‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 3 sur 68 · P.- Y. STOCK, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

P.- Y. STOCK, ÉDITEUR

8, Cf, IO, U, GALERIE DU THEATRE-FRANÇAIS

PALAHI-BOIAL

fou.-* arotïade reproduction et de traduction réservés pour fous tes pays

y compris U Suide et ta Norvège.

L'éditeur déclare réserver ses droits de traduction et de reproduction pour tous pays, y compris la Suède et la Norvège,

Ce volume a etc déposé au Ministère de l’intérieur (section de la librairie) en mai 1898.

Il a été tiré à part , de cet ouvrage , 5 exemplaires sur papier de Hollande . numérotés à la presse.

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Ou mur des fusilles de mai 71, j'aurais voulu saluer les morts des hécatombes nouvelles, les martyrs de Montjuich, les égorgés d'Arménie, les foules écrasées d’Espat ? fie * tes multitudes fauchées à Milan et ailleurs, la Grèce

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vameue, Cuba se relevant sans cesse, le généreux peuple des Etats-Unis qui, pour aider à la délivrance de Vile héroïque, fait la guerre de liberté .

Puisqu il n'est plus permis d'y parler hautement, c'est ce livre que je leur dédie ; de chaque feuillet soulevé comme la pierre d'une tombe s'échappe le souvenir des morts.

\ .. Michel.

Paris, le 1 o juin iütf$.

AVANT-PROPOS

Quand J a foule aujourd'hui muettü 3 Comme l'Océan grondera.

Qu'à raouiir elle aéra j rêle,

La Commune se lèvera,

Nous reviendrons foule ^aus nombre,

Nous viendrons par tous les chemins.

Spectres vengeurs sortant de l'ombre.

Nous viendrons nous sériant les mains,

La tnoit portera la bannière;

Le drapeau noir ci-ëpe de sans: ;

Et pourpre fleurira la terre 3

Libre sous le ciel flamboyant.

(L. M, Chanson des prisoti$ t mal 71.)

La ioinmunc à l'heure actuelle est au point pour l’histoire.

Les faits, à cette distance de vingt-cinq années, se dessinent,. se groupent sous leur véritable aspect.

Dans les lointains de l'horizon, tes événements s’amoncellent de la meme manière aujourd’hui avec cette différence, qu’alors, surtout la France s’éveillait, et qu’ aujourd’hui c’est le monde.

Quelques années avant sa lin, l’Empire râlant s’accrochait à tout, à la touffe d’herbe comme au rocher; le rocher lui-même croulait ; l’Empire, les gritfes saignantes, s’accrochait toujours, n’ayant plus au-dessous de lui que Labime, il durait encore.

AVANT-PROPOS

La défaite, fut la montagne qui tombant avec lui l’écrasa.

Entre Sedan et le temps où nous sommes, les choses sont spectrales el nous-mêmes sommes des spectres ayant vécu à travers tant de morts.

Cette époque est le prologue du (tramé où changera l’axe des .sociétés humaines. Nos langues imparfaites ne peuvent rendre l’impression magnifique et terrible du passé qui disparaît mêlé a l'avenir qui se lève. J'ai cherché surtout dans ce livre à faire revivre le drame de 71.

Un monde naissant sur les décombres d’un monde à son heure dernière.

Oui, le temps présent est bien semblable à la lin de l’Empire, avec un grandissement farouche des répressions, une plus féroce acuité de sanglantes horreurs, exhumées du cruel passé.

Gomme si quoi que ce soit pouvait empêcher l’éternelle attirance du progrès ! On ne peut pas

tuer l'idée à coups de canon ni lui mettre les poucetles.

La fin se hâte d’autant plus que l'idéal réel apparaît, puissant et beau, davantage que toutes les fictions qui l’ont précédé.

Plus aussi, le présent sera lourd, écrasant les

foules, plus la halé d’en sortir sera grande.

Ecrire ce livre, c'est revivre les jours terribles où la liberté nous frôlant d.e son aile. s'envola de l'abattoir; c’est rouvrir la fosse sanglante où, sous le dôme tragique de l’incendie s endormiL la

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AVANT-PROPOS

Commune belle pour ses noces avec Ja mort, les ftoces rouges du martyre.

Dans cette grandeur terrible, pour son courage a 1 heure suprême lui seront pardonnes les scrupules, les hésitations de son honnêteté profonde.

Dans les luttes à venir on ne retrouvera plus ces généreux scrupules, car à chaque défaite popuuüre, la foule est saignée comme les bêtes d’abatl°h‘; ce qu’on trouvera, ce sera l’implacable devoir.

hes morts, du côté de Versailles furent une infime poignée dont chacun eut des milliers de vieutnes, immolées à ses màhés ; du côté de la Commune les victimes furent sans nom et sans nombre; on ne pouvait évaluer les monceaux de cadavres; les listes ofücielles en avouèrent trente uiille, mais cent mille, et plus serait moins loin fie la vérité.

Quoiqu'on fit disparaître les morts par charretées, il y en avait sans cesse de nouveaux ainon-

ceîlements ; pareils à des tas de blé prêts pour les semailles, ils étaient enfouis à la lutte. Seuls, les v ois de mouches des charniers emplissant l'abattoir, épouvantèrent les égorgeurs.

Un instant, on avait espéré dans la paix de la déli vrance, la Marianne de nos pères, la belle, que

disaient-ils, la terré attendait et qu’elle attend tou-

Jours; nous [espérons plus belle encore ayant lant tardé.

Hudes sont les étapes, elles ne seront point éternelles ; ce qui est éternel c’est le progrès, mettant

AVANT-PROPOS

sur l’horizon, un idéal nouveau, quand a été atteint celui qui la veille semblait utopie.

Aussi notre temps horrible eut semblé paradisiaque à ceux qui disputaient aux grands fauves la proie et le repaire.

Comme le temps des cavernes a passé, le nôtre sombrera ; d’hier ou d'aujourd’hui, ils sont aussi morts l’un que l’autre.

Nous aimions en nos veillées des armes parler

des luttes pour la liberté, aussi, à l’heure présente

dans l'attente d’un germinal nouveau, nous dirons

les jours de la Commune et les vingt-cinq ans qui

semblent p us d’un siècle, de l’hécatombe de 71 à *

l’aube qui se lève.

Des temps héroïques commencent ; les foules s’assemblent, comme au printemps les essaims d’abeilles ; les bardes se lèvent chantant l’épopée nouvelle, c’est bien la veillée des armes où parlera

le spectre de mai. j

Londres, 20 mai 1898.

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