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APOTHÉOSE DU FÉMININ

divin de la Vierge mère sa plus haute et sa plus complète expression. La Madone de Raphaël n'est pas cette pâle Vierge byzantine qui règne daus un nimbe d'or, ni celle qui, dans le Paradis d'Angelicos de Fiesole, reçoit la couronne des mains de son fils, dont elle semble plutôt l'épouse. Ce n'est pas non plus Thumble et douce ménagère des maîtres de la Flandre et de l'Allemagne, moins encore la Vierge sans enfant des assomptions espagnoles, qui ne regarde pas la terre, et qui s'envole dans le bleu sous l'aile des chérubins. La Madone est plus que tout cela, c'est l'apothéose de la famille, une mère qui sourit à son enfant. Le père si effacé dans la légende, le menuisier à la barbe grisonnante, qui figuré toujours au second plan dans les Saintes Familles, se repose de son travail en contemplant ce tableau de la paix et du bonheur. La Madone est la plus sublime création de l'art chrétien : c'est encore plus beau que les cathédrales gothiques ou les fresques du Vatican :

Quoique la mère de Dieu ait été exclue de la Trinité par l'inflexible orthodoxie monothéiste, elle a bien plus d'importance dans le culte que le Saint-Esprit et même que Dieu le père. Seule, elle se manifeste encore aujourd'hui par des théophonies et des guérisons miraculeuses. Son culte est le plus populaire des religions vivantes. S'il n'a pas pris dans les pays protestants le même développement que dans les pays catholiques, c'est qu'il n'est pas .sorti de quelques versets des textes sacrés; il est éclos spontanément dans la conscience du peuple qui place la Sainte Vierge, la Bonne Vierge, au plus haut du ciel, dans le rayonnement de la gloire de son fils. De nos jours, l'Église romaine a consacré la dignité du Fémi-

nin éternel par le dogme de l'Immaculée Conœption. Ce dogme récent, qui précise le caractère mythologique et divin de la Vierge mère, est le couronnement du christianisme : l'apothéose de l'humanité ne serait pas complète si le Féminin n'en avait sa part.

Commentaire d'un Républicain sur l'Oraison dominicale.

A Ch. Renouvier.

« — Si vous m'interrompez à chaque vers, dit l'abbé, nous n'aurons pas fait notre lecture aujourd'hui. Je continue :

J'ai mon Dieu que je sers, vous servirez le vôtre, Ce sont deux puissants Dieux.

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