‹ Louis HebertChapitre 45 sur 74 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

cri de ses entrailles? Son principal, ou plutôt, son unique intérêt ne reposait-il pas aux sources les plus pures et les plus généreuses de son cœur de femme? Il y avait là le pain de ses enfants et les fruits de tant de sacrifices ! un foyer d’amour, un toit paternel, un sanctuaire de tous les souvenirs bénis de la famille! Car c’est là qu’avait été consacré le premier mariage et bénie la première naissance, et le tombeau de ssl fille Anne, et de son époux, Louis Hébert; non, cette pauvre veuve, en regardant s’éloigner la France aimée, dans son délaissement volontaire, nous donnait un exemple sublime que nous aurions à suivre plus tard, et nous révélait, en le résumant tout entier dans sa personne, le mystère de la survivance providentielle des nations sur le sol qu’elles ont baptisé de leurs sueurs et rendu productif et bienfaisant. En semant son maïs et son froment, la veuve Hébert avait planté les germes de sa patrie nouvelle, elle avait contracté un pacte et une union avec cette terre dont elle avait fécondé le sein, elle voulait y rester fixée, malgré son aversion pour les Anglais, malgré la mauvaise fortune de la France.” —

Qu’il est admirable le courage de cette famille canadienne, résolue à faire tous les sacrifices pour demeurer dans la Nouvelle-France! Notre histoire nationale est remplie d’épisodes sublimes; mais nulle part ailleurs se peut trouver héroïsme plus grand! Couillard et les siens voulurent rester sur le rocher de Québec comme les gardiens du domaine que la France devait réclamer plus tard.

Deux autres Français demeurèrent dans la colo-

nie. Ils avaient été envoyés par Emery de Caën et comme ils ignoraient ce qui venait d’arriver, ils se rendirent chez Couillard pour avoir des nouvelles. Ce dernier, en les voyant leur demanda ce qu’ils étaient venus faire? Nous sommes venus, dirent-ils, de la part du Sieur Emery de Caën, voir si Y Habitation est prise. Hélas! leur dit Couillard, que vous êtes simples et peu avisés, ne le voyez-vous pas? fallait-il venir ici pour vous faire prendre? que dirat-on, sachant par les sauvages que vous êtes venus ici et que je ne le dise? Il y va de ma vie, et de toute la ruine de ma famille; il faut de toute nécessité si je veux me conserver, que je dise que vous êtes venus ici pour voir si M. de Champlain y était, et comment tout allait. Allons voir le capitaine Louis; il est galant homme, il ne vous fera pas de tort.”

Accompagné de ces deux hommes, Couillard se rendit au fort où il rencontra Louis Kertk qui, après les avoir réprimandés, les retint pour les mettre à l’ouvrage.

Pendant ce temps-là, les colons faisaient voile vers la France; mais M. de Champlain se proposait de revenir au Canada, pour y continuer son œuvre.

Le 9 février 1631, Mme Guillaume Couillard mit au monde une fille, qui fut appelée Elisabeth. Elle fut baptisée par un Anglais, probablement le ministre, car tous les religieux étaient retournés en France. Elle eut pour parrain Louis Kertk et pour marraine, la femme d’Adrien Duchesne, chirurgien. Les cérémonies du baptême lui furent suppléées en 1633, par le Père de Brébœuf, Jéusite.

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