QUELQUES APPRÉCIATIONS
Louis Hébert et sa famille, par l’Abbé Couillard-Després
“Après l’excellente décision qu’a prise la Société St- Jean-Baptiste de Québec de faire élever, sur la place de la Cathédrale, un monument à Louis Hébert, le pionnier de l’agriculture sur nos rives, cet ouvrage de l’abbé Couillard-Després arrive à son heure.
L’auteur, un descendant de Louis Hébert, a longuement étudié l’époque de nos origines. En 1907, à la veille des fêtes du troisième centenaire de Québec, il publiait l’“Histoire de la première famille française au Canada’’. Les derniers exemplaires de ce travail ayant été enlevés, il vient d’en faire publier, en France, avec certaines additions, une nouvelle édition aux ateliers de la maison Desclée, à Lille. C’est le fruit de patientes recherches et d’études sérieuses sur les temps héroïques de la Nouvelle- France, qu’il présente au public.
Nous étions, et dès longtemps, renseignés sur l’histoire du Fondateur de la Nouvelle-France, de ceux qui la dirigèrent d’abord dans les voies difficiles de ses destinées, de ceux qui la défendirent ou qui en étendirent les frontières
par les armes, mais nous connaissions d’une manière plutôt confuse la vie de ceux qui “sans pompe et sans bruit commencèrent la véritable conquête de la Nouvelle-France, la seule vraiment durable’’. Il était bon de montrer une fois de plus que “l’agriculture est le plus solide fondement d’un pays’’; que le cultivateur est “l’homme nécessaire en même temps que le plus indépendant des mortels’’. Il n’était pas mauvais, pour rehausser les courages, de révéler ce que durent souffrir les humbles colons de la première heure, les tracasseries et les persécutions qui leur vinrent de la Compagnie des Marchands dont tout le patriotisme, comme celui de certaines compagnies de nos jours, se réduisait à de gros profits. Il fallait que l’on connût davantage les vexations qu’ils subirent de la part de ceux qui, de toutes leurs forces, empêchaient les défrichements pour ne pas éloigner le gibier; qui ne songeaient à faire du Canada qu’une “terre à fourrures’’, comme plus d’une compagnie de marchands de bois de nos jours travaille à gêner, autant qu’il est en son pouvoir, l’œuvre nationale entre toutes de la colonisation et dont le désir serait de faire d’une partie notable de notre pays une “terre à bois’’.
C est pour cela que M. l’abbé Couillard-Després nous déroule la carrière de ce courageux colon type du pionnierapôtre et de “l’habitant vrai qui s’identifie avec la terre féconde, qui s y attache par ses travaux et qui y trouve sa vie, sa richesse et son bonheur’’ (p. 50). C’est le but qu il poursuit en projetant la lumière sur la vie de cet homme de bien qui, dès l’automme de son arrivée à Québec, voit jaunir les premiers épis de blé sur l’endroit où s élève aujourd hui le Séminaire ; qui, au bout de trois ans
récolte plus de grains et de légumes qu’il n’en a besoin pour l’entretien de sa famille, à tel point qu’il peut en fournir aux employés du magasin que la Compagnie des Marchands laisse crever de faim, et qui à sa mort laisse de dignes continuateurs de son œuvre.
Comme l’indique le titre du volume, l’ouvrage se divise logiquement en deux parties. La première s’étend de 1604 à 1627, et renferme l’histoire des travaux de Louis Hébert, en Acadie d’abord, de 1604 à 1607, et puis, de 1617 à 1627, à Québec où il était venu s’établir sur le conseil de son vieil ami M. de Champlain. Ce colonisateur apôtre meurt en 1627. Son gendre, Guillaume Couillard, celui qui, le premier, laboura le sol canadien avec une charrue, devient alors le chef de la famille. Et nous parcourons dans la deuxième partie du travail, sa longue vie toute d’honneur et de labeurs, sa vieillesse tranquille et honorée passée au milieu des siens sur les hauteurs de Québec, qu’il a défrichées en partie, sur lesquelles il a récolté des moissons abondantes et où il voit s’élever, brillant au soleil, les flèches de la cathédrale et de la chapelle de l’Hôtel-Dieu.
C’est donc une œuvre historique intéressante et sérieuse que celle-là. Nous l’avons lue avec plaisir. Ecrit généralement avec aisance, l’ouvrage se lit facilement. Comme dans la plupart des œuvres imprimées en France la partie typographique est d’une apparence agréable et engageante.”
L'Action Sociale , Québec.