‹ Louis HebertChapitre 40 sur 74 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

me leurs habits pour en avoir. A 1 automne Couil lard, qui restait comme T unique espoir de ses compatriotes, ne put donner à chacun, par semaine, qu une écuellée d’orge et de blé d’Inde pesant environ neuf onces et demie. “Ainsi, dit M. de Champlain, fallutil passer la misère de ce temps ou je pâtissais assez.

Durant l’hiver les hommes furent employés à couper du bois de chauffage et à le traîner sur la neige plus de mille pas. Les sauvages donnaient bien quelques cerfs, mais il n’y en eut pas assez pour tout le monde. Bien plus les chasseurs envoyés de Y Habitation furent encore moins généreux. Ils en tuèrent un très gras et très gros et ils se mirent à le dévorer comme des loups ravissants; ils n’en apportèrent que vingt livres.

Pour comble de malheur la provision de légumes s’épuisait malgré l’économie qu on en faisait. Je pensais, dit M. de Champlain, qu’il valait mieux mourir tout doucement de la faim que de mange i tout à la fois pour mourir ensuite.” Au mois de mai, c’était un spectacle lamentable de voir quelques familles chargées d’enfants, de les entendre, pressées par la faim, crier et demander du pain à leurs parents, qui ne pouvaient trouver assez de racines pour les rassasier; à peine en trouvaient-ils assez pour apaiser la moitié de leur faim, même en , s’enfonçant dans l’épaisseur des bois à quatre ou cinq lieues de 1 ''Habitation, et souffrant encore de l’incommodité des moustiques et de celle du temps.

Au mois de juin, les pois manquèrent tout a fait. Il fallut délivrer le prisonnier Iroquois qu’on retenait depuis quatre mois n ayant plus rien pour le

nourrir. Le pauvre malheureux était si exténué

qu on fut obligé de le porter, il ne pouvait se soutenir.

Dans cette extrémité, pour soulager Québec, M. de Champlain envoya chez les sauvages trente personnes; il n’en retint que treize au fort. Plusieurs demandaient à repasser en France et, dans leur impatience de partir, ils se seraient embarqués dans une vieille barque qui menaçait de faire eau de toutes parts. Il chargea ainsi Boulé, son beau-frère, de se rendre à Gaspé. Arrivés à Tadoussac vingt passagers débarquèrent à cet endroit, dix seulement voulurent courir les périls de la traversée.

Tous cependant attendaient la moisson avec bon courage. Les uns, à l’exemple de Couillard et de Li-. de Champlain, se mirent à semer des navets, tandis que les autres, au milieu des bois, allaient chercher des racines à six ou sept lieues avec une peine et des fatigues extrêmes.

On aurait voulu pêcher, mais il n’y avait plus ni fdets, ni hameçons. Pour comble d’infortune la poudre manquait. M. de Champlain préféra endurer la faim que de consumer à la chasse le peu qui lui restait. Au mois de juillet, dix-sept personnes revinrent à Québec avec les Pères de Brébœuf et Massé. Elles apportèrent quatre à cinq sacs de farine d’environ cinquante livres chacun. Ces sacs appartenaient à des particuliers, deux seulement furent vendus. Les Récollets en achetèrent un ; Dupont- Gravé acheta l’autre. M. de Champlain ne reçut pour sa pitance qu’une écuellée de farine.

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