faudra attendre pour voir si les pommes viennent bien dans ce pays, bien qu'on me F assure.” La persévérance de Louis Hébert avait triomphé de la mauvaise volonté des Associés des Marchands trop ambitieux et trop égoïstes pour aider à l’établissement de la Nouvelle- France.

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