CHAPITRE VIII
vingtaine de personnes à Gaspe, situé a cent-trente lieues de Québec. Parmi celles qu’on destinait pour le voyage se trouvaient deux familles de dix personnes “qui n’avaient pouce de terre pour se nourrir, étant entretenues des vivres du magasin.” M. de Champlain désirait les reconduire en France.
Mais il fallait entreprendre ce voyage dans une mauvaise barque, et l’on se trouvait sans brai, sans voile, sans cordage. M. de Champlain pria Couillard de réparer la barque et de la conduire a Gaspe. Il le savait bon matelot, charpentier et calfeutreur. 'Sa conduite courageuse lui avait gagné l’amitié de tous. On avait compté sur lui pour ce
voyage.
Cette fois, Couillard ne crut pas devoir se rendre à ce désir. Persuadé qu’il était inutile de s’exposer au danger d’un voyage si long, dans une telle embarcation, et craignant de tomber entre les mains des sauvages, il consentit à réparer la barque mais refusa de la conduire a Tadoussac.
Dix jours plus tard, une flotte anglaise fut signalée au Cap Tourmente. C’étaient les frères Kertk, huguenots français, passés au service de l’Angleterre, qui arrivaient pour s’emparer de la colonie.
Bientôt l’on apprit que les Anglais avaient brûlé l’habitation du Cap Tourmente, tué le bétail et fait prisonniers trois hommes. Pivert, sa femme, et leur nièce. M. de Champlain, malgré sa détresse ne voulut rien négliger pour mettre la colonie sur un
pied de défense.
Le 18 juillet, David Kertk lui envoya une sommation pour l’obliger à rendre la place. A la réception de cette lettre, le fondateur de Québec réunit les principaux de 1 Habitation et il répondit avec assurance : Qu il ne doutait pas de la commission pue David Kertk avait obtenue du roi d Angleterre, ni de la prise des sieurs Marot et de la Tour qui apposaient des provisions... Plus il y a de vivres dans une place de guerre, dit-il, mieux elle se maintient... Il ajouta qu'il avait assez de grains et de blé d’Inde, de pois, de fèves, sans compter les produits du pays pour les nourrir; bien plus qu’en se rendant dans la situation ou ils se trouvaient, les Français auraient mérité les reproches du roi et un châtiment de Dieu. Qu il préférait mourir honorablement en combattant et qu il attendait les Anglais de pied ferme ”
M. de Champlain, par cette réponse habile, déconcerta les Kertk. La vérité était qu’il n’y avait presque plus de provisions, ni poudre à canon, ni mèches pour allumer. . . Cette réponse énergique retarda la chute de la colonie. David Kertk crut plus piudent de laisser a la famine le soin de vaincre les habitants qui s obstinaient à se défendre.
L autie ennemi que les pauvres colons avaient a combattre était aussi terrible que les Anglais. La famine, en effet, se déclara plus affreuse que jamais. Malgré le soulagement que leur apporta Couillard en leur donnant une part de ces récoltes tous endurèrent les tourments de la faim. Le temps de la pêche aux anguilles arriva, mais les sauvages les vendaient à un prix très élevé; ils exigeaient un beau castor pour dix anguilles. Les colons vendaient me-