‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 14 sur 68 · LA RÉFORME NATIONALE · texte numérisé non relu

LA RÉFORME NATIONALE

i 'on a la République»

Le sombre passé va hoir*

Heboiit tous, c'est l'heure héroïque.

Fort est relui qui ^ ait mourir*

(£. II, lïespuhlica.)

Etait-ce donc le pouvoir qui changeait ainsi les hommes de septembre?

Eux que nous avons vus fiers devant l'Empire étaient pris d'épouvante de la révolution.

Devant le gouffre ù franchir ils refusaient de prendre leur élan, ils promettaient, juraient, contemplaient la situation, et y voulaient rester éternellement renfermés.

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oc d’autres sentiments nous aussi, nous nous rendions

compte.

Guillaume approchait, tant mieux! Paris en sortie torrentielle écraserait l’invasion ! Les armées de pro- 'iuce se rejoindraient, n'avait-on pas la République ? la paix reconquise, die ne serait pas la Républiguerroyé use, agressive aux autres peuples, l’internationale remplirait le monde sous la brûlante poussée germinal social.

Et dans la conviction profonde du devoir on demanoait des armes que le gouvernement refusait. Peut-être lignait-il d'armer les révolutionnaires : peut-être e J 1 manquait- il réellement ; on avait des promesses, '■-était tout. Les Prussiens continuaient d'avancer, ils nt au point où le chemin de fer cessait de fonc-

tion

n cr pour Paris; plus près, toujours plus près.

-Mais en même temps que les journaux publiaient la

af che des Prussiens, une note officielle donnant le c mltre des approvisionnements rassurait la foule.

Eans les parcs, le Luxembourg, le dois de Boulogne 2 °°,0ü0 moutons, 40,000 bœufs. 12,000 porcs entassés mouraient de faim et de tristesse, les pauvres bêtes ! mais donnaient une espérance visible aux yeux de ceux s'inquiétaient.

La provision de farine réunie à celles des boulangers ctait de plus de 500,000 quintaux, il y en avait environ Cei U mille de riz. dix mille de café, trente h quara nte mille de viandes salées, sans compter l’énorme H^antité de denrées que faisaient venir les spéculateurs -°mptant au centuple le prix, qui en cas désespéré 0us $ent certainement passé avec les autres provisions Pour la vie générale.

Les gares, les halles, tous les monuments étaient

remplis.

-vu nouvel Opéra dont le gros œuvre était achevé.

Garnier fit forer la couche de béton sur

laquelle reposaient les fondations, un courant qui des* cend de Montmartre s'en échappa : on aurait de Peau-

Mieux eût val u que tout manquât, le provisoire à ses premiers jours, n’eût pas entravé l’élan héroïque de Paris; on aurait pu vaincre encore l’invasion.

Quelques maires marchaient d’accord avec la population de Paris; Malon aux Batignolles, Cléûaenceau à Montmartre furent ouvertement révolutionnaires.

La mairie de Montmartre avec .Jaclard, üereure, bafont pour adjoints de Clemenceau, fit par instants trembler la réaction.

Elle se rassura bientôt; les plus fiers courages. de venaient inutiles dans les vieux engrenages de l’Empire où sous des noms nouveaux on continuait à moudre les déshérités.

Les Prussiens gagnaient du terrain; le 18 septembre ils étaient sous les forts, le 19 ils s’établissaient au plateau de C bât ü Ion, .Mais plutôt que de se rendre* Paris s’allumerait comme jadis Moscou.

Des bruits de trahison du gouvernement commenpaient à circuler, il n’était qu’incapable. Le pouvoir faisait son œuvre éternelle, il la fera tant que la force soutiendra le privilège.

Le moment était venu où si les gouvernants eussent tourné contre les révolutionnaires les gueules des canons, ils n’en eussent été nullement étonnés.

Mais plus la situation empirait, plus grandissait l’ardeur de la lutte.

L’élan était si général, que tous sentaient le besoin d’en finir.

Le Siècle lui-même, publia le 5 septembre un article intitulé Appel aux* audacieux , et commençant ainsi:

« À nous les audacieux. Dans les circonstances difficiles, U faut l’intelligence prompte et les hardiesses inconnues.

» A nous les jeunes. Les téméraires, les audacieux

iplinés deviennent nos hommes. L'idée et lac- 10 n doivent être libres. Ne vous gênez plus, ne réglèlllentcx plus, debarrassez-vous une bonne fois des vieux

Cn II*

er*rs et des vieilles cordes : c’est le conseil que don* n , 1 autre jour notre ami Joigneaux et ce conseil-là

Ceg t le salut.»

( Le Sièc/e du 7 septembre 1870.)

I g v > tirent en foule les audacieux, on n'avait pas j Cs °i n de les appeler, c'était la Jlépubliquef Bientôt (j l e nt fonctionnement des administrations, les mêmes ( l>n; sous l’Empire, eut tout paralysé, bien n'était changé puisque tous les rouages n’atll °nt que pris des noms nouveaux, ils avaient un mas*

( l Ul b c'était tout.

bos munitions falsifiées, les fournitures par écrit, le banque de tout ce qui était de première nécessité Pour j e eombat, le gain scandaleux des fournisseurs, finement insuffisant ne faisaient aucun doute : c’é- ^'dt la même chose.

l’aveu du Ministre de la guerre, le seul bataillon ' 0, nplè te ment armé était celui des employés des ministères.

(f Ne me parlez pas de cette stupidité », disait le

ft e neral ( ïuyard en parlant de ceux se chargeant par lu

Il est vrai que les plus mauvais eussent été bons employés dans l’élan du désespoir par des hommes eeiflés A reconquérir leur liberté.

hélix Pyat, trop soupçonneux (mais payé pour l’être) . les échappés de juin et de décembre, revoyaient les Jeurs qu’ils avaient vécus déjà; les révolutionnaires, Opérant se passer pour vaincre du gouvernement, s adressaient surtout au peuple de Paris dans les coûtés de vigilance et les clubs.

Strasbourg investie le 13 août, ne s’était pas encore rendue le d8 septembre. Comme on était ce jour-là

dans Paris plus angoissé, sentant l'agonie de Stras* bourg qui, blessée, bombardée de toutes parts, ne voulait pas mourir, l’idée nous vint à quelques-uns? plutôt quelques-unes, car nous étions en majorité des femmes, d'obtenir des armes et de partir à travers tout pour aider Strasbourg à se défendre ou mourir avec elle.

Notre petit groupe prit la direction de l’ilôtel-de' Ville en criant : « À Strasbourg, à Strasbourg! des volontaires pour Strasbourg! »

A chaque pas venaient de nouveaux manifestants, les femmes et les jeunes gens, la plupart étudiants dominaient.

U y eut bientôt une masse considérable.

Sur les genoux de là statue de Strasbourg était ouvert un livre, nous y allâmes signer notre engage* ment volontaire.

De là, en silence on se dirigea vers I * I lôtel-de- Ville; nous étions toute une petite armée.

Don nombre d'institutrices étaient venues; il y en avait de la rue du Faubourg-du-Temple que j’ai revues depuis, j’y rencontrai pour la première fois madame Vincent qui peut-être garda de cette manifestation l’idée de groupements féminins.

On nous délégua, André Léo et moi, pour réclamer des armes. i

A notre grand étonnement on nous reçut sans difficulté et nous regardions la demande comme accueillie? quand ayant été conduites dans une vaste salle où H n'y avait que des banquettes, on ferma la porte sur nous.

11 y avait déjà deux prisonniers, un étudiant appartenant à la manifestation et qui se nommait, je crois, Senart, et une vieille femme qui ayant traversé la place eu tenant la burette d’huile quelle venait d’ache* ter, avait été arretée elle ne savait pourquoi et ceux qui rayaient prise n’en savaient pas davantage. Elle

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Semblait si fort que 1 huiio tombait tout autour cl elle

e t arrosait sa robe.

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Au bout de trois ou quatre heures, un co.onel vint îtoug interroger, mais nous ne voulûmes rien répondre ^’ant que la pauvre vieille eût été mise en liberté; sa frayeur et la burette d’huile vacillant dans ses mains, témoignaient assez qu’elle n’avait pas manifesté.

fin finit par se comprendre, elle sortit tremblant sur Ses jambes, essayant de ne pas laisser tomber sa bur cUe dont l'huile continuait ci se répandre.

Alors on procéda à notre interrogatoire, et comme nous saisissions l’occasion pour exposer notre demande d’armes pour notre bataillon de volontaires, f officier { iui ne paraissait pas comprendre s’écria stupidement : Qu’est-ce que cela vous fait (pie Strasbourg périsse Puisque vous n’y êtes pas! »

C’était un gros homme, de figure régulière et bête, Ca *Té des épaules, bien campé, un exemplaire doré Stl r tranches du grade de colonel.

Il n'y avait rien à répondre qu’à le r e ar 1 domine je disais tout haut le numéro de son kepi, il comprit peut-être ce qu il venait de dire et s en alla.

Quelques heures plus tard, un membre du gouvernement arrivant à l’ Hôtel-de-Ville nous fit mettre en liberté l'étudiant, André Léo et moi.

-Moitié par la force, moitié avec des mensonges, la Manifestation avait été dispersée.

Cfe jour-là même Strasbourg succombait.

On parlait beaucoup de l’armée de la Loire, — Guillaume, disait-djn, se trouverait pris entre cette urinée et une formidable sortie des Parisiens.

i$t confiance au gouvernement diminuait de jour en jour ; on le jugeait incapable, comme tout gouvernement, du reste, mais on comptait sur 1 élan de Paris.

En attendant, chacun trouvait du temps pour s'exercer au Ur dans les baraques; j’y étais pour ma part

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devenue assez forte, ce que nous avons pu constater plus tard aux compagnies de marche de la Commune. Paris voulant se défendre veillait lui -même.

Le conseil fédéral de l’Internationale siégeait à la Corderie du Temple; là se réunissaient les délégués des cïu: -s; ainsi fut formé le comité centrai des vingt arrondissements, qui à son tour créa dans chaque arrondissement des comités de vigilance formés d'ardents révolutionnaires.

Lu des premiers actes du comité central fut d’exposer au gouvernement la volonté de Paris; elle était exprimée en peu de mots sur une affiche rouge qui fut déchirée dans le centre de Paris, par les gens de l’ordre, acclamée dans les faubourgs, et bêlement attribuée par !e gouvernement à des agents prussiens; c’était chez eux une obsession. Voici cette affiche :

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