CHAPITRE XII
et sa marraine le nommèrent François Olivier. “On lui applique les saintes huiles et les autres ceremonies à la grande satisfaction de tous nos Français, et à la grande joie du père et de la mere dont le contentement se manifeste sur leur figure.
La naïveté des sauvages et leur ignorance fort excusable procuraient aux interprètes F occasion de les instruire.
L’auteur de la Relation de 1637 nous en donne une preuve bien frappante. “Les sauvages, dit-il, m’envoyèrent chercher pour assister à la mort du petit Ignace qui agonisait. Comme nous venions de nous retirer après avoir récité quelques prières, pour parler aux sauvages, le petit mourut. Une pauvre femme voyant cela dit au sieur Olivier que j’aurais dû me trouver à sa mort afin de bien diriger cette âme vers le ciel a 1 aide de mes prières. Peut-être, ajoutait cette femme sauvage, cette pauvre âme s’égarera-t-elle de son chemin faute d avoir être bien dirigée?”
“Le sieur Olivier, écrit le même Père, me raconta une autre simplicité: Un autre sauvage qui 1 avait accompagné avec quelques autres français dans une chapelle pour remercier Dieu de les avoir sauvés du danger de se noyer dans un naufrage, le sieur Olivier lui demanda après l’accident quelles pensées il avait eues lorsqu’il se débattait au milieu
des eaux?
— Je me souvenais, et j’ai ouï dire, que les Français vont en un lieu plein de plaisirs après leur mort. C’est pourquoi, je disais: voilà qui va bien
que je meure avec eux, car je ne les quitterai pas, j’en prendrai bien garde, et je prendrai le même chemin qu’eux après ma mort.”
Le passage suivant nous montre la bonté d’Olivier Le Tardif. Depuis plusieurs mois, le Père Le Jeune travaillait à la conversion d’un capitaine sauvage. Pour une raison ou pour une autre il retardait l’époque de son baptême. Un jour qu’il était dans la maison des Pères, il demanda une faveur qu’on ne put lui accorder. Le pauvre sauvage rentra alors en fureur et remit au Père son chapelet et son Agnus Dei.
De retour dans sa cabane, il fut pris d’une si grande tristesse qu’il alla trouver Le Tardif pour qu’il lui obtînt son pardon. “M. Olivier nous le ramena, écrit l’auteur de la Relation, et il prit de bonnes résolutions pour l’avenir, ce qui ne l’empêcha pas de se mettre en colère contre M. Olivier et il ne savait plus comment rentrer en grâce avec lui.
“Enfin, le vendredi saint, il le va aborder et lui parle de cette sorte: — Péponds-moi, je te prie, sais-tu bien l’Oraison que le Fils de Dieu a faite et qu’on m’a enseignée? — Je la sais bien, dit le sieur Olivier. — Ne la dis-tu pas quelquefois? — Je la dis tous les jours. — Ces mots ne sont-ils pas dans cette Oraison : — Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés?
‘ 'Le sieur Olivier voyant bien ce qu’il voulait dire,
1 embrasse et lui dit que de bon cœur il lui pardonnait la faute qu’il avait commise à son endroit.