‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 4 sur 68 · LE REVEIL · texte numérisé non relu

LE REVEIL

5* , L'ampire sécherait, il tuait à son aiie.

Dans sa chambre, où la seuil trait rôdeur du sang, Il régnait; maïs dans Fait soufflait la Mar$eillûise f Rouge était le soleil levant*

(L. 31. Cotisons des geôles .)

fMns la nuit d’épouvante qui depuis décembre couvrait le troisième empire, la France semblait morte; mais aux époques où les nations dorment comme en ^ es sépulcres, la vie en silence grandit et ramifie; les événements s'appellent, se répondent pareils à des échos : de la même manière qu’une corde en vibrant en fait vibrer une autre.

Des réveils grandioses succèdent à ces morts apparentes alors et éclatent les transformations résultées des lentes évolutions.

Alors des effluves enveloppent les êtres, les groupent, *cs portent, si réellement que l’action semble précéder la volonté; les événements se précipitent, c'est l’heure °n se trempent les cœurs comme dans la fournaise l’acier des épées.

Là-bas, par les cyclones, quand le ciel et la terre sont Une seule nuit, où râlent comme des poitrines humaines les flots lançant, furieuses, aux rochers leurs griffes

blanches d 'échoie, sous les hurlements du vent, on se sent vivre au fond des temps dans les éléments déchaînés.

Par les tourmentes révolutionnaires au contraire l'attirance est en avant.

L’épigraphe de ce chapitre rend l’Impression qu'éprouvaient à la fin de J'empire ceux qui se jetaient dans la lutte pour la liberté.

L’empire s’achevait, il tuait à son aise. i

Dans sa chambre, où le seuil avait l’odeur du sang,

il régnait; mais dans l'air soufflait la Marseillaise*

Rouge était le soleil levant. J

l.a liberté passait sur le monde, l’internationale était sa voix criant par dessus les frontières les revendications des déshérités.

Les complots policiers montraient leur trame ourdie chez Bonaparte : la république romaine égorgée, les expéditions de la Chine et du Mexique découvrant leurs hideux dessous; le souvenir des morts du coup d’état, tout cela, constituait un triste cortège à celui que Victor Hugo appelait Napoléon le Petit : il avait du sang jusqu’au ventre de son cheval.

De partout, en raz marée, la misère montait, et ce n’étaient pas les prêts de la société du prince impérial, qui y pouvaient grand chose; Paris, pourtant, payait pour cette société de lourds impôts, et doit peut- j être encore deux millions.

La terreur entourant l’Elysée en fête, la légende du premier empire, les fameux sept millions de voix arrachés par la peur et la corruption formaient autour ; de Napoléon H1 un rempart réputé inaccessible. j

L’homme aux yeux louches espérait durer toujours, ; le rempart pourtant se trouait de brèches, par celle de ; Sedan enfin passa La révolution.

Nul parmi nous ne pensait alors que rien pût égaler les crimes de l’empire.

Ce temps et ie nôtre se ressemblent suivant l’expression de Hochefoit comme deux gouttes de sang, Dans cet enfer, comme aujourd'hui, les poètes chantaient l’épopée qu’on allait vivre et mourir; les uns en strophes ardentes, les autres avec un rire amer.

Combien de nos chansons d’alors seraient d'actualité. ' : Lj g j

Le pain est cher, l’argent est rare.

Haussmann fait hausser les loyers, he- gouvernement est avare,

Seuls, les rnouchurds sont bien payés !

Fatigués de ce long carême Oui pèse sur les pauvres gens,

11 se pourrait bien, tout de même.

Que nous prenions le inors aux dents !

Dansons la Bonaparte,

Ce n’est pas nous qui régalons,

Dansons la Bonaparte 1 Nous mettrons sur la carie ’V ‘ Des violons.

J.-B. Clément.

Les mots ne faisaient pas peur pour jeter à la face du pouvoir ses ignominies.

La chanson de la Badinguette lit hurler de fureur les bandes impériales.

Amis du pouvoir.

Voulez-vous savoir Comment Badinguette,

D’un coup de baguette.

Devint, par hasard,

Madame César?

La belle au fin fond de l’Espagne

Habitait, 1 •

Ah ! la buveuse de Champagne

Qu'elle était !

Amis du pouvoir, etc.

LA COM MU N K

Que mon peuple crie ou blasphème.

Je m’en fous !

Qui fut mouchard en Angleterre,

Puis bourreau,

Peut bien, sans déroger, se faire

Maquer...

Amis du pouvoir, etc.

Henri Rochefobt.

Parmi les souvenirs joyeux de nos prisons, est la chanson de la Radin guette chantée un soir à pleines voix par cette niasse de prisonnières que nous étions aux chantiers de Versailles; entre les deux lampes fumeuses qui éclairaient nos corps étendus à terre contre les murs.

Les soldats qui nous gardaient et pour qui l’Empire durait encore, eurent à la fois épouvante et fureur. Nous aurions, hurlaient-ils, une punition exemplaire pour insulte à S. M. Y Empereur!

Un autre refrain, celui-là ramassé par la foule, en secouant les loques impériales, avait également le pouvoir de mettre en rage nos vainqueurs.

A deux sous tout Y paquet :

L' pùr', la mer' Iïadingue Et T petit Badinguct I

La conviction de la durée de l’Empire était si forte encore dans 1 “armée de Versailles, que comme certainement bien d’autres, j’en pus lire sur Tordre de mise en jugement qui me fut signifié à la correction de Versailles :

« Vu le rapport et l'avis de M. le rapporteur et les conclusions de M. le Commissaire Impérial , tendant au renvoi devant le 6 e conseil de guerre, etc. »

Le gouvernement ne pensait pas que ce fût la peine de changer la formule.

Longtemps, la résignation des foules à souffrir nous

indigna pendant les dernières années tourmentées de Napoléon El. Nous les enthousiastes de la délivrance, nous la vîmes si longtemps d'avance que notre impatience était plus grande. Des fragments me sont restés de cette époque.

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