CHAPITRE VI
très de France attendues avec grande impatience par les pauvres exilés. C’est avec amour qu'on lisait et relisait les lignes tracées par des mains amies et qui apportaient tant de joies.
Durant la saison d’hiver, Louis Hébert s’occupait utilement, il agrandissait ses défrichements, entretenait ses bestiaux, et il trouvait tout naturel d’aider ses compatriotes dans leurs travaux. Il rendit de bons services à M. de Champlain durant son absence. Plus d'une fois il fut nommé pour remplacer le capitaine du navire qui faisait le trajet entre Tadoussac et Québec.
Au printemps de l’année 1620, une grande joie était réservée à nos premiers colons. M. de Champlain arriva avec sa jeune épouse, Hélène Boulé, âgé de vingt ans. Mme de Champlain, qui avait été élevée dans la religion protestante, abjura l’hérésie à son mariage. Elle devint fort zélé pour la religion catholique; elle aida puissamment à la conversion de son frère Eustache Boulé.
Mme Hébert, Mme de Champlain et leurs compagnes rendirent de grands services aux sauvages. Ensemble elles les visitaient souvent et leur enseignaient les vérités de la foi catholique.. Elles remplissaient un rôle magnifique, ces femmes, qui laissaient leurs travaux pour porter aux pauvres aborigènes les premières notions du christianisme. Durant quatre ans, Mme de Champlain se fit tour à tour catéchiste, interprète et garde-malade. Mais elle ne put se résoudre à demeurer plus longtemps dans notre pays trop peu civilisé.
Le 15 août 1624, elle dit adieu à ses compagnes et partit pour la France. Ce départ fut pour nos premières aïeules une cause de profond chagrin. Elles s’étaient attachées à oette jeune femme si distinguée. En la voyant partir elles faisaient une perte sensible. Ce départ ouvrit bien des plaies. Elles ne purent s'empêcher de penser à la France bien-aimée où elles avaient laissé tant de souvenirs et d’êtres chéris. C’est en pleurant qu’elles virent s’éloigner le navire qui retournait dans leur patrie.
Nos mères furent plus courageuses que -Mme de Champlain; déjà habituées à la vie rude qu’elles avaient trouvée sur nos bords, elles continuèrent leur mission sublime. Elles furent les plus fidèles soutiens de nos courageux pionniers. L’œuvre à laquelle elles ont contribué avec tant de succès est bien digne d’admiration. Marie Rollet, Marguerite Lesage, Françoise et Marguerite Langlois, en demeurant dans la Nouvelle-France, ont fait preuve d’une énergie au-dessus du commun. C’étaient en réalité des héroïnes, ces femmes qui consentirent à s’habituer dans un pays où tout était à créer, où elles devaient supporter le froid si vif de nos interminables hivers, braver la famine et mille autres misères inhérentes à la vie du colon. Mais ce qui aurait dû, ce semble, les décourager, c’était le voisinage des Iroquois, de ces demi-démons qui avaient tant soif du sang français depuis que M. de Champlain avait combattu contre eux sur les bords du Richelieu et du lac auquel il a laissé son nom.
Mme Hébert fut témoin de plusieurs scènes de carnage. Plus d’une fois les Iroquois tentèrent de dé-