‹ Louis Ménard et son œuvreChapitre 26 sur 54 · PANTHEON · texte numérisé non relu

PANTHEON

Le temple idéal où vont mes prières Renferme tous les Dieux que le monde a connus. Evoqués à la fois dans tous les sanctuaires,

Anciens et nouveaux, tous ils sont venus;

Les Dieux qu'enfanta la Nuit primitive Avant le premier jour de la Création, Ceux qu'adore, en ses jours de vieillesse tardive

La terre, attendant sa rédemption;

Ceux qui, s'entourant d'ombre et de silence, Contemplent, à travers l'éternité sans fin, Le monde qui toujours finit et recommence

Dans l'illusion du rêve divin;

Et les Dieux de l'ordre et de l'harmonie, Qui, dans les profondeurs du multiple univers. Font ruisseler les flots bouillonnants de la vie.

Et des sphères d'or règlent les concerts;

Et les Dieux guerriers, les Vertus vivantes Qui marchent dans leur force et leur mâle beauté, Guidant les peuples fiers et les races puissantes

Vers les saints combats de la liberté;

Tous sont là : pour eux l'encens fume encore, La voix des hymnes monte ainsi qu'aux jours de foi; A l'entour de l'autel, un peuple immense adore

Le dernier mystère et la grande loi.

Car c'est là qu'un Dieu s'offre en sacrifice : Il faut le bec sanglant du vautour éternel Ou l'infâme gibet de l'éternel supplice.

Pour faire monter l'âme humaine au ciel.

Tous les grands héros, les saints en prière, Veulent avoir leur part de divines douleurs; Le bûcher sur l'Œta, la croix sur le Calvaire,

Et le ciel, au prix du sang et des pleurs.

Mais au fond du temple est une chapelle Discrète et recueillie, où, des deux entr" ouverts, La colombe divine ombrage de son aile

Un lis pur, éclos sous les palmiers verts.

Fleur du paradis, Vierge immaculée, Puisque ton chaste sein conçut le dernier Dieu, Règne auprès de ton fils, rayonnante, étoilée.

Les pieds sur la lune, au fond du ciel bleu.

La Légende de saint Hilarion

L'ermitage de saint Hilarion était situé près de Ip. grande oasis de Thèbes, dans la Haute-Egypte, à l'endroit où seleva plus tard, sous son invocation, un couvent qui subsiste encore aujourdhui. Des moines coptes habitent la partie la moins ruinée de l'ancien monastère et cultivent quelques champs arrosés par un petit ruisseau dont la source est à la limite du désert, sur l'emplacement d'une ancienne chapelle consacrée à sainte Ondine. Le nom de cette sainte est évidemment latin, et sa légende, que les récits des moines rattachent à celle de saint Hilarion, doit remonter au temps des premiers empereurs chrétiens. Ces récits complètent la narration un peu sèche de saint Jérôme.

Éros était le nom que portait Hilarion avant sa conversion au christianisme; ce nom était souvent donné à des esclaves à l'époque romaine. La légende se tait sur sa famille et sur ses premières années, et raconte seulement qu'il avait étudié toutes les sciences profanes, et qu'il avait suivi les leçons des derniers philosophes païens, notamment de la célèbre Hypathia, fille de Théon d'Alexandrie, qui fut massacrée par les chrétiens à l'instigation de saint CyrHle. Cette vierge austère, une des saintes du paganisme, produisit sur Hilarion une impres-

IIG VARIÉTÉS LITTÉRAIRES

sion profonde qui survécut à sa conversion. Les idées nouvelles se greffaient plus facilement qu'on ne le croit sur les croyances antiques. Avec une liberté d'esprit assez commune chez les chrétiens de cette époque, où l'orthodoxie n'avait pas encore établi son inflexible niveau sur les intelligences, Hilarion soutenait qu'Hypatia était sauvée, quoiqu'elle n'eût pas reçu la foi chrétienne. Il disait qu'il avait trouvé une préparation aux vertus ascétiques dans les graves enseignements que cette belle et chaste fille savait tirer des poètes et des philosophes grecs. Il gardait encore d'autres traces de son éducation païenne, car dans la solitude où il s'était retiré, à côté d'un crucifix et d'une tête de mort, il y avait les poèmes d'Homère, les dialogues de Platon et les livres sacrés d'Hermès Trismégiste.

Un jour, vers les premiers temps de sa vie monastique, Hilarion était arrivé, dans une promenade solitaire, près de la source qui porta plus tard le nom de sainte Ondine. Il s'y reposait à l'ombre des palmiers, et le gazouillement de l'eau l'avait plongé dans une sorte de demisommeil. Tout à coup il vit devant lui une vieille femme tenant dans ses bras un enfant. C'était cette femme qui avait initié Hilarion à la foi chrétienne, elle habitait un monastère qu'elle avait fondé de l'autre côté du Nil, âzrm le désert qui s'étend au pied de la chaîne arabique. Elle était vénérée comme une sainte; c'est elle que l'Église honore sous le nom de Marie l'Égyptienne. Elle fit signe à Hilarion de se lever et lui tendit l'enfant qu'il prit dans ses bras : c'était une petite fille; elle fixait sur lui ses deux grands yeux noirs, profonds comme la nuit, clairs comme des étoiles.

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