DU 31 OQTODRE AU 22 JANVIER
Les voilà revêtus du linceul de 1 empire,
S’y eiifievclisunnt et La France avec eux,
* Et le nain foulriquel, le gnome fatidique
Cousant îc voile horrible avec ses doigts hideux.
(L. 31. Le* Spectres.)
Oui, c’était bien l’Empire ! les prisons pleines, la ;
Peur et les délations à l’ordre du jour, les défaites changées en victoires sur les affiches.
Les sorties refusées; le nom du vieux Blanqui se- J|j
c °Ué comme un épouvantail devant la bêtise humaine.
Les généraux, si lents devant 1 invasion, se hâtant g.
menacer la foule. - |l
-Juin et décembre ù l’horizon, ; dus épouvantables que ,1
Par le passé. 3
•biles Favre, qu'on ne peut accuser de forcer le tableau dans des vues révolutionnaires, raconte ainsi la situation vis-ù-yis de l'armée. ^
« Le général Ducrot qui occupait î le 31 octobre) la Porte Maillot, apprenant l’échec du gouvernement ^'attendit pas les ordres, il lit prendre les armes à sa troupe, atteler ses canons et se mit en marche vers Paris ; il ne rétrograda que quand ce fut fini. » ’ ' ^jS
Ducrot pour cette fois n'était pas en retard, aussi il ' j| s'agissait dê la foule.
-Tu les Favre, dans le même livre, dit à propos de là
théorie soutenue parTrochu à propos des places abandonnées par l'armée.
— Quant à la perte du Bourget, le générai déclara qu elle n’avait aucune signification militaire et que la population de Paris s’en était émue fort mal à propos* L'occupation du village avait eu lieu sans ordre et contrairement au système général arrêté par le gouvernement de Paris et le comité de la défense : il aurait *• toujours fallu se retirer. »>
(Jules Favre, Le Gouvernement de la Défense I nationale, 1 er volume.)
C'était bien le même Jules Favre qui sous l’Empire avait dit audacieusement : Ce procès peut être regardé comme un fragment d’un miroir hrisé où le pays peut se voir tout entier — (il s’agissait des corruptions du régime impérial); mais nul homme ne résiste au pouvoir, il faut qu’il tombe.
La République de septembre en était aux plébiscites. — Or. tout plébiscite, grâce à i’ap eu rement, à l’ignorance, donne toujours la majorité contre le droit, 1 c’est-à-dire au gouvernement qui l’invoque.
Les soldats, les marins, les réfugiés des environs de ( i 'ans votèrent militairement et peut-être on ajouta les trois cent mille Parisiens qui s’abstinrent, de sorte que
la défense nationale compta 324,373 oui.
Les bruits de victoires ne cessaient pas. Le général Cambriel avait accompli tant d’exploits qu’on ne croyait pas à un seul,
La légende courait que les malfaiteurs du 31 octobre avaient emporté de l 'Hôtel-de-Ville l'argenterie et les sceaux de l’Etat.
Après le plébiscite du 3 novembre, le gouvernement annonça qu'il allait remplir ses promesses et procéder à des élections municipales.
Pendant ce temps, les prévenus du 31 octobre étaient toujours en prison, mais lorsqu'ils comparu-
^ent trois mots après devant un conseil de guerre, il fallut acquitter tous ceux qui étaient présents ; 1 accusation leur ayant reproche « 1 avoir ete les adversaires de l’Empire » puisqu’on se prétendait en République l'accusation tombait d elle-même. Constant Martin avait été oublié cette fois-là, on devait se rat-
^ Ia P er vingt-six ans après.
One partie de ceux qui avaient été inculpés furent dus comme protestation dans les diverses mairies de Oaris, les maires et adjoints républicains furent réélus. 11 y eut aux diverses mairies, comme maires ou
pomt| : Ranvier, Flourens, hefrançaïs, Deréure, Jacl urd, Matière, Malon, Poirier, lïéligon, Toiain, Mura U Clemenceau. Lafont. (Ranvier, Flourens, Lefranïuis, Millière Jaciard, étaient toujours prisonniers. ) Montmartre, mairie, comités de vigilance, clubs, habitants étaient, avee lielleville, 1 épouvantail des
^ en s de l’ordre.
On avait l'habitude dans les quartiers populaires de
pas trop s’inquiéter des gouvernants, la meneuse c otaît la liberté ; elle ne capitulerait pas.
Aux comités de vigilance se réunissaient les houles absolument dévoués à la révolution, promis d a- Va nce à la mort; là se retrempaient les courages.
On s'y sentait libres, regardant à la fois le passé sans tr op copier 93, et l’avenir sans craindre l’inconnu.
On y venait par attirance ayant les ca : actères s hai i san t ensemble, les enthousiastes et les sceptiques, Viatiques tous, de la révolution, la vouiantbelle, idéa-
lemefit grande !
Une fois réunis au -il de la Chaussée Clignancourt, 0Î1 l’on se chauffait plus souvent du feu de l'idée que bûches ou de charbon, ne jetant que dans les grandes occasions un dictionnaire ou une chaise dans la cheminée quand on recevait quelque délégué, on avait ï )( Mne à en sortir.
CA COMMUNE
Vers cinq ou six heures du soir, tous arrivaient, on résumait Je travail fait dans Jn journée, celui À faire, le lendemain ; on causait et arrachant jusqu'à la der* nière minute, chacun partait à huit heures à son club respectif.
Parfois on allait plusieurs ensemble tomber dans quelque club réactionnaire, faire de la propagande républicaine.
Vu comité de vigilance de Montmartre et à la Patrie en danger, j'ai passé mes plus belles heures du siège J on y vivait un peu en avant, avec une joie de se sentir dans son élément au milieu de la lutte intense pour la liberté.
Plusieurs clubs étaient présidés par des membres du comité de vigilance, celui de la Itéine-Iîlanche l’était par lîurlot, un autre par Avronsart, celui de la salle Perot par Ferré et celui de la justice de paix par moi; on nommait ces deux derniers, clubs de la dévolution « district des Cran des Carrières », appellation particulièrement désagréable aux gens qui s’imaginaient y voir passer 93.
Ce mot présider ne s'entendait pas alors, par une fonction honorifique, mais par l’acceptation devant le gouvernement, de la responsabilité, ce qui se traduisait par la prison, et par le devoir de rester à son pos^e en maintenant la liberté de la réunion malgré les bataillons réactionnaires qui venaient jusqu'au bureau menacer et injurier les orateurs.
Je déposais d'ordinaire près de moi sur le bureau un petit vieux pistolet sans chien, qui habilement placé et saisi au bon moment arrêta souvent les gens de l’ordre, qui arrivaient, frappant à terre leurs fusils ornés de la baïonnette.
Ces clubs du quartier Latin, ceux des arrondissements populaires étaient d'accord.
I n jeune homme disait, le 13 janvier, rue d’Arras :
" ha situation est désespérée, mais lu Commune fera a PPel au courage, à la science, à l'énergie, à la jeunes *e; elle repoussera les Prussiens avec une indompté énergie, mais qu’ils acceptent la République so-
ç ï|le, nous leur tendrons la main et nous marquerons 1 * >
1 ei 'e tlti bonheur des peuples- »
Malgré l’insistance de Paris à rédamer des sorties, fut le 1!) janvier seulement que le gouvernement c °n sentit à laisser la garde nationale tenter de reprenare Montretout et Buzenval .
D'abord ces places lurent emportées, mais les hom- 'ues entrant jusqu’aux chevilles dans la boue détrempce ne purent monter les pièces sur les collines, il ial-
et Sft T'/lTilïiatk
Là restèrent par centaines, jetant bravement leur des gardes nationaux, hommes du peuple, artistes,
Jeunes gens: la terre but le sang de cette première héc atonibe parisienne, elle en devait être saturée. Caissons raconter à Cipriani. qui faisait partie du régiment commandé par Rocbebrune, la bataille de
Montretout :
« Nous quittâmes Paris, dit-il, dans la matinée du 18> le soir, nous campions aux environs de Montretout.
if Le i9, à cinq heures du matin ; après avoir mangé ^ o morceau de pain et bu un verre de vin, nous nous mîmes en marche pour le cliamp de bataille ; A i hcu-
,Cs nous entrions en ligne.
» On se battait déjà depuis deux heures.
** Itochebrune s avance rapidement au plus fort du combat, un bataillon commandé par de Boulen resta à lu ferme de la Pouilleuse, deux compagnies prirent s >lace au pavillon de Chayne: le reste du régiment se porta hardiment en première ligne. < )n se battit encore pendant deux heures. Alors Rocbebrune se tournant vers
» Arrivé à cet endroit, je communiquai l'ordre au major de Boulen.
w — il me faut, répondit-il, un ordre du major coifl' mandant pour marcher,
» — Comment, lui dis-je, votre colonel le demander parce que le combat l’exige et vous refusez.
» — Je ne puis, dit-il.
» Je dus porter cette lâche réponse il Rochebrune qu* en l'entendant se mordit les mains de rage en s*é* criant : Trahison partout, et montant debout sur 1® mur qui fermait de ce côté, il commanda de le suivre- Mais en même temps il tombait frappé mortellement-
» J’ai pris part à quelques batailles, mais dans aucune je n'ai vu de soldats se trouver en si grande perdition que les braves gardes nationaux dans cette journée du 19 janvier.
» Us étaient mitraillés en face par les Prussiens, derrière par le Mont-Valérien (pii envoyait ses obus sur nous, croyant viser l'armée ennemie. Là s'était renfermé le àmeux gouverneur de Paris qui ne se rend pas; sur la droite nous étions mitraillés encore par une batterie française placée il Hue il qui trouvait I e moyen de nous prendre pour les Prussiens.
» Malgré cela, pas un ne bougeait de sa place et ceux qui avaient épuisé leurs cartouches prenaient celles des morts.
» À quatre heures de l'après-midi, comme on combattait depuis neuf heures, arriva un ordre de Ducrot de battre en retraite.
» Nous refusâmes, continuant la fusillade jusqu'à dix heures du soir. Nous aurions pu continuer toujours, car les premiers qui avaient déjà plié bagage n avaient nulle envie de nous surprendre. Donc ce 49 janvier, sans la trahison ou l’imbécillité, ta trouée était faite , Paris dégagé, la France délivrée.
» Trochu, Ducrot, Yinoy et tutti quanti ne Pont pas
'ouhi — la République victorieuse eût refoulé loin dans 6 passé les espérances de l'Empire et prouvé à jamais incapacité des généraux de Napoléon III; il fallait P 0liï ‘ une Restauration impériale que la République s °mhrât et c’est ce qui fut tenté.
Pendant tout le temps que dura la bataille de Mon- | r etoutj je vis Ducrot caché derrière un mur, un prêtre ** SOn côté, et devant eux étendu à leurs pieds un nègre avait eu la tête emportée par un obus du Mont- Ya*
tërien,
J ' Cette bataille coûta la vie à quelques milliers
“hommes.
)} Vers onze heures du soir, les débris du 19 e régiliei U se mettaient en marche sur Paris pour l'enterrein ent de Roche brune,
Da nouvelle de la défaite de Monlretout avait ^S*té les Parisiens à un tel pointque le vaillant Troçhu “ °sa plus s’y montrer; Vinoy prit sa place.
® Le lendemain 20 janvier, nous fûmes convoqués Wlevard Richard le Noir, pour assister aux funér&il- Cs de notre pauvre ami Rochebrune.
h Partout on entendait dire qu’il fallait se débarras- Siii ' de ceux qui avaient trahi jusqu'à ce jour.
* On parlait de s'emparer du corps de Rochebrune et “ e marcher à PI lolel-de- Ville. Le temps avait manqué Pour avertir les membres de la légion garibaldienne, la ligue républicaine et de l’Internationale . dissémi- ^cs dans tous les bataillons de la garde nationale; une Poignée d'hommes résolus se trouvaient au rendez v °us, mais poignée d’autant plus insuffisante que ceux ei) qui la foule avait confiance se trouvaient on prison.
» L'enterrement de Rochebrune se passa donc sans a,Jc un incident, si ce n'est que je vis de Iloulen. lequel S’apercevant voulut me dominer une poignée de main ea m’appelant un brave, je refusai en lui répondant :
» — Cela se peut, mais vous ne pouvez pas le
9fi LA COMMUNE
savoir, car vous vous êtes caché: vous êtes un traître-
» Pour en finir avec ce misérable, je dirai que quel* ques jours après, je le rencontrai de nouveau: à m* 1 grande stupéfaction je levisdéporc de la légion d'hon* neur et colonel : c’était le >rix de sa trahison.
» Un autre aussi fut décoré, c'est le capitaine P-** qui n avait pas paru tout le temps de la bataille.
» Voilà les deux seuls fuyards que j’aie vus Mofl' tretout, ils furent faits chevaliers de lu légion d'honneur. |
» Amilcare Cipiuani. »
À Contre tout fut tué, entre autres, Gustave Lun*' bert qui peu de temps avant lu guerre organisait un® expédition pour le pôle nord par le détroit de lïcering*
On s 'occupa beaucoup ces annéés-là des pôles ; il avait été question aussi en 70 de la tenter en ballon.
Cette même année 70*71, les explorateurs étaient an nombre de trois, chacun par un chemin 'différent; il y avait un Américain, un Anglais, un Français.
Ce dernier seul, qui était Lambert, ne partit pas. Ce» passionnantes expéditions trouvaient parmi nous de» enthousiastes.
Aujourd'hui semblables voyages se préparent, les explorateurs sont trois également: un Américain, Pcary» un Anglais, Jakson. Æ
Un Norvégien, Jansen.
Un autre Norvégien, Nansen, de retour en ce moment raconte son voyage sur l'iiuleslnictil.lc navire Le F mm .
Et comme il y a vingt-cinq ans, grand nombre d’entre nous songent au temps ardemment désiré où dans la grande paix de l'humanité la terre sera connue, lé science familière à tous, où des flottes traverseront l'air et glisseront sous les Ilots, parmi les coraux, les forêts sous-marines qui recouvrent tant d’épaves, où
üs éléments seront domptés, l’âpre nature adoucie 1 être conscient et libre qui nous succédera. Souvent, au fond de ma pensée passe l’appel des noms au club de la révolution — c'est l’appel des speces > mais voir le progrès éternel c’est en quelques eures vivre éternellement.
le 22 JANVIER
Les trône ors aiguisent leur glaive Et clmrpeûteiit leurs écb&Jamls, Bonhomme,
Bonhomme,
Aiguise bit* u ta faux.
{Deheù, Chaînon du bonhomme ,)
l'O soir du 21 janvier, les délégués de tous les clubs " L ^unirent à la Reine-Blanche, à Montmartre, afin de Pendre une résolution suprême avant que la défaite
l *t consommée.
compagnies de la garde nationale, de retour de enterrement de Rochebrune se rendirent à la Reineayant crié surtout le parcours : Déchéance!
Les
trofiv
gardes nationaux du faubourg convinrent de se
eren armes le lendemain à midi, place de l'HOtel-
ûe-Vülè.
Les femmes devaient les accompagner pour protester Rentre le dernier rationnement du pain. On voulait le n i e supporter, mais ii fallait que ce hU pour la dé-
hvrance.
Ln fait de protestations, je résolus de prendre mon Us h* comme les camarades .
ha mesure étant comble des lâchetés et des hontes. 1 1 f / , * n y eut pas d’opfKksants au rendez-vous du lende-
ïïla * n pour une mise en demeure du gouvernement.
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Ti./ f
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Il n’y a plus de pain, avait-il été déclaré, que jusqu'au 4 février; mais on ne se rendra pas, dûl-o 11 mourir de faim ou s'ensevelir sous les ruines de Paris-
Les délégués des Batignoiles promirent de ramener : avec eux le mai ré et les adjoints à l’Hùtel-de- Ville revêtus de leurs insignes.
Ceux de Montmartre se rendirent de suite à leur mairie. Clemenceau étant absent, les adjoints promirent et s'y rendirent en effet.
Une entente générale eut lieu entre les comités de vigilance, les délégués des clubs et la garde natiô* nale.
La séance fut levée aux cris de : Vive la Commune * Dans l'après-midi du 21 janvier, Henri Place, eonn 11 alors sons son pseudonyme de Varie t, Cipriani et plusieurs du groupe blanquiste se rendirent ù. la prison de Mazas, où Greffier demanda ù voir un gardien qu d avait connu étant prisonnier.
On le laissa passer avec ceux qui l’accompagnaient; il observa alors qu’il y avait un seul factionnaire A l a grande porte d’entrée.
A droite de cette porte en était une autre plus putite et vitrée, où se tenait jour et nuit un gardien et par laquelle ou pénétrait dans la prison.
En face, un corps de garde où couchaient des gardes nationaux de l'ordre : c’était un poste. Arrivés au rond-point, en causant avec le gardien d'un air indifférent, il lui demanda où se trouvait le vieux. On appelait ainsi par amitié Gustave Flonrena, comme depuis longtemps Blanqui» lui, vieux réellement.
Couloir B, cellule 9. répondit naïvement le gardien*
En effet, à droite du rond-point, ils virent un couloir désigné par la lettre B.
On causa d'autre chose et, quand iis eurent vu tout ce qui leur était nécessaire de savoir, ils sortirent.
Le soir à dix licifres, rue des Couronnes, à Bellevillc,
r t-’T st -1
s Couvèrent au rendez-vous soixante-quinze hommes ar més,
ja petite troupe ayant ie mol d’ordre s'improvisa Patrouille, répondant aux autres patrouilles qui auai0I1 t pu les rencontrer dans leur entreprise. Un ca- P°i'd avec deux hommes vinrent les reconnaître et, satisfaits, les laissèrent passer,
coup de main ne pouvait réussir que très rapide-
inent exécuté.
iCs premiers douze hommes devaient désarmer le ll onnaire, les quatre suivants s’emparer du gardien
de la
petite porte vitrée.
de
rp
ren te autres devaient se précipiter dans le corps ^ » ar de, se mettre entre te râtelier aux fusils et le lit camp où était couché la garde et la mettre en joue Pour l 'empêcher de faire le moindre mouvement.
autres vingt-cinq devaient monter le rond-point, j réparer des gardiens, au nombre de six, se faire
Vllr la cellule de Plourens, où ils les enfermeraient, es cendre rapidement, fermer ù clef la porte vitrée W donne sur le boulevard et s’éloigner.
pian fut exécuté avec une précision mathémati-
que.
H n'y eut, disait Cipriani, que le directeur qui j 1U uri peu tirer l'oreille; mais, devant le revolver Ia qué sur son visage, il céda et Flourens fut délivré. » Après Mazas, la petite troupe, qui commençait par c ‘ s triomphes, alla sur la mairie du X\ c dont Flou- ^ s venait d’être nommé adjoint, ÎJs firent sonner le Csirt et, à une vingtaine, proclamèrent la Commune; a 's personne ne répondit, croyant à un guet-apens u parti de l’ordre.
A rilhtel-de- Ville, les membres du gouvernement
Paient une séance de nuit; il eût été possible de les y fl! ’rêter.
^lourens, dans sa prison, n’avait pas vu l'impôt-
J - aï ;
tance du mouvement révolutionnaire; il objecta qu’m 1 était trop peu.
Mais le premier coup d’audace n 'avait-il pas réussi déjà? L'extrême décision fait, à la force, l'effet d'une 1 fronde à la pierre qu elle lance.
Le matin du 22, une affiche furieuse de Clément Thomas, qui remplaçait Tamisier au commandement de la garde nationale, était placardée dans Paris.
Celte affiche mettait hors la loi les révolutionnaires; I ils y étaient traités de fauteurs de désordre, appel était fait aux hommes d’ordre pour les exterminer.
Cela commençait ainsi :
« Hier soir, une poignée de factieux ont pris d’assaut la prison de Mazas et délivré leur chef Flourens. »
Suivaient injures et menaces.
La prise de Mazas et la libération de Flourens avaient.; >| rempli d’effroi les membres du gouvernement; s atteu' dant à voir une secon le édition du 31 octobre, ils en référèrent à Trochu, qui fit bonder l'Hôtel -de-Ville de
ses mobiles bretons. ,
Chaudey y commandait, son hostilité pour la
mune étant connue.
À midi, une foule énorme, en grande partie désarniée, emplissait la place de l'Hôtel -de-A il le. !
Grand nombre d i gardes nationaux avaient lems fusils sans munitions, ceux de Montmartre étaient ai-
més.
Des jeunes gens montés aux réverbères criaient :
Déchéance! La tète crépue de Bauer s'y montrait ovt
animée. ; 1
De temps à autre, une clameur passait.
Tous ceux qui avaient promis, aussi ceux qui n’avaient rien dit, étaient là, aussi bon nombre de femmes : André Léo. mesdames Blin, Fxcoflbn, Poirier, Danguet. '3
Les gardes nationaux qui n’avaient nas s -ris de mu* n 'Uons commençaient à le regretter.
Gûe journée se préparait, nous n'en pouvions doullîl '; — que serait le lendemain ? l'Ilotel-de-VilIe était ae puis la veille plein de sacs à terre; les mobiles bretons dont il regorgeait entassés à l’embrasure des fenêtres nous regardaient, leurs faces pâles iminobifes, leurs veux bleus, fixés sur nous avec des reflets dacifr. ■
Dour eux la chasse aux loups est ouverte.
Car Monsieur Trochu a dit à ceux d’Ancen
Mes amis,
Le roy va ramener les fleurs de Jvs.
Gomme au 31 octobre la foule arrivait toujours.
Derrière la grille, devant In façade était le lieutér ‘ant-colonel des mobiles, Léger, cl le gouverneur de ^ Dôtel-de-Yiilè Ghaudey, dont on se défiait.
Les plus forts, avait-il dit, fusilleront les autres.
Le gouvernement était en possession des forces les plus grandes.
Des délégués furent envoyés, disant que Paris affirmait encore sa volonté de ne jamais se rendre et de ne jamais être rendu: ils demandèrent vainement à ^D’e introduits, toutes les portes étaient fermées. Les Dretons étaient toujours aux fenêtres.
D’Hôtel-de-Ville à ce moment ressemblait à un nav 're, ses sabords ouverts sur l'océan, les vagues humaines eurent d’abord de grands remous, puis elles étendirent immobiles.
Kul ne doutait plus de la façon dont le gouvernement allait recevoir ceux qui ne voulaient pas de la Addition, traînant après elle Badin gu e remorqué par Guillaume, ou même n’y traînant que la honte : c était trop.
fout à coup Ghaudey entra dans l'Hotel-de-V ille; il
va, disait-on, donner l’ordre de tirer sur la foule. Pourtant on essayait de franchir la grille derrière laquelle grossièrement, des ofiiciers insultaient,
— \ ous ne savez pas ce qui vous attend en vous oppo* sant à la volonté du peuple, dit aux insuiteurs le vieux Mabile, l'un des tirailleurs de Fiourëns.
— Je m’en fous ! répondit l'officier qui venait de lancer des invectives, et il braqua son revolver sur le voisin de Mabile qui de son côté s'avança sur lui. Quelques instants après l’entrée de Chaudey dans l’intérieur, il y eut comme un coup de pommeau frappe derrière une des portes, puis un coup de feu partit isolé.
Moins d une seconde après, une fusillade compacte balayait la place.
Les balles faisaient le bruit de grêle des orages d'été- Ceux qui étaient armés répondirent ; froidement, sans arrêter, les Bretons liraient, leurs balles entraient dans la chair vive, les passants, les curieux, hommes, femmes, enfants, tombaient autour de nous.
Certains gardes nationaux avouèrent depuis avoir tiré non sur ceux qui nous canardaient, mais sur les murs où en effet fut marquée la trace de leurs balles* Je ne fus pas de ceux-là; si on agissait ainsi, ce serait l’éternelle défaite avec ses entassements de morts et ses longues misères, et même la trahison.
Debout devant les fenêtres maudites, je ne pouvais détacher mes yeux de ces pâles faces de sauvages, qui sans émotion, d’une action machinale, tiraient sur nous comme ils eussent fait sur des bandes de loups et je songeais : Nous vous aurons un jour, brigands, car vous tuez, mais vous croyez ; on vous trompe, on ne vous achète pas, il nous faut ceux qui ne se vendent jamais, et les récits du vieux grand-père passèrent devant mes yeux, de ce temps où héros contre héros, implacablement combattaient, les paysans de Charettc
y P ft thel ineau, de Laroche jaquel in, contre l’armée de ,l ^publique.
en
ho
leu
^ r ès de moi, devant la fenêtre furent tués une femme I10 ir ( grande et qui me ressemblait et un jeune r ttnie qui raccompagnait. Nous n'avons jamais su rs noms et personne ne les connaissait.
fieux grands vieillards debout sur la barricade de a venue Victoria, tiraient tranquillement, on eût dit Ux statues des temps homériques : c étaient Mabile
^ Màlezieux.
flotte barricade, faite d'un omnibus renversé, sou-
. tint
quelque temps le feu de l’IIùtel-dc- Ville.
Connue Cipriani gagnait l'avenue Victoria avec
ussali et Sapia. il eut l’idée d’arrêter l’horloge de , '^'tei-de-' Ville et tira sur le cadran qui se brisa; il etait quatre heures cinq minutes.
^ cet instant même fut tué Sapia d’une balle dans
la Poitrine.
hciiri Place eut le bras cassé, mais comme toujours toujours la majorité des victimes se composait de Seris inofîensifs, venus lâ par hasard.
passants dans les rues voisines furent tués par 08 halles perdues.
‘yant tenu le plus longtemps possible en tirant des Petites bâtisses situées au côté de la place opposé à la ,l tade, il fallut se retirer.
ka première fois qu’on défend sa cause par les ar- ,lleSi on vit la lu U e si complètement qu’on n'est plus s °l*inème qu'un projectile.
soir, nous vîmes le père Malezieux ayant encore a grande redingote trouée de balles comme un crible.
‘Cure, qui un instant avait à lui seul occupé la P°r[e de Hlôtel-de- Ville, était rentré à la mairie de 0ll tmartre, son écharpe rouge toujours â la ceinture.
’ ï i fa u t terriblement de plomb pour tuer un homme, Malezieux, le vieil insurgé de juin.
LÀ COM MQ NE
11 en fallait beaucoup pour lui, en effet, tant, que toutes les balles de là semaine sanglante passèrent sans l’atteindre, si bien qu’au retour dé la déportation il se tua, lui-même, les bourgeois le trouvant trop vieux pour travailler.
Les poursuites à l’occasion du 22 janvier commencèrent de suite.
Le gouvernement jurant toujours qu'il 11 e se rendrait jamais, essaya de faire rentrer dans le silence les comités de vigilance, les chambres fédérales, les clubs; alors tout devint club, la rue fui tribune, les payés se soulevaient d eux-memes.
Des milliers de mandais d arrêt avaient été lancés?
mais on ne put guère opérer que les arrestations immédiates, les mairies les refusaient, disant que ce serait provoquer des émeu Les.
On s’est, souvent demandé pourquoi, parmi tous les membres du gouvernement, dont pas un ne se montrait à la hauteur des circonstances, Paris eut surtout horreur de Jules Ferry, c’est surtout à cause de son épouvantable duplicité.
11 avait fait, au lendemain du 22 janvier, placarder l’afïicke mensongère qui suit :
M Allt IL DE PARIS
22 janvier i heures ü2 minutes du soir.
« Quelques gardes nationaux factieux appartenant au 101 e de marche ont tenté de prendre PlIOtcI-de-Ville, tiré sur les officiers et blessé grièvement un adjudantmajor de la garde mobile, la troupe a riposté, l'Hôtel" de- Ville a clé fusillé des fenêtres des maisons qui lui font face de l’autre coté de la place et qui étaient d'avance occupées,
» On a lancé sur nous des bombes et tiré des balles explosibles ; l’agression a été la plus lâche et la plu»
0di *usc d’abord ail début puisqu'on a tiré plus de cent ( (le fusil sur le colonel et les officiers au moment 011 ds congédiaient une députation admise un instant <lv unt dans l’ilôtel-de-YiUe, non moins lilche ensuite après la première déchargé, la place s’étant J lr lée et le feu ayant cessé de notre part, nous filmes Ailles des fenêtres en face.
h Dites bien ces choses aux gardes nationaux et tenez- Iïî0 * a u courant, si tout est rentré dans l'ordre.
h La garde républicaine et la garde nationale occu- P e nt la place et les abords.
» Jules Ferry. »
D n écrivain sympathique au gouvernement de la déeiiSe nationale et qui savait la façon de penser bour* S^oise fait quelque part cet aveu dépouillé d ‘art i lice à l^Qpos de la répression du 22 janvier.
D falUit se contenter de condamner à mort par ccrn- Ul nace Gustave Flourens, Blanqui et Félix Pyat.
(Skmpbonios, Histoire de la Commune , Décembre, Alqnier.)
•Iules Favre comprit-il qu’enlever les armes Paris S(îra it une tentative inutile aboutissant à une révolution Cer taine, ou lui restait-il ce sentiment de justice que
garde nationale devait les conserver, il ne fut jamais Question de la désarmer quoique son affiche du 28 jan- ' J(ir annonçât l’armistice contre lequel Paris s’était ^°ujours élevé.
Jetait la reddition assurée, la date seule restait incertaine où l’armée d’invasion entrerait dans la ville livrée.
Peux qui si longtemps avaient soutenu que le gou- ' cr nement ne se rendrait jamais, que Ducrot ne rentre- ,a U que mort ou victorieux, que pas un pouce du terntoire, pas une pierre des forteresses ne serait livré VjI ‘ent qu’on les avait trompés.
^ oici comment étaient traités les prisonniers du -- janvier et ceux qui ayant été transférés à Vincennes
ne purent être délivres avec Flourens. ■
« Les malheureux, dit Le français, qui avaient été transférés à Vincennes y restèrent huit jours sans feu, ii neigeait par les fenêtres de la salle du donjon où ils étaient enfermes, couchés pêle-mêle sur une surface
d a peu près -150 mètres carrés et littéralement dans la fange la plus immonde.
» L un d eux, le citoyen ’i'ibaldi détenu pour le 31 octobre et qui avait enduré toutes sortes de torture.! physiques el morales à G aven ne où l'Empire l’avait ienu pendant treize ans, déclarait qu’il n’avait jamais rien vu de semblable.
» Après avoir été transportés de Vincennes à la Santé où ils restèrent quinze jours dans des cellules sans feu et dont les murs suintaient l’eau (à ce point que ni le linge ni la literie n’y pouvaient demeurer secs), ils furent conduits ù Pélagie où ils durent attendre encore deux mois le jugement des conseils de guerre.
h Parmi les détenus du 22 janvier était Delescluz® arrêté et jeté, lui aussi, dans cet enfer. Seulement comme rédacteur en chef du Réveil qu'on venait de supprimer, Deslescluzeâgé de soixante-cinq ans, débile, déjfi atteint d’une bronchite aigui 1 , sortit mourant dé prison; aux élections du 8 février suivant on l'envoya à rassemblée législative à Bordeaux.
» Un ouvrier, le citoyen Magne aviyl été arrêté au moment où il rentrait chez lui, sortant de son atelier- » Déjà malade, il mourut un mois après à Pélagie, victime du traitement qu’il avait enduré. »
(G. Lefrakçais, Etude du mouvement communaliste, . 1874.)
Dans la soirée du 22 janvier avait été affiché le décret suivant qui fermait les clubs dans Paris,
« Le Gouvernement de la défense nationale
L A COMMUNE
Considérant que* à la suite d’excitations criminelles certains clubs ont été les foyers, la guerre civile a ■ engagée par quelques agitateurs désavoués par la Population tout entière;
h Qu ü importe d'en finir avec ces détestables ma- ^|ru\ i-^g q u j Bon ^ un f ] ;in n- er pou r la patrie, et qui, si s se renouvelaient, entacheraient l’honneur irrépro c l «b/c jusqu'ici de la défense de Paris, décrète :
** Ces clubs sont supprimés jusqu’à la fin du siège, les Caux où fis tiennent leurs séances, seront immédîa-
lo
tcin
en t fermés.
lj °s contrevenants seront punis conformément aux
lois.
,J Article
décret.