‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 15 sur 68 · LE RATIONNEMENT · texte numérisé non relu

LE RATIONNEMENT

Les signataires étaient Àvrial, Beslay, Briosne, Chalain, Combault, Camélinat, Chardon, Deniày, Bavai, Dereure, Frankel, Th, Ferré, Flou rens, Johannard, Jaclard, Lefrançais, Lange vio, Longuet, Majon, Uudet, Bottier, Pindy, Hanvier, Régère, Itigaud, Serraillcr, Tridon, Theisz, Trinquet, Vaillant, Varlin, Vallès.

Eu réponse à l'affiche qui bien réellement était la volonté de Paris, des bruits de victoire se répandirent comme sous l'Empire, annonçant la prochaine arrivée de Farinée de la Loire.

Ce n’était pas l’armée de la Loire qui arrivait, mais la nouvelle de la défaite du Bourget et de la reddition de Metz par le maréchal Bazaine, livrant à l'ennemi une place de guerre que nul avant n'avait pu prendre, les forts, les munitions, cent mille hommes, laissant sans défense le Nord et l’Est.

Le 4 septembre, lorsque André Léo et moi nous parjurions Paris, une dame nous ayant invitées à monter ■ ns sa voiture, nous raconta que l'année était â bout ■' v ivres, de munitions, de tout, répondant d’avance 1 accusation qui devait être formulée après la prise %tz, assurant que Bazaine ne trahirait jamais.

sa sœur.

P^ut-être fut-il plus lâche que traître, le résultat est

Le journal le Combat , de r’élix l *yat, le 27 octobre, énonçait la reddition de Metz, La nouvelle, disait-il) ^ e uait de source certaine; en effet, elle venait de Lochèfort, qui imposé par la foule au gouvernement, fi /jl septembre, ne pouvait sans trahir garder le silence

i avait dît à F lourens, commandant des balai lions de Lelleville. Celui-ci le transmit â Félix Pyat, qui le l^ldia dans le Combat.

Aussitôt, la nouvelle fut démentie et les presses du £°mbal brisées par les gens de l’ordre, mais chaque Estant apportait des preuves nouvelles. Pellctan non l'his n’avait pas gardé le silence sur la reddition de

-Metz,

Les autres membres de la défense nationale hypno* Usés par leur mauvais génie, le nain Foutriquet qui Entrait dans Paris après avoir préparé la reddition C L Q 2 tous les souverains de l'Europe, continuaient à nie *\ affolés entre la défaite et la marée populaire.

Une note parut dans le Journal Officiel) annonçant Kesque qu’il était question de livrer Félix Pyat à une c ° Ur martiale.

^'oici cette note datée du 28 octobre 4870 - <c Le gouvernement a tenu à honneur de respecter la liberté de la presse. Malgré les inconvénients qu elle h e 'd que 'que foi s présenter dans une ville assiégée, il a ürait pu, nu nom du salut public, la supprimer ou la Restreindre; il a mieux aimé en référer à l'opinion

publique qui esl sa vraie force. C’est à elle qu’il dénonce les lignes odieuses qui suivent et qui sont écrites dans ie journal le Combat, dirigé par M. Félix Pyat*

» La reddition de Bazaine, fait vrai, sûr et certain que le gouvernement de la défense nationale retient par devers lui comme un secret d'état et que nous dénonçons à l indignation de la France comme une haute trahison,

» Le maréchal Bazaine a envoyé un colonel au roi de Prusse pour traiter de la reddition de Metz et de la paix au nom de Sa Majesté l'empereur Napoléon 111- {Le Combat .) Y

» L auteur de cette infâme calomnie n'a pas osé faire connaître soi : nom. il a signé : le Combat . C’est à coup sûr le combat de la Prusse contre la France, car à défaut d’une balle qui aille au ,cœur du pays, il dirige contre ceux qui te défendent une double accusation aussi infâme qu'elle est fausse, il affirme que le gouvernement trompe le public en lui cachant d‘ importantes nouvelles et que le glorieux soldat de Metz déshonore son pays par une trahison.

» Nous donnons à ces deux inventions le démenti le plus net.

» Dénoncées à un conseil de guerre, elles exposeraient leur ihbricateur au châtiment le plus sévère. Nous croyons celui de l’opinion le plus efficace ; elle lié tri ra comme ils le méritent ces prétendus patriotes dont le métier est de semer les défiances en face de l'ennemi et de ruiner par leurs mensonges l’autorité de ceux qui le combattent.

» Depuis le M août aucune dépêche directe du ma-

réchai Bazaine n'a pu franchir les lignes. Mais nous savons que. loin de songer â la félonie qu’on ne rougit pas de lui imputer, le maréchal n’a cessé de harceler l'ennemi par de brillantes sorties.

» Le général Bourbaki a pu s’échapper, et ses relu-

tion s avec la délégation de Tours, son acceptation d un, commandement important démontrent suffisamment les Nouvelles fabriquées que nous livrons à 1 indignation uc tous les honnêtes gens. »

{Journal officiel du gouvernement , 28 octobre 1870.) Le lendemain 29, la déclaration du gouvernement ins «rée dans le Combat était suivie de cette note :

« C’est le citoyen Flourens qui m'a dénoncé pour le salut du peuple le plan Bazaine et qui m’a dit le tenir directement du citoyen Roche fort, membre du gouvernement provisoire de la défense nationale.

» Félix P Y AT. »

(Le Combat , 29 octobre 1870.) - : '-'Mk

L ne s’agissait plus seulement du plan Irochu. déposé suivant lachanson et suivant l’iiisloire aussi, chez ^ Ihiclou, son notaire, mais encore du plan Bazaine lequel consistait à lâcher tout.

Une dépêche officielle affichée à Paris f- 29 octobre Annonçait avec des précautions infinies la prise du Bourget; — devant le rapport signé Schmidt, les policiers pouvaient entendre les réflexions des Parisiens Peu favorables au gouvernement.

Les imbéciles prétendaient que la dépêche était fausse les gens de l'ordre s’empressaient pour gagner du temps d'appuyer cette opinion insensée. Le 30 au soir, ün c nouvelle dépêche avouait presque tel qu'il avait cté le massacre du Bourget.

Le lendemain malin, on lisait l’affiche suivante .

« M. Thiers est arrivé aujourd’hui à Paris; il s est transporté sur-le-champ au ministère des affaires étrangères, il a rendu compte au gouvernement de sa mission. — Grâce â la forte impression produite en Europe par la résistance de Paris, quatre grandes Puissances neutres, l'Angleterre, la Suisse, 1 Autriche ^t l’Italie se sont ralliées â une idée commune. Elle?» Proposent aux belligérants un armistice qui aurait

pour objet la convocation d'une assemblée nationale- » 11 est bien entendu qu'un tel armistice devrait avoir pour concï i t ions le ravitaillement proportionné à sa dnrée pour le pays tout entier.

» Le, ministre des affaires étrangères chargé pof intérim du ministère de l 'intérieur.

4 » Jules Favre. »

Suivait la nouvelle de a capitulation de Metz et de l’abandon du Bourget.

(f Nous ne pouvions, dit Jules Favre, dans son J/isimre de (>> Défense nationale^ retarder la divulgation des deux premières nouvelles. L'arrivée de JL Thiers ajant été annonce^ il fallait dire au public ce qu'il allait faire à Versailles.

» L'évacution du Bourget avait été sue à Paris dès le matin du 30; le soir, tout le monde à Paris la con-

naissait, /hésitation n’était permise que pour Metz; nous n'avions pas un rapport officiel, mais malheureusement nous ne pouvions douter, i 1 nous parut que nous n’avions pas le droit de garder le silence. Nous aurions donné raison aux calomnies du journal le Combat. Con-

formément notre décision, Y Officiel du 31 publiait ce qui suit :

« Le gouvernement vient d'apprendre la douloureuse nouvelle de la reddition de Metz. Le maréchal Bazaine et son arriîcc ont dû se rendre après d'héroïques efforts que le manque de vivres et de munitions ne leur permettail i lus de continuer; iis sont prisonniers de guerre.

» Cette cruelle issue d’une lutte de près de trois mois, causera dans toute la France une profonde et pénible émotion, mais elle n’abattra pas notre courage. Pleine de reconnaissance pour les braves soldats, pour la généreuse population qui a combattu pied à pied pour la patrie, la ville de Paris voudra être digne d’eux, elle

sera soutenue par leur exemple et par l'espoir de les venger. »

Lnfin le rapport militaire annonçait duos les termes Rivants le désastre et l’abandon du Bourget.

« 30 octobre, une heure et demie du soir.

h Le lîourget. village en avant de nos lignes, qui '|Li.it oté occupé pur nos troupes a été canonné peutoute la journée d'hier sans succès pour l’ennemi. r h Le matin de bonne heure des masses d infanterie Saluées à plus de dix-huit mille hommes se sont pré- Se tUées de front avec une nombreuse artillerie, tandis d’autres colon nes'onL tourné le village venant de buguy Blanc-Mesnil,

>} Certain nombre d'hommes qui étaient dans la par-

tie nord du Bourget ont été coupés du corps principal

et Sont restés entre les mains de l'ennemi ; on n’en

c °0nait pas exactement le nombre.: il sera précis demain,

" Ce village de Drancey occupé depuis 24 heures seu* ^ment, ne se trouvait plus occupé à sa gauche ! te *nps a manqué pour le mettre en état respectable de

défense.

J) L’évacuation en a été ordonnée pour ne pas com-

trouvaient. Le village

Promettre les troupes qui s’j

du Bourget ne faisait pas partie de notre système gé- ^'ral de défense, son occupation était d’une importance bien secondaire et les bruits qui attribuent de la gra-

* il

^ Hé aux i ncîdcnls qui viennent d’être exposés sont sans

Suavité. »

U'Üffickl du 31 octobre, cité par Iules Favre dans le 1 er volume de 1 Histoire de la JJcfense nationale.

C’est avec ces Ilots d’eau bénite de cour que fut avouée la catastrophe. Des farouches tribuns qui combattaient l’Empire, plus rien ne restait : ils étaient entrés comme des écureuils dans la loge où avant eux H’autres couraient, tournant inutilement la même roue

que d'autres avaient tournée avant eux, nue d’autres tourneront après.

Cette roue-là e’esL le pouvoir écrasant éternellement les déshérités.

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