‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 32 sur 68 · LA VIE A PARIS · texte numérisé non relu

LA VIE A PARIS

Temps futurs, vision sublime.

Les peuple* solï laor* tie faibime!

Le «îêsert morue est traversé :

Après Jes sables la pelouse.

Et la terre est comme une épouse.

Et l'homme e*t coauuc un fiancé.

(Victor Hugo.)

' ,;i[, 5s rjesp irait ! Ceux qui pendant la marée montante ^garderaient venir les Ilots qui couvriront leur asile, ?° nt dans' une semblable situation. — Lentement, sû- * ei &ent Versailles venait.

L(3s premiers décrets de la Commune avaient été la \ Sll Ppression de la vente des objets du Mont -de- Piété, ^ûoUtîon du budget des cultes et de la conscription; ûri s imaginait alors, on s’imagine peut-être encore, c i Ue le mauvais ménage l’Église et l’État, qui derrière 1 eu v traînent tant de cadavres- pourraient jamais être s ° Parés; c'est ensemble seulement, qu’ils doivent dis-

Paraître.

... * jil confiscation des biens de main moi te. Les ] en- } J ° !1S alimentaires pour les fédérés blesses en coinbatat réversibles à la femme, légitime ou non. à l'en-

fcLUf J ^

' n L reconnu ou non- de tout fédéré tué en combattant.

ei *sailles se chargea par la mort de ces pensions-là. femme, qui demandait contre son mari la sépa- ^ion de corps, appuyée sur des preuves valables, ^ait droit à une ])ension alimentaire.

Éa procédure ordinaire était abolie et l'autorisation ° n née aux parties de se défendre elles-mêmes. *üterdiction de perquisitionner sans mandat régu-

Interdiction du cumul et le maximum des traite* ments fixé à G, 000 francs par an.

Les émoluments des membres de la Commune étaient ! de quinze francs par jour, ce qui était loin d'atteindre

le maximum.

La Commune décida l’organisation d'une chambra

du tribunal civil de Paris,

L’élection des magistrats, l'organisation du jury et le jugement par ses pairs.

On procéda immédiatement à la jouissance des at e * liers abandonnés pour les sociétés de travail.

Le traitement des instituteurs fut fixé à deux mil* 6 francs. ; I 1H

Le renversement de la colonne Vendôme, symbol 6 de force brutale, affirmation du despotisme impérial? fut décidé, ce monument étant attentatoire à la fraternité des peuples.

Plus tard, afin de mettre un terme aux exéeutioi 15 ’ de prisonniers faites par Versailles fut ajouté le décret sur les otages pris parmi les partisans de Versailles :

[ce fut en effet la seule mesure qui ralentit les tuerie 3 de prisonniers ; elle eut lieu tardivement. lorsqu'il devint impossible sans trahir de laisser égorger les le*

dérés prisonniers]. La Commune interdit les amendes ^ dans les ateliers, abolit le serment politique et proie 5 *

sionnel, elle fit appel aux savants, aux inventeurs, au* artistes. Le temps passait toujours, Versailles n’ el1 fl était plus au moment où la cavalerie n’avait que des

ombres de chevaux. M. Thiers choyait, flattait Ÿa.T0 e

dont il avait besoin pour ses hautes et basses œuvres- Les objets déposés au Mont-de-Piété pour moins de vingt-cinq francs furent rendus.

On voulait abolir comme trop pénible le travail d^ nuit dans les boulangeries, mais soit par longue habitude, soit qu il fût réellement plus rude encore dejop fî les boulangers préférèrent continuer comme autrefois

Partout s'agitait une vie intense. Courbet dans un | heureux appel disait : « Chacun se livrant sans en- *aves$ son génie, Paris doublera son importance. Et la ) j e internationale européenne pourra offrir aux arts, ,l industrie, au commerce, aux transactions de toutes ® 0r tcs,aux visiteurs de tous pays un ordre impérissable, {, rdre par lescitoyensqui ne pourra pas être interrompu i )ar les prétextes de prétendants monstrueux. »

Adieu le vieux monde et la diplomatie.

. Paris en effet eut cette année- là une exposition, mais aite par le vieux monde et sa diplomatie, l'exposi* l0n des morts. Plutôt cent mille que trente-cinq mille cadavres furent étendus en une Morgue immense dans e cadre de pierre des fortifications.

, Mais l’art quand même fit ses semailles, la première e Popée le dira.

^a commission fédérale des artistes était ainsi composée :

Peintres.

B°uvin, Corot, Courbet, Daumier, Arnaud, Dursëe

'Ppolyte Dubois, Feyen, Perrin, Armand Gautier, Uck, Jules fereau, Lançon, Gugène Leroux, Edouard auet. François Miiet, Oulevay, Picchio.

Sculpteurs.

Pecquet, Àgénor Chapuy, Dalou, Lagrange, Edouard îadencher, Moreau, Vauthier, Hippolyte Moulin, Otlin, °iievin } Deblezer.

Architectes.

Poil eau fils, Delbroiick, Nicolle, Achille Oudinot, Rau'

lin.

Graveurs lithographes.

Georges Bellanger, Bracquemont, Gi ". Huot, Pothey.

Fl amen g, André

Artistes industriels.

Emile Aubin, Boudiër, Chabert, Cliesneau, FiizieL Meyer, Ottin Üls, Eugène Pottier, Ranber, Rester.

Cette commission fonctionnait depuis le milieu d a ' vril tandis que rassemblée de Versailles propage^ les soi-disant tendances de la Commune à détruire arts, les sciences.

Les musées étaient ouverts au pu bl ic comme jardin des Tuileries et autres aux enfants.

À l’Académie des sciences les savants discutaient rfl

paix, sans s’occuper de la Commune qui ne pesait sur eux.

Thénard, les becquerel père et fils, Elle de beau' mont se réunissaient comme de coutume.

A la séance du 3 avril par exemple, M. Sedïllot e n ' voya une brochure sur le pansement des blessures sui le champ de bataille, le docteur Drouet sur les divers traitements du choléra, ce qui était tout à fait dfactua- 1 i té. tandis que M. Simon Newcombc, un Américain s’éloignait tout à fait du thé:Ure des événements ^ même de la terre en analysant au tableau le mouve*

ment de la lune autour de la terre.

M. Delaunay, lui, rectifiait des erreqrs d’observatio* 1 météorologique sans se préoccuper d’autre chose.

Le docteur Ducaisne s’occupait de la nostalgie n u *' raie sur laquelle les remèdes moraux étaient plus sants que les autres, il aurait pu y joindre les hantise® de peur, la soif de sang, des pouvoirs qui s’écroulent*

Les savants s'occupèrent de tout dans une paix ] |! ' ' fonde, depuis la végétation anormale d’un ognon jacinthe jusqu’aux courants électriques. M. Bourbouz c chimiste, employé à la Sorbonne, avait fait un apr :l * reil électrique, par lequel il télégraphiait sans conducteurs à travers les courtes distances, l’acade* mie des sciences l’avait autorisé à faire des expérir 11 '

CG s entre les ponts sur la Seine, l’eau étant un meile ur conducteur pour l'électricité que la terre.

^expérience réussit, l’appareil fut utilisé au viaduc uAuteuil pour communiquer avec un point de Passy IIU 'esti par les lignes allemandes.

he rapport se terminait par le récit d’une seconde ex périmentation laite dans un aérostat afin de recevoir ' e s messages envoyés d Auteuil, par M. Bourbouze, le Wallon fut entraîné par lèvent, un peu moins loin, il e st vrai, que celui d’Andrée fut entraîné de nos jours.

M. Chevreul, d’une voix un peu cassée, déclarait d^e tout en n’étant pas partisan absolu de la classification radiai re- il reconnaissait l’importance des études e bab biologiques.

On parla de tant et tant de choses, par exemple de ta matière noire des météorites, de la reproduction de érents types par le degré de chaleur, auquel est soumise la matière, M. Chevreul encore, s’occupa des mélanges de constitutions semblables, dont les effets sont différents, de la nécessité de ne pas se borner aux Phénomènes extérieurs des corps, tandis que la chimie Cs t indispensable : que le jour ou Versailles, au nom de * ordre, apporta la* mort dans Paris, on était retourné duns j es astres à propos de quelques nouveaux termes ou coefficient de l’équateur titulaire de la lune, ce ;’ut, Ju crois, la dernière séance.

Partout, des cours étaient ouverts, répondant à l’a rueur de la jeunesse.

On voulait tout à la fois, arts, sciences, littérature, découvertes, la vie flamboyait. On avait hâte de s'échapper du vieux monde.

h * ATTAQUE DE VERSAILLES — RÉCIT INÉDIT DE LA -MORT DE FLÛÜHENS PAR HECTOR FRANCE ET CIPBIÀNI

lb conviaient l& monde à l aagnste haltiU 6 ?

A Fenivrement des hauts faits,

Et Itii montraient passant à travers la mUïfli** 0 Les grands arbres de la poix*

(Victor Hcgü.)

Comme on avait voulu légaliser, par le suffrage, h* nomination des membres de la Commune, on voulut attendre l'attaque de Versailles, sous prétexte de n e pas provoquer à la guerre civile sous les yeux de l’en* nemi, comme si le seul ennemi des peuples n était p aS leurs tyrans!

Quand les généraux, attentifs cette fois, jugèrent qu'il ne manquait ni un bouton de guêtre, ni ram* lement d’un sabre, Versailles attaqua.

Toutes les meutes d’esclaves hurlant leurs douleurs sous le fouet, en rendaient responsable la Commune se liguant avec leurs maîtres.

L'habitude d’attendre des ordres est telle encore chez le troupeau humain que ceux qui, dès le 49 mar» criaient à Versailles, Montmartre, Belleville, toute une armée ardente n'eurent pas l’idée, armés comme il® l'auraient pu, de s’assembler et de partir. Qui sait si en pareille occasion on ne le ferait point encore?

Le 2 avril, vers six heures du matin, i ’aris fut éveil le

par le canon.

On crut d’abord à quelque fête des Prussiens q u * entouraient Paris, mais bientôt la vérité fut connue • Versailles attaquait.

Les premières victimes furent les élèves d un pen* sionnat de Neuilly [(sur la porte d'une église ou san»

,] °ute elles allaient prier pour M. Thiers et l’Assemblée Nationale). Le canon frappait à la volée. Le Dieu des Massacreurs a la coutume de reconnaître les siens ; surtout quand il n’est plus temps.

Deux armées en marche sur Paris, l’une par .Montre- MtU et Vaucresson, l’autre par Rueil et Nanterre, se punirent au rond point des Bergers, surprirent et égor- Sércnt les fédérés à Courbevoie. Après avoir d'abord j'ficiiléj les fédérés, qui restaient vivants, soutenus par ’rancs-tireurs garibaldiens se replièrent. Le soir Même, Courbevoie était repris. On y trouva rangés Sur le quai les cadavres des prisonniers.

Cette fois Ja sortie fut immédiatement décidée.

Ces armées de la Commune se mirent en marche le ^ av ril à 4 heures du matin.

Dergeret, Flourens et Ranvier commandant du côté Üont-Valérien, que toujours on croyait neutre; Mdes et Duval du côté de Clamart et de Meudon, on allait à Versailles.

Tout à coup le fort s'enveloppe de fumée, la mitraille P le ut sur les fédérés.

avons raconté que le commandant du Mont- "rien ayant promis à Lui lier, envoyé par le comité Entrai, la neutralité de ce fort, s'était empressé d'en ^revenir M. Thiers qui, afin qu'un officier de l’armée ran çaise ne manquât pas à sa parole, l’avait tout simplement remplacé par un autre qui n’avait rien promis; e &it cet autre qui le matin avait commencé le ;èu.

Ta petite armée, sous la conduite de Flourens avec Tîpriani comme chef d'état -major se sépara au pont de ^uillv, Flourens prit par le quai de Puteaux, vers ;l°ntretout, Bergeret par l’avenue de Saint-Germain ' fir s Nanterre, ils devaient se réunir à Rueil, avec à P e ü près quinze mille hommes, et malgré la catastro- Pj 10 du AÎont-Yalérien la plupart des fédérés poursuivent leur marche vers le point de jonction.-

l.X COMMUNE

Quelques-uns, égarés dans les champs, autour du Mont-Valérien, rentrèrent à Paris seul à seul, les deu* corps d'armée se rencontrèrent à llueil, où ils soutiU' rent le feu du Mont-Valérien, qui tonnait toujours.

Seulement quand la terre fut rouverte de mort?* ceux qui restaient se débandèrent.

Les Versaillais établirent, au rond point de Courbevoie, une batterie qui mitraillait le pont de Neuilly*

Un grand nombre de fédérés avaient été faits prî'sonniers.

Gallifet, au moment même où Versailles ouvrait u’ feu, envoyait la circulaire suivante, ne laissant uucuu doute sur ses intentions et celles du .gouvernement.

« La guerre a été dédorée par les bandes de Pans.

■» Hier et aujourd’hui, elles m’ont tué mes soldats-

» C’est une guerre sans trêve ni pitié que je décl» 1>e à ces assassins.

» J’ai dû faire un exemple ce matin, quil soit sà* ü ' taire ! Je désire ne pas être réduit de nouveau » 11110 pareille extrémité.

» N 'oubliez pas que le pays, que la loi, que le clroio par conséquent sont à Versailles et à l’Assemblée n»' Uonale, et non pas avec la grotesque assemblée <l ul s’intitule Commune.

» Le général commandant la brigade,

» Gallifet. »

3 avril 1 S 7 1 .

C’est à la mairie de Itueil que Gallifet écrivit cel^ ( proclamation, sans même prendre le temps d’essuY 61

le sang dont il était couvert.

Le crieur qui la lisait, entre deux roulements

tambour dans les rues de Rucil et de Chatou, ajout» 1 par ordre supérieur : « Le président de la commission municipale de Chatou prévient les habitants dans 1 ,IVf térêt de leur sécurité, que ceux qui donneraient a» 1 ' 1

a ux ennemis dé 1 assemblée, se rendraient passibles des lois de la guerre. » Ce président se nommait Laubeuf.

Et les bonnes gens de Itueil. Chaton el antres lieux, tenant à deux mains leur tète pour s'assurer qu’elle ^nait encore sur leurs épaules- regardaient s’il ne lassait pas quelque fugitif de la bataille pour le livrer a ^ ersailles.

Le corps d’année de Duval combattait depuis le ^atin, contre dos détachements de l'armée régulière, 1 «unis à des sergents de ville: ils ne battirent en retraite Sü r Châltilon ij u après un véritable massacre.

Duval, deux de ses officiers et un certain nombre de fédérés, faits prisonniers, furent presque tous fusillés 1« lendemain matin, avec des soldats passés à la Commune et à qui on arrachait leurs galons avant de les lettre à- mort.

Le 4 avril au matin, la brigade Uéroja et le général ï^llé tenaient le plateau de Châtillon;

Sur la promesse du générai, d'avoir la vie sauve, fédérés enveloppés sc rendent. Aussitôt les soldats ^connus sont fusillés, les autres envoyés à V ersailles nc cablés d’outrages.

En chemin. Vinov les rencontre, et n'osant tout lu-

MJ

3 • Her après la promesse de Pelle, il demande s'il y a des chefs.

H) lu val sort des rangs. — Moi, dit-il. Son chef d'étattnajoret le commandant des volontaires de Montrouge, sortent également des rangs et vont se ranger près de

lui.

— - Vous êtes d’affreuses canailles! crie Vinov. 11 ordonne de les fusiller.

Ils s'adossent d'eux-mêmes contre un mur. se serrent u main et tombent en criant : Vive la Commune !

En Versaiiiais vole les bottes de Duval et les promène : l’habitude Je déchausser les morts de laComhhïiie était générale dans l’armée de Versailles.

Vînoy disait le lendemain : Les fédérés se sont ren* dus à discrétion, leur chef, un nommé Duval, fut tue dans l'affaire ; un autre ajoutait : ces bandits meurent avec une soi'te de jactance.

Les créatures hideuses de férocité, vêtues avec lu* c et venant on ne sait d’où, qui insultaient les prison* niers et du bout de leurs ombrelles fouillaient les yen* des morts apparurent dès les premières rencontres- à la suite de l'armée de Versailles.

Avides de sang comme des goules, elles étaient en proie àdes rages de mort; il yen eut, disait-on, de tous les mondes, descendues par d’immondes appétits, pervert i es par les filières de la société, elles étaient monstrueuses et irresponsables comme des louves.

Parmi les assassins de Paris prisonniers, dont Ver* sailles salua l'arrivée par des hurlements de mort, étai 1 le géographe Elisée Reclus. Lui et ses compagnons furent envoyés à Satory d’où on les expédia aux pontons dans des vagons à bestiaux.

Nuis n’étant autant trompés que les soldats, chair a mensonge autant que chair h canon, tous ceux q ul avaient habité Versailles, avaient le cerveau imprégï* 0 de contes de banditisme et d’entente avec les Prussiens, à l'aide desquels l’armée fut employée à des œuvres de sauvagerie incroyables.

Le récit des derniers instants eide la mort de Flou* rens me fut donné à Londres, l'an dernier par Hector France qui, le dernier de nos camarades, vit Floiiren 5 vivant et par Amilcare Cipriani, son compagnon d'armes et le seul témoin de sa mort pour être pubii® dans cette histoire.

« J'étais, dit Hector France, avec Flourens depuis ^ veille, il m’avait pris pour aide de camp et je Fava> ? rejoint à la porte Maillot où les bataillons fédérés étaient rassemblés pour la sortie.

» Nous passâmes la nuit sans dormir, il y eut conseil

tl uquel assistèrent'tous les capitaines de compagnies ; je rev îns avec Fiourens tout au petit jour, les fédérés a ‘ignés le long du chemin et lui à cheval.

, » On se mit en marche. Arrivés au pont les traverses étaient enlevées : les canons ni les omnibus ni aucun Ciicule ne pouvaient passer. Fiourens me dit :

J> — Prenez les canons et les autres munitions et laites le tour par l'autre pont.

8 11 fallait passer sous le Mont-Valérien qui commenà tirer sur ie corps d'armée de Bergeret dont je lc Ucontrai des bataillons qui se repliaient sur Paris.

8 Je continuais ma route criant: A Versailles, à Yer- &a ‘Ues, mais ne sachant plus quel chemin prendre je ms obligé de le demander à un employé du chemin de il me répondit qu'il ne le savait pas, mais lui ayant mis mon revolver sur le front, il me l'indiqua. Je sui-

vis au grand galop avec trois canons et des omnibus de munitions conduits par des fédérés. Les canons étaient mutiés par des artilleurs et nous avions avec nous une mi-compagnie de gardes nationaux que Fiourens av ait chargés de les escorter; mais ne pouvant sui- Vle au pas de course, ils restèrent en route.

8 Aous passâmes sous un fort qui ne cessait de tirer. ” Je rejoignis Fiourens sans accident il quelque disde Chatou ; il m'envoya aussitôt prévenir Bergeret mon arrivée et lui demander de se concentrer avec

lui.

8 C'est alors que les obus du Y’ont-Yalérien commencent à pleuvoir sur Chatou.

8 Quand je revins rendre compte A Fiourens de ma mission près de Bergeret, je le trouvai entouré de 1 Ipriani et d’une foule d'officiers et de simples gardes les accablaient d'invectives, se croyant trahis. Les ol >us commençaient à tomber sur le village et c'est ce ^ui les exaspérait.

» Fiourens se voyant en butte à tant de reproches

descendit de cheval et, sans mot dire, très pâle, se dirigea vers la campagne; je lis part de mes appréhensions à Ci pria ni en lui disant :

» — Vous le connaissez mieux que moi, suivez-leet empcchez-le de faire un mauvais coup.

» i upriani mit pied à terre et suivit Flourens qui déjà était loin.

» .le restais seu l ù cheval, lorsqu 'après un obus q 111 éclata tuant plusieurs fédérés, toute leur colère fi® tourna sur moi qui avais gardé mon uniforme d 'officier de chasseurs à cheval, ils me traitèrent de traître, iic Yersaillais, disant qu'ii fallait me faire mon affaire de suite. Heureusement, les artilleurs que j’avais emmenés et dont plusieurs avaient gardé comme moi leur pantalon de troupe prirent ma défense et calmèrent la colère des fédérés. Pendant ce temps, les obus ne cessèrent de pleuvoir. On me dit :

» — Puisque vous clés moulé, allez voir où est Flourens.

» .le partis au galop dans la direction qu’il avait suivie.

» Après avoir traversé quelques champs, j’arrivai dans des ruelles désertes où je ne vis qu’une vieille dame assise ù une fenêtre: je lui demandai si elle avait vu passer deux officiers supérieurs de la garde nationale, elle ‘me répondît : — C’est Flourens que vous cherchez. Sur ma réponse affirmative, elle m’indiqua une maison complètement close, je frappai à la porte et aux portes voisines, mais je n'eus aucune réponse.

» Je revins au galop vers les fédérés ; on apercevait à quelque distanced’une part le corps d'armée de liergeret, descendant la colline pour rentrer dans Paris, de l’autre beaucoup plus loin les avant-gardes de Versailles qui avançaient avec les plus grandes précautions-

» ! ,e premier cri des fédérés fut : — Où est Flourens- (Ju’est-ce que nous allons faire ? D’un geste je leur

LA COMMUNE lbl

foutrai te corps d'armée de Berge ret et je dis : — ^uivons-les, replions-nous. » Ils firent ainsi. Je restais c dernier h plus de deux cents mètres, regardant toujours si Flourens revenait.

” Bientôt dans les champs, de tous cotés, dans les in| issons, dans les haies partirent des coups de fusil sur

nous.

» La bataille était perdue ; un grand nombre de fédér ° s tués ou emmenés par l'ennemi pour être fusillés et

10 u rens aussi était perdu.

« Hector France. »

Les suprêmes détails donnés par Cipriani sur les deniers instants de la vie de Flourens composent la seconde partie de la lugubre odyssée.

« Le n'est pas, dit Cipriani, de la vie de Flourens ( lue j’ai à m’occuper; mais de sa mort tragique, véritable assassinat froidement commis par le capitaine de gendarmerie Desmarets.

C'était le 3 avril 1871. La Commune de 1‘aris. a yunt décidé une sortie en masse contre les soldats de a réaction qui ne cessaient de fusiller sommairement les fédérés pris hors de Paris, Flourens avait reçu ' °rdre de se rendre à Chatou et d'y attendre Durai et Bergerel. qui devaient attaquer les Versai liais à CM- Lllon et faire la jonction pour marcher sur Versailles

en déloger les traîtres.

n Flourens arriva à Chatou vers trois heures de ^après-midi: là, il apprit la défaite de Duval et de Bcii'eret à Chûtillon et au pont de Neuilly.

0 Durai avait été pris et fusillé : cet échec des fc- ’^cés rendait la position de Flourens non seulement difficile, mais intenable.

>J Sur sa gauche, les fédérés en fuite et poursuivis

par l’année de Versailles qui, par un mouvement tour*

lia nt, cherchait à nous cerner.

» Derrière nous le fort du Mont- A'alé rien qui, par ^ crédulité de Lui lier, était tombé entre les mains de nos ennemis et nous faisait beaucoup de mal.

» II était urgent de sortir de Chaton et do se repli * 31 sur Nanterre; si nous ne voulions pas être coupés fit pr is comme dans une souricière, il fallait former un® seconde ligne de bataille qui nous dégageât de tout® surprise.

» Les fédérés ayant marché toute la journée étaient harassés et affamés; ce n’était donc pas dans un P 11 ' reil étal que l'on pouvait, à trois heures de l’aprè»' midi, engager un combat contre un ennemi rendu hardi par le succès de Châtillon.

» Tout, donc, exigeait dé se replier sur Nanterr® afin de pouvoir le lendemain matin, avec des troupe fraîches arrivées de Paris, s'emparer des hauteurs de Buzenval et de. Montre tout et marcher sur Versailles-

» Moi, en ma qualité d'ami de Flourens et comme

chef d état -major de la colonne, je soumis ce plan a Flourens et à Bergeret qui était venu nous rejoindra? celui-ci l’approuva; Flourens me répondit :

— Moi, je ne bats pas en retraite.

— Mon ami, lui dis-je, ce n'est pas une retraite et encore moins une fuite; c’est une mesure de'prudcucC; si vous aimez mieux, qui nous est imposée par tout ce que je vous ai déjà exposé.

» Il me répondit par un signe affirmatif de la tétc-

» Je priai Bergeret de prendre la tétc de la colonne» Flourens. le centre» eL moi, je restais le dernier pom faire évacuer complètement Ghatou .

» fout le monde était en marche, je revins sous I*a r ' cade du chemin de fer, où je m'étais entretenu avec Bergeret et Flourens, j'y trouvai celui-ci toujours a cheval, à la même place, pâle, morne, silencieux.

» A ma demande de nous mettre en route il refusa et, descendant de cheval, il confia sa mouture à des ga r '

nationaux qui se trouvaient là," et il se mit à mur-

• er sur îe bord de là rivière.

, “ Je lui fis observer qu'en nia double qualité d ami lr Uirne et de chef d’état- major do la colonne, je ne pou-

dls ni ne devais l'abandonner dans un endroit qui al- ‘ '"‘d être envahi par l'armée de Versailles, que j’étais

I) 1(511 décidé à ne pas le quitter et que je resterais ou l )tl riirai s avec lui.

* Fatigué, il s'étendit sur l’herbe et s'endormit profondément.

** Assis à côté île lui. je voyais au loin les cavaliers e Versailles caracolant dans la plaine et s’avançant

vér s Chatou.

“U était de mon devoir de tout tenter [jour sauver aini et le chef aimé de la foule.

"Je l’éveillai et le priai de ne pas rester là où il fait prisonnier comme un enfant :

* — Votre place n'est pas ici. lui dis-je. c’est à la le de votre colonne: si vous êtes fatigué de la vie,

] te|-vous tuer demain matin dans la bataille que

J) f)ll s engagerons à la tête des hommes qui vous ont ^ IJlv > jusqu’ici par sympathie, par amour.

" ^ous ne voulez pas vous retirer, dites-vous, la dé- ; e|, tidn est pire qu’une simple retraite: en rentrant

loi

j » v ou s désertez, vous faites pire! vous trahissez la Solution qui attend tout de vous.

H se leva, me donna le bras: — Allons, dit-il.

. aller, c'était facile à dire, presque impossible ,l foire sans être vus et guettés par l’armée de -Vera, Ifo$ qui cernait presque le village où nous étions, j n II était indispensable de nous cacher et d’attendre ' tombée de la nuit pour rejoindre nos troupes àX&n-

t^rre,

Jl En arrivant sur le quai de Chatou. nous entrâmes j dr| s une petite maisonnette, une sorte de cabaret ■dé par un terrain vague, qui portait le n° 21. Xous

demandâmes à la maîtresse du logis si elle avait chambre à nous donner ; eüe nous conduisit au p lC ' mier étage.

» L’ameublement de cette chambre se composé ■ d un lit, ù droite en entrant, une commode, à gauch 1 ’? au milieu, une petite table.

,J Fl o tire ns, sitôt entré, déposa sur la commode soi 1 sabre, son revolver et son képi et se je La sur le Ht

il s'endormit.

» Je me mis à la fenêtre, la persienne fermée, p° tJl guetter. . |

» Quelques instants après, j'éveillai éjacore Flour^ 3 pour lui demander s'il consentait à ce que j’envoh quel q u un en exploration pour savoir si la route de Nanterre était libre.

» 11 y consentit, je fis monter la maîtresse de ^ maison A qui je demandai si elle avait quelqu’un P° ul faire une course.

— J ai mon mari* dît-elle.

— Faites-le monter, lui dis-je.

» C'était je crois, un paysan ; je le priai de s’assui’ 0 * si la route de Nanterre était libre et de revenir de suit e

nous rendre la réponse, en lui promettant vingt frâp c& j pour son dérangement. Cet homme s'appelait Lccoip » H partit, j’allumai un cigare et je repris ma pl aL ° derrière la persienne.

M Cinq minutes après, je vis débusquer sur la droil° d une petite rue qui donnait sur la rue de Nanterre ul J

sous-lieutenant d'état-major à cheval qui regardé attentivement du coté où nous étions.

» Je communiquai le fait ù Flou rens et je rep* 13

encore mon poste d’observation à la fenêtre.

» C officier avait disparu. Quelques minutes ap 1 ^’ 5 ’ du même côté, je vis arriver un gendarme.

» Puis, venant vers notre demeure et comme fy homme sûr de son fait, il se pencha un instant d& ll! *

terrain vague qui se trouvait devant la maison pour v °iï* dans la même rue une quarantaine de gendarmes ( Iui le suivaient. J’allai vers Flourens et lui dis .

)} — • Les gendarmes sont devant la maison.

» — Que faire ? dit-il, ne pas nous rendre, mille

dieux!

i il d’ chose. Occupez-vous de

» — Ma foi. dis-je, pas g ^ fenêtre, je me charge de la porte et je pris la maille de la main gauche, mon revolver de la droite.

» Au même moment quelqu'un du dehors cherchait il e ntrer.

» J’ouvris et me trouvai lace à face avec un genflûrine, le revolver braqué sur moi.

» Sans lui laisser le temps de tirer, je lui déchargeai k mien en pleine poitrine. Le gendarme blessé se préc 'pita dans l’escalier en appelant aux armes.

® Je lé poursuivis et dans la salle d en bas je tombai îlli milieu des autres gendarmes qui montaient.

11 Je fus terrassé à coups de baïonnette et de cios^e de fusil.

w J’avais la tète fracassée en deux endroits, la jambe droite percée de coups de baïonnette, les bras

e sque rompus, une côte enfoncée, la poitrine abîmée d° coups, je perdais le sang par la bouche, les oreilles,

nez, j'étais à moitié mort.

» Tandis que l'on m’arrangeait de la sorte, des gendarmes étaient montés dans la chambre et avaient arrêté Flourens.

*> On ne l’avait pas reconnu. En passant devant moi, d me vit à terre couvert de sang et s’écria : — O mon pauvre Cipriani !

)} m me lit lever et je suivis mon ami.

» (in le fit arrêter à la sortie de la maison et je Ve slai en compagnie des gendarmes à l’entrée du terr ain vague.

n ' lourens ayant été fouillé- on trouva dans sa ]" "d •

une lettre ou dépêche adressée au général Mourons.

» Jusque-là il avait été traité avec certains égards» mais alors la scène changea.

» Tous se mirent à l'insulter en criant : — (Test Mourcns. nous le tenons, cette fois il ne nous échap* pera pas.

» Au même instant arrivait un capitaine de gendar* rnerie à cheval. Ayant demandé quel était cet honunc,

on lui répondit en poussant des cris sauvages : — 1 C’est Mourais.

» Celui-ci se tenait debout lier, sa belle tête décfijn- \ertc, les bras croisés sur la poitrine.

” Ce capitaine de gendarmerie avait Flouréns à l< 1 droite, il le dominait de toute sa hauteur et lui adressant la parole d’un ton brusque et arrogant il demanda : . d

~~ C'est vous Flourous?

- Oui, dit' il.

~ C est vous qui avez blessé mes gendarmes.

- Non, répondit encore Flouréns.

— Menteur, vociféra ce. gredin, et d’un coup de

sabre appliqué avec I habileté d’üh bourreau ü !lî

fendit la tête en deux, puis partit au grand galop.

M C assassin de Flouréns se nommait le eapitairt 1 ’ Desmarets.

n Mourcns sc débattait à terre affreusement, un

gendarme en ricanant dit : — C’est moi qui vais bd

luire sauter la cervelle, — -lui ayant applique le canon

de son fusil dans l’oreille, Flouréns resta immobile, d était mort.

0 Ici J e devrais m'arrêter, mais bien d’autres oui ■' ges attendaient à Versailles le cadavre de ce grand

penseur révolutionnaire, si je ne les avais vus de nu 7 -

propres yeux, je n’y croirais pas.

» J1 nsi donc indispensable que je conduise le lecteui a \ersailies, la ville infâme et maudite, pour racont® 1 *

f cs faits jusqu’au moment où on me sépara du cadavre Flourens.

n Mon ami avait cessé de souffrir, nia grande soûlfiance commençait en ce moment.

n Le meurtrier de Flourens parti, je restai à la nici'ci des gendarmes qui hurlaient comme des hyènes Autour de moi.

» ! >n me fit lever et on me plaça debout à côté du cadavre de Flourens pour être fusillé.

£ Un des gendarmes eut l’idée de m’adresser a Parole, lui ayant répondu avec horreur et dégoût, il fit Pouvoir sur moi nous une avalanche de coups et d'iusultes.

» Ce contre-temps me sauva la vie; un sou s- lieutenant de gendarmerie passant par 11 demanda qui j'étais.

» — C'est l’aide- de-camp de Flourens, répondirent les gendarmes, c’est pour cela que je sais connu avec ce titre.

» — C'est malheureux, dit le sous-lieutenant, ce n'éf'dt pas ici qu’il fallait le tuer, mais le fusiller à Ver-

Ailles.

» En parlant de moi il dit : — Garrottez ce coquin connue il faut, on le fusillera demain à Versailles avec ‘^autres canailles que nous avons faits prisonniers.

» -le fus sol idement garrotté comme i 1 l’avait ordonné ; 0| i me lit venir un tombereau avec du fumier, on me

*l e tu sur les jambes le cadavre de mon pauvre ami.

» Nous nous mîmes en route pour Versailles au Milieu d’un escadron de gendarmes à cheval.

» La nouvelle de l'arrivée de Flourens nous avait

Précédés.

» A la porte était un régiment de soldats qui ignorant sa mort tiraient les baguettes de leurs fusils pour llie frapper.

» Nous arrivâmes au milieu d'une population ivre et féroce qui hurlait : A mort, à mort!

» A la préfecture de police je fus mis dans une chambre avec le cadavre de Flourens à mes pieds.

» Des créatures élégamment vêtues, la plus grande partie en compagnie d'ofliciers de l’armée, venaient toutes souriantes voir le cadavre de Flourens* il ne leur faisait plus peur ; d’une façon infâme et làcHc, elles fouillaient du bout de leurs ombrelles ïa cervelle

de ce mort.

» Dans la nuit jè fus séparé jamais des restes san*

glauts de ce pauvre et cher ami et renfermé dans les caves.

» Ainsi fut assassiné et outragé après sa mort Gus- , ^ lve Mourons par les bandits de Versailles.

» Amiicarc Cipuiaxi. »

Flourens eut- il la vision de l'hécatombe d’après les premières horreurs commises par l’armée de Versai!' les? jugea-t-il, combien les hommes de la Commune? ainsi que lui confiants- généreux, épris des luttes héroïques, étaient vaincus d’avance, par les trahisons,

1 infâme politique de mensonge suivie par le gouvernement?

.le faisais partie à cette sortie du 61 e bataillon de

marche de Montmartre, corps d'armée d'Eudes, et j'àurais pu vérifier si je n'en eusse été sûre déjà, que ni la crainte de mourir, ni celle de donner la mort, mais 1 appel de l’idée à travers la mise en scène grandiose d une lutte armée restent dans la pensée.

Après avoir pris les Moulineaux, on entra au fort d Issy, où t un de nous eut la tète emportée d'un obus-

Eudes et son état-major s’établirent au couvent des Jésuites à Issy.

Deux ou trois jours après, drapeau rouge déployé, venaient nous retrouver une vingtaine de femmes parmi lesquelles Beatrix Excofions, Malvina Poulain, Mariai)! Fernandez, mesdames Uoullé, Danguet, Quartier.

Les voyant arriver ainsi,

saluèrent.

les fédérés réunis au fort

Suivant l’appel que nous avions publie dans les journaux, elles pansaient les blessés sur le champ de bataille et souvent ramassèrent le fusil d’un mort.

H en fut ainsi de plusieurs caniimères : Marie Sehinid, Madame La chai se, madame A ictorine Ïtouchy, des turcos de la Commune, déjà citées.

-Alises à l’ordre du jour de leurs bataillons, une cantinière des enfants perdus tuée comme un soldat, et

tant d’autres que si on les nommait toutes le volume

serait plus que rempli.

J'étais souvent avec les ambulancières venues nous

retrouver au fort dlssy, mais plus souvent encore avec *nes camarades des compagnies de marche; ayant commencé avec eux. j’v restais et je crois que je n étais lias un mauvais soldat. La note du journal ofiieiel de la Commune à propos des Mon 1 ineaux au 3 avril numéro du 10 avril 71 était exacte. — Dans les rangs de 61 e bataillon combattait une femme énergique, elle a tué plusieurs gendarmes et gardiens de la paix. Lorsque le 61 e rentrait pour quelques jours j’allais avec d’autres je n’aurais voulu pour rien au monde Quitter les compagnies de marche et depuis le 8 a\ j il .iusqiPà la semaine de mai je ne passai a Paris que deux fois une demi journée. Ainsi j'eus pour compagnons d’armes les enfants perdus dans les hautes bruyères, les artilleurs à Issy'ct a Neuilly, les éclaireurs de Montmartre, ainsi je vis combien furent braves les armées de la Commune, combien mes amis Eudes, Janvier, La CeciUia, Dombwroski . comptèrent leur

y le pour peu.

LÀ COMMUEE

sou ve: n ni s

Hue fii n fii re porme ait fond du nair oijstêrfl Et bien d'anire» y vaut que je ntronrer*i.

Ecoutez, un cutcnil des j nas lourds aur la terre , C'est une étape b tirai ne» avec ceux-là j'irai*

(U 31 * — Le Voyage*)

J avais écrit a abord ce volume sans rien raconter de moi; sur l'observation de mes arnig, j'ai ajoïjt® quelques épisodes personnels aux premiers chapitres malgré l’ennui que j’en éprouvais; puis il s’est produit un effet tout opposé : en avançant dans le récit, j’ai aimé à revivre ce temps de la lutte pour la liberté) qui fut ma véritable existence, et j’ai me aujourd'hui à l’y laisser mêlée.

C est pourquoi je regarde au fond de ma pensée comine en une suite île tableaux où passent ensemble des milliers d'existences humaines disparues à jamais.

Amis voici au Champ-de-Mars, les armes en faisceaux, la nuit est belle. Vers trois heures du matin, on part, croyant aller jusqu’à Versailles, .le parle avec le vieux bonis Moreau qui, lui aussi, est heureux de partir; d ma donné en place de mon vieux fusil une petite carabine ïtemington ; pour la première fois j'ai une bonne arme quoiqu’on la dise peu sûre, ce qui n’est pas vrai. Je raconte les mensonges que j’ai dits à rue mere pour quelle ne soit pas inquiète, toutes mes précautions sont prises, j’ai dans ma poche des lettres toutes prêtes pour lui donner des nouvelles rassurantes, ce sera daté de plus tard; je lui dis qu'on a eu besoin de moi dans une ambulance, que j irai à Mont' maître à la première occasion.

Pauvre femme, combien je l’aimais! Combien je lui

<Hais reconnaissante de la complète liberté qu'elle me hissait d'agir en conscience, et comme j'aurais voulu u * épargner les mauvais jours qu'elle eut si souvent!

bes camarades de Montmartre sont là, on est sûr ‘ Cs uns des autres, sûr aussi de ceux qui commandent.

Maintenant on se tait, c'est la lutte; il y a une Montée où je cours en avant, criant : A Versailles ! Versailles! Razoua me jette son sabre pour rallier. ^ ,j us nous serrons la main en haut sous une pluie de i }r< ‘jecliles, le ciel est en l’eu, personne n’est blessé.

On se déploie en tirailleurs dans des champs pleins petites souches, mais on dirait que nous avons déjà fait ce métier-là.

, \oici les Moulineàux, les gendarmes ne tiennent pas c oinii le on pensait; on croit aller plus loin, mais non, (lt va passer la nuit les uns au fort, les autres au cou- V(i «t des jésuites. Nous qui croyions aller plus loin, ceux de Montmartre et moi, nous pleurons de rage; Parlant on a confiance. Eudes ni Ranvier, ni les auto 1 ® s, ne s’attarderaient pas à rester sans une raison liia jeure. On nous en dit des raisons, mais nous n écoutons pas. Bn|n on reprend espérance ; il y a mainteri;iI U des canons au fort d'Issy, ce sera bonne besogne ( fc s’y maintenir. On était parti avec d'étranges ma- "Ûions (restes du siège), des pièces de douze pour des Mulets de vingt-quatre.

Maintenant passent comme des ombres ceux qui ctaiènt là dans la grande salle du bas au couvent : J, ides, les frères May, les frères Caria, trois vieux, Graves comme des héros, le père Moreau, le père

pi *

vue valet, le père Caria, Razoua, des fédérés de Montmartre; un nègre d'un noir de jais, avec des dents ^anches pointues comme celles des fauves; il est très b°n, très intelligent et très brave; un ancien zouave Pontifical converti à la Commune.

Ces jésuites sont partis, à part un vieux qui n*a pas

1 0 - L A COM M U y E

peur, dit-il, de la Commune et qui reste tranquille* ment dans sa chambre, et le cuisinier qui, je ne sais pourquoi, me fait penser à frère Jean des Eutomures* Ces tableaux qui ornent les murs ne valent pas deux sous, a part un portrait qui donne bien l’idée d'un caractère, il ressemblé à Méphistophëlès, ce doiL être quelque directeur des jésuiLes; il y a aussi une adoration des Mages dont l’un ressemble, en laid, à notre

fédéré noir, des tableaux de chronologie sainte et autres bêtises.

Ce fort est magnifique, une forteresse spectrale, mordue eu haut par les Prussiens et à qui cette brèche va bien. J y passe une bonne partie du temps avec lc g artilleurs, nous y recevons la visite de Victorine Bu* des, 1 une de mes amies de longtemps quoiqu’elle suit bien jeune; elle aussi ne tire pas mal.

^ici les femmes avec leur drapeau rouge percé de balles que saluent les fédérés; elles établissent une ambulance an tort, d où les blessés sont, dirigés sur celle» de Paris, mieux agencées. Nous nous disséminons, afin d être plus utiles; moi je m'en vais à la gare de Clàmart, battue en brèche toutes les nuits par l’artillc' rie versa illaise. On va au tort d’Issy par une petite montée entre des haies, le chemin est tout Henri de violettes qu 'écrasent les obus.

^ nlJ - proche est le moulin de pierre, souvent norne sommes pas assez de monde dans les tranchées de Clama rt. Si le canon du fort ne nous soutenait p y »une surprise serait possible; les Versaillais ont toujours ignoré combien on était peu.

Une nuit même, je ne sais plus comment, il arrivé que nous étions deux seulement dans la tranchée de* vaut la gare: l’ancien zouave pontifical et moi avec deux fusils chargés, c’était toujours de quoi prévenir- Nous eûmes la chance incroyable que la gare ne fut pas attaquée cette nuit-là. Comme nous allions et

Unions dans Ut tranchée? il me dit en me rencontrai! i :

' — Quel effet vous fait la vie que nous menons?

— Mais, dis-je . l'effet de voir devant nous une rive

u laquelle il faut atteindre.

— Moi. reprit-il, fa nie fait l’ellet de lire un livre avec des images.

Nous continuâmes à parcourir la tranchée dans le silence des Versaillais sur Clâmart.

Quand Lisbonne vint Je matin amenant du monde,

11 fut à la fois content et furieux, secouant ses cheveux & ûus les balles qui recommençaient à siffler ainsi qu'il e ut chassé des mouches importunes.

h y eut à Clamart une escarmouche de nuit dans le cimetière, à travers les tombes éclairées tout à coup f l une lueur, puis retombant sous la seule clarté de la lune qui faisait voir, tout blancs, pareils des fantômes, les monuments derrière lesquels partait le rapide éclair des fusils.

Une expédition, de nuit aussi, avec Berceau, de ce même côté; ceux qui nous avaient quittés d abord, Avenant nous joindre sous le leu de Versailles, avec lie fois plus de danger.

Je revois tout cela comme en un songe dans le pays la rêve, du rêve de la liberté.

Un étudiant, nullement de nos idées, mais bien moins mcore du côté de Versailles, était venu à Clamart aire le coup de feu, surtout pour vérifier ses calculs >ur les probabilités.

U avait apporté un volume de Baudelaire dont nous j

—ns quelques pages quand on avait le temps.

Un jour que plusieurs fédérés, de suite, avaient été [‘uppés d’un obus à la même place, une petite plate- Jrme au milieu d'une tranchée, il voulut vérifier doucement ses calculs, et m’invita à prendre avec lui une Bisse de café.

Vous nous établissons commodément et tout en lisant

dans le volume de Baudelaire la pièce intitulée : L® charogne ; le café était presque achevé, quand les gardes nationaux se jetLent sur nous, nous ôtent violemment en criant :

— Sacré nom de Dieu ! en voilà assez.

Au même moment l'obus tomba brisant les tasses restées sur la plate -forme, réduisant le livre en impalpables miettes.

Cela donne pleine raison à mes calculs, dit l'étudiant en secouant la terre dont il était couvert.

11 resta encore quelques jours, je ne l’ai jamais revu*

Les seuls que j’aie vus sans courage pendant la commune sont un gros bonhomme venu pour ingun’' /<*/■ la jeune femme qu’il venait d'épouser, et qui fut tout heureux d’emporter à Eudes un mot de moi le prient, fie le renvoyer à Paris. J’avais abusé de sa confiance en mettant à peu près ceci :

« Mon cher Eudes,

J) 1 cuve/,- vous renvoyer à Paris cet imbécile, qui

serait lion à jeter ici des paniques s ’il y avait des gens

capables d en avoir. Je lui fais prendre les coups fie

1 annn du fort pour ceux de Versailles, afin qu'il se

sauve plus vite; seriez-vous assez bon pour le renvoyer. «

Aous ne 1 avons jamais plus revu tant il avait eu peur.

Si, à 1 entrée de l’armée de Versailles ii avait con-

séné son uniforme de fédéré, il aura été fusillé sur

h tas avec les défenseurs de la Commune, il y en eut bien d’autres.

L autre fin mémo genre, était un jeune homme. Une nuit que nous étions une poignée à la gare de Clamurt, et que justement l’artillerie de Versailles faisait rage,

1 idee de se rendre le prit comme une obsession, >1 '

fl 1

ï avait pas de raisonnement à avoir avec l’impres- Slnn qui le tenait. — Faites le si vous voulez, lui dis-je. Il e»i je j-este ij j et je fais sauter la gare si vous la rendez - le m’assis avec une bougie, sur le seuil d’une petite chambre, où étaient entassés les projectiles, et ma J,,,| Sié nllumée j’y passai la nuit. Quelqu’un était venu «serrer la main, et je vis qu’il veillait aussi : c’était e nègre. — La garé tint comme à l’ordinaire. Lejeune hnnune partit le leu lemain et ne revint plus.

Uainart, de ce côté encore, il arriva à Fernandez et

fi ■

Inn i une assez étrange aventure, o Ou s étions allées avec quelques fédérés vers la ï| oaisf ki du garde champêtre où ou appelait des hom- «s de bonne volonté.

lantde balles sifflaient an tour de nous, que Fernanme dit ‘ — Si je suis tuée, vous aurez soin de mes élites sœurs. Nous nous embrassons et poursuivons «i e chemin. Des blessés, au nombre de trois ou qua- IV ' étaient dans la maison du garde couchés à terre ‘ S!lr * des matelas, lui était absent, la femme seule, avait a tr affolé.

^ommë nous voulions enlever les blessés, elle se ,ll h à nous supplier de partir, Fernandez et moi, en cessant les blessés qui, disait-elle, n’étaient pas transl’oclaljlcs, sous la garde des deux ou trois fédérés qui n °us accompagnaient.

®ans pouvoir comprendre quel motif avait cette ‘ e,(1 me d’agir ainsi, nous n’aurions voulu pour rien au ri °nde, quitter les autres en cet endroit suspect.

*^vec beaucoup de peine nous enlevâmes nos blessés, Sll) ' les civières d'ambulance qu’on avait apportées, ^ ,ff idis que la femme se traînai! à genoux, nous sup- ^hant de partir toutes les doux seule ment Voyant qu’elle n’obtenait rien, elle se lut, et sortit , l,l ‘ le devant de sa porte pour nous regarder nous «gner. emportant nos malades sur lesquels pleuvait

la mitraille, Versailles ayant coutume de tirer sur les ambulances.

On a su depuis que des soldats de l'armée réguli ,,re se cachaient dans les caves du garde champêtre. Cette femme craignait -elle de voir égorger d'autres femmes, ou était-elle simplement en délire ?

Nous avions emporté avec nos blessés un petit soldat de Versailles à moitié mort, qui fut conduit comme les autres à une ambulance de Paris où il commençait à se rétablir. Au moment de l’invasion de Paris p ar

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I armee, il aura été égorgé par les vainqueurs cornu les autres blessés.

Quand Eudes alla à la Légion d'honneur, j'allai a Montrouge avec La Cceilüa, ensuite à Neuilly avec Dombrowski, — Ces deux hommes qui physiquement n avaient aucune ressemblance faisaient la même impression pendant une action, le même coup d’œil rapide, la même décision, la même impassibilité.

Lest dans les tranchées des Hautes bruyères q l,e ,j ai connu Paintendre, le commandant des enfants pe f ' dus. Si jamais ce nom d’enfants perdus a été justice» c est par lui, par eux tous; leur audace était si grands qu i! ne semblait plus qu’ils pouvaient être tués, Paintendre le fut pourtant et bien d’autres d’entre eux.

En général, on peut voir aussi braves que l eS

fédérés, plus, jamais ; — c’est cet élan qui eût p u

vaincre dans la rapidité d’un mouvement révolutionnaire.

Les calomnies sur l’armée de la Commune couraient la province: des bandits et repris de justice de laph^* espèce la composaient, disait Foutriquét.

Cependant, Paule Mink, Amoureux, et d’autres vadlanls révolutionnaires, avaient ému les grandes villes* où se déclaraient des Communes envoyant leur adhé sinn à Paris : le reste de la province, les campagnes en étaient aux rapports militaires de Versailles. Colù*

exemple sur l’assassinat de Du val épouvantait les

,ua ges.

f/ Nos troupes, disait ce rapport, firent plus de mille Clnc l cents prisonniers et l'on put voir de près la figure ^ s misérables qui, pour assouvir leurs passions de lf des fauves, mettaient de gaîté du cœur le pays à ,J eux doi gîs du sa perte. Jamais la basse démagogie lluva it oll'erî aux regards attristés des honnêtes gens S:i oes plus ignobles; la plupart étaient Agés de qua- 1 ltJ te à ci nt{ uante ans, mais il y avait des vieillards (} cs enfants dans ces longues files de hideux person* ll;, ges. Qn y voyait aussi quelques femmes. Le peloton c ° cavalerie qui les escortait avait grand’ peine î\ les M, U6traire aux mains d’une foule exaspérée. On par* ' u, t cependant à les conduire sains et saufs aux grau* écuries.

Quant au nommé Duvai, cet autre général de renc ° n tre f il avait été dès le matin fusillé au Petit lîicètre ûv cc deux officiers d’état-major de la Commune.

Tous trois ontsuiîu en fanfarons le sort que la loi ré- 8ftI ’ v © à tout chef d 'insurgés pris les armes à la main. » {La guerre des Communettx de Paris, par un officier supérieur de l'armée de Versailles. >

Nous savions nous, à quoi nous en tenir sur les gc- | 1( h'uux de Peinpirc passés au service de la République a 'crsailles, sans qu’eux ni rassemblée changeassent at 'tre chose que le titre.

Une des vengeances futures de 1’égorgèment de Paris Ker; i d e découvrir les infèmés trahisons coutumières la réaction militaire.

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