‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 42 sur 68 · JUGEMENTS · texte numérisé non relu

JUGEMENTS

y ni soc file b ittnai u VeM sur les pages,

A la correction de Versailles, on pouvait, avec quel* ( l u<; Habileté savoir des nouvelles des hommes incar- C{; i*és dans les autres prisons; — ceux-là du moins vivaient encore.

Aous savions qua la justice, il y avait déjà depuis quelque temps, Ferré, Rossel, Grousset, Courbet, ' h Dacosta, enfermés dans le même couloir que ilochefort qui les avait précédés.

Aous savions ceux qui avaient pu s'échapper de l'a- ^attoir, ceux dont personne n’avait de nouvelles, chaque jour amenant de nouvelles arrestations: quand la Police et les délateurs étaient insuffisants, ce qui arrivait souvent, policiers et délateurs ayant eu de tout

tem P* Ie monopole de la bêtise, on employait d’autres Moyens..' ' *

Odysse Barot raconte ainsi la façon dont fut opérée * arrestation de Th. Ferré :

« Le père était parti pour son travail quotidien, il restait là que deux femmes, la vieille mère et la

ne sœur de l’homme qu’on recherchait.

» Celte dernière, Marie Ferré, était au lit dangereusement malade, en proie à une fièvre ardente.

® ,)u sv rabat sur madame Ferré, on la presse de

questions. On la somme de révéler la cachette de son lils. Elle affi rïhe qu'elle l'ignore et que d’ailleurs, te conmH-etle, on ne pouvait pas exiger d'une inèf® * qu’elle se lit la dénonciatrice de son propre fils.

» On redouble d'instances, on emploie tour à tour te douceur, la menace.

» — Arrêtez -moi si vous voulez, mais je ne puis vous dire ce que j’ignore, et vous n'aurez pas te cruauté de m'arracher d’auprès du lit de ma liile.

» La pauvre femme à cette seule pensée tremble iC tous ses membres. L’un de ces hommes laisse échap' per un souri :-e; une idée diabolique venait de surgir dans son esprit.

» Puisque vous ne voulez pas nous dire ou es' votre iils, eh bien, nous allons emmener votre fille.

» Un cri de désespoir et d’agonie s'échappe de la po]' tri ne de madame Ferré. Ses prières, ses larmes sont impuissantes. On se met en devoir de faire lever et habiller la malade, au risque de la tuer.

» — Courage, mère, dit mademoiselle Ferré, t’afllige pas, je serai forte, ce ne sera rien; il faudra bien qu’on me relâche.

» On va l’emmener.

» Placée dans cette épouvantable alternative, 1,11 d envoyer son lils à la mort, ou de tuer sa fille en te laissant emmener, affolée de douleur, en dépit dc s signes suppliants que lui adresse l'héroïque Marie, l a malheureuse mère perd la tête, hésite.

» — Tais-Loî, mère, tais-toi. murmuré la malade- U 11

jf

l'emmène.

» Mais c'en était trop pour le pauvre cerveau nia* ternel.

» Madame Ferré s'affaisse sur elle-même, une fièvre chaude se. déclare, sa raison s'obscurcit; des phrase® incohérentes s échappent de sa bouche. Les bourreau-^

Patent î oreille, et guettent la moindre parole pouservir d’indice.

. n Dans son délire, la malheureuse mère laisse ^napper à plusieurs reprises, ces mots : Rue Saint*

Sauveur.

"Hélas! Il n’en fallait pas davantage. Tandis que ° Ux de ces hommes gardent à vue la maison Ferré, Cs autres courent en hâté achever leur œuvre. La rue ‘ di nt ‘Sauveur est cernée, fouillée, Théophile Ferré r st arrête; quelques mois plus tard, i! est fusille.

n Unit jours après l’horrible scène de la rue b'azilleau, p rendait à la courageuse enfant sa liberté. Mais on lui rendait pas sa mère devenue folle, et qui moubientôt dans un hospice d’aliénés à l'asile Sainte*

Anne.

ifT » Odysse Barot. »

Dossier de la magistrature.

, Le père fut fait prisonnier et y reste jusque après Assassinat de Ferré.

Marté gagnait seule pour ses chers prisonniers. Plusieurs membres de la Commune et du comité ^tral étant arrêtés, ou pensait généralement que | 6llr jugement aurait lieu; d'abord, il n’en fut rien,

. gouvernement voulait préparer les esprits aux con- ,L mnations, en faisant comparaître les premières, non j 8 les femmes qui eussent hautement revendiqué -Acs actes, mais de pauvres femmes dont le seul

i était d'avoir été de dévouées ambulancières, passant et ^Oignant Parisiens et Versai) lais, avec le empressement ; pour elles, ils étaient des bleselles étaient les sœurs de ces souffrants.

. Lücs étaient quatre; Elisabeth Rétif. Joséphine’ ' Archais, Eugénie Suétens, Euialie Papavoine, nulle- ^ 65l! parente, nous l'avons dit, du fameux Papavoine. Dn mettait partout ce nom en exergue : réaction nai-

si ;

rcs, imbéciles, et gouvernants, l 'élevaient à tout p I>0 pos.

Jamais elles ne s’étaiept vues, avant la nuit, Q ul précéda leur arrestation. * '

■ v ; Les fédérés se repliaient sur un autre quartier, ell L ‘ se rencontrèrent dans une maison, où elles passer^ la nuit; je ne sais si quelques blessés ne s'y trouvait® pas également.

Vaincues parle sommeil, elles se jetèrent deux P* 1 ] deux, sur un matelas posé à terre et y dormirent * tour de rôle.

C'est pendant cette nuit- là, que l'accusation s’obsb naît à dire qu ensemble elles avaient allumé rincent* 1 *' — [Ce qui ne les empêchait pas d'avoir dormi éWj tares/] Peut-être quelles étaient ivres en ell’el, 1 fatigue et de faim!

i les soldats furent improvisés leurs défenseurs, t r ° ,S

1 A cC

demandèrent à s'absenter pendant le jugement* qui leur fut accordé, un sous-oflicier qui plaidait p otlï Stictens se contenta de dire : Je m'en rapporte a

sagesse de la Cour.

Ces dévouées eurent des paroles justes, mais el* 1 ' n'osèrent jeter à la face des juges que leur honnête^ assurant la vérité, qu'elles avaient soigné les bU’ sSt!? sans regarder s'ils appartenaient à l'année de la ( - c,IU mu ne, ou à l'armée de Versailles.

Elles furent en conséquence couda muées à mort . ^

Cela étonna les soldais qu’elles avaient soig 11 ® ■ comme ils s’étaient étonnés que du côté de la C ° 111

lit ’ 11

mune, on conduisit les blesses à l'ambulance au J de les achever.

Jusqu'au jugement des membres de la Commune* se garda de faire comparaître ceux qui eussent h prompte justice des accusations grotesques, et de» gernles infâmes soigneusement recueillies par des^e* vains en tète desquels étaient Maxime Ducamp et auU‘ c '

Ces fédérés attendaient un peu partout, dans les Prisons, sur les pontons, dans les forts; on espérait amollir les courages.

Ces rats, la vermine et la mort, ne terrassaient que ks malheureux arrêtes dans la loule comme d autres

.Paient été fusillés sur le tas.

Les statistiques officielles avouèrent parmi les déteonze cent soixante-dix-neuf morts, et deux mille

Malades.

domptait-on les exécutés de Satory dans les premiers

J r -»Ur.s, les inconnus assommés parce qu'ils ne pouvaient Pas suivre la marche des prisonniers, que réglait le P* 8 des chevaux?

Et le nombre de ceux à qui l'horreur des choses v nes, avait fait perdre la raison.

Lorsque pour l'instruction, je fus reconduite à la Prison des Chantiers penda nt quelques heures, j'appris ( Ibe les folies en avaient été extraites pour les contre, disait -on. dans un asile de fous.

Personne ne put vérifier, nous ne savions pas murs n °in$, elles ne le savaient plus elles-mêmes, pour i,a

P^parÉ.

Enfin parut un arrêté du gouverneur de Paris an- I|Q nçant la mise en jugement des membres de la Com- ; ln Hiie et du comité central tombés entre les mains de

* e nuemu ■ £

Ceux-là répondraient.

Ces accusés étaient classés dans l'ordre suivant : *erré, Assi, Krbain, Billioray, Jourde, Trinquet, ^hampy, ïlégère, Lisbonne, Lullier, ltastoul, Grousset, * e rdure, Ferrât, Deschamps, Clément, Courbet, Parent.

Ce troisième conseil de guerre devant lequel iis devient comparaître, était ainsi composé :

Merlin, colonel, président,

GauJel, chef de bataillon, juge De Guibcrt, capi laine, juge.

Marigüetj juge.

Cassaignc, lieutenant; juge.

Léger, sous-îieutenauf , juge.

Labàt, adjudimt sous-officier.

Gaveau, chef do bataillon ail 08 e de ligne.

Scuart. capitaine; substitut.

Le pr ocès commencé le 17 août, eut dix -sept àucü en ces.

Trois cents sièges avaient été préparés, pour 1 a ~ semblée de Versailles.

Deux mille places furent réservées à un choisi,; les égorge urs de l’armée régulière, au r raIi complet, y offraiént le bout de leurs doigts gantés des femmes richement vêtues, et le dos arrondi; 1 L reconduisaient à leur place en saluant.

On déniait aux membres de la Commune le tit lC d’accusés politiques, qu’on leur reconnut sans I e Sl voir, par la condamnation de quelques-uns d’entœ eux, à la déportation simple; peine essentiel loin* 3 politique.

Les rapports des policiers avaient 'sous la haute d ] rection de M. Thiers, été collectionnés en un dossh 1 épouvantable et burlesque, travail tout préparé a taille de celui qui en était chargé.

C’était le clief de bataillon Caveau, sorti nagnd® d’une maison de fous, il acheva l’œuvre, en y meth 1 un cachet de démence.

La presse réactionnaire poussa tanL de hurle mé* 1 ® autour des accusations, qui* tous les esprits libre- 1 l’étranger se révoltèrent.

^ - Ta

Le Standard de Londres, jusque-là ennemi de

Commune, ne trouvait rien de plus révoltant qre

pal

titude de la presse française du demi-mondv au l oui ce procès.

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J erré ne voulant pas de défenseur, le président non

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d’office M e .Mardi and, qui eut l’honnêteté de se

l)orn eI

u G e que Ferré lût ses conclusions. Cependant à Irnv ®rs les interruptions haineuses du tribunal et les Vociférations de la salle, si bien choisie, il ne put le

Ce fut ainsi que commença et termina l'erré. «Après conclusion du traité de paix, conséquence de la honteuse

S er » Les nommes q dans la Boue et le sanie se cramponnaient au pouvoir e t quoique accablés par le mépris public, ils préparaient dans l’ombre un coup d'Etat, persistant à re l’user à Par is l’élection de son conseil municipal. »

'Uuciusion au ira ne ue paix, uuii&cquuuct; uu i.i nouse capitulation de Paris, la République était en dan- . Les hommes qui avaient succédé à l'empire écroulé

a ! jes journaux honnêtes et sincères étaient supprimés îles me il leurs patriotes étaient condamnés à mort

1(, s royalistes se préparaient au partage des restes de France; enfin, dans la nuit du 18 mars, ils se crurent prêts et tentèrent le désarmement de la garde nationale et l’arrestation en masse des républicains.

» Leur tentative échoua devant l'opposition entière- Paris et l'abandon de leurs soldats, ils s’enfuirent, e t se réfugièrent à Versailles.

« Dans Paris livré à lui-même, les citoyens honnêtes e t courageux essayaient de ramener l'ordre et la sécurité.

» Au bout de quelques jours la population étant appelée au scrutin, la Commune fut ainsi constituée.

» Le devoir du gouvernement de Versailles était de reconnaître la validité rie ce vote et de s’aboucher avec ' îl Commune pour ramener la concorde; tout au contraire, et comme si la guerre étrangère n'avait pas fait assez de misères et de ruines, il y ajouta la guerre civile; ne respirant que la haine et la vengeance, il attaqua Paris et lui fit subir un nouveau siège.

» Paris résista deux mois et il fut alors conquis. Pen-

dant dix jours le gouvernement autorisa ie jhassacr des citoyens et les fusillades sans jugement.

» Ces journées funestes nous reportent à celles <‘ ! la Saint* Barthélemy. — On a trouvé moyen de dépasse* juin et décembre. — Jusqu es à quand le peuple continue ra-tdl à être mitraillé?

» Membre de la Commune de Paris, je suis entre b’ 5 mains de ses vainqueurs, ils veulent ma tête, qu'ils J a prennent. Jamais je ne sauverai ma vie par la lâcheté libre j'ai vécu, j’entends mourir de même.

)> Je n'ajoute plus qu’un mot : la fortune est capricieux je confie à l’avenir le soin de ma mémoire et de ma ven-

geance.

» Après ce manifeste interrompu à chaque mot p #r des insultes, ou même ceux qui en appelaient à la légalité étaient forcés de reconnaître les faits, et qui à Londres fit une profonde impression, le président Mcn*** lança cette suprême insulte: la mémoire d’un assassin et l’agité Gaveau ajouta: c’est au bagne qu'il faut envoyer un pareil manifeste.

» Tout cela, dit encore Merlin, ne répond pas aux aC'

tes pour lequel vous êtes ici.

» Ferré, en termina d'un mot: Cela signifie, dit -1 * 1 que j'accepte le sort qui m’est fait.

» La Commune était glorifiée, mais Ferré étaiLperd’ 1 * » L'avocat voulant prendre acte des paroles de M® 1 "’ lin : La mémoire d'un assassin, l’auditoire hurla e Merlin insolent répondit : — Je me suis servi de 1 cV pression dont parle ie défenseur, le conseil vous donna acte de ses conclusions. »

Mais Ferré ne voulait pas discuter sa vie.

.lourde, sans sa prodigieuse mémoire, eût passe >■ cause de son épouvantable honnêteté, au sujet de ' ll banque pour un voleur. On avait enlevé ses corn pi'’;’ il les rétablit de mémoire avec une clarté qui aufl 11 dû couvrir de Honte le tribunal.

LA COMMUEE

La honte pour certaines gens n’existe pas.

Les mille francs que chacun des membres de la Com- §hune avait employés aux nécessités du moment, 1cfaierit une étrange figure, devant les millions semés, aujourd'hui par les gouvernants en voyages d'agré- 1 ^ent et autres choses de pire, Charnpy, Trinquet, revendiquèrent l’honneur d’avoir rempli leur mandat jusqu'au bout.

1 rbain sortit à son honneur du complot ourdi contre ! ui. h l’aide de M. de Montaud, placé près de lui par ' crsailles pour le trahir.

Les infâmes dessous du gouvernement furent étalés «u grand jour de la presse de l’Europe, on vit dans leur évolutionnaire honnêteté les hommes de la Commune. ■Mais que chèrement ils payèrent cette honnêteté scrupuleuse qui les avait empêchés de restituer à Ut foule ou au néant, l'éternel veau d’or, la banquet

Les jugements furent ainsi rendus:

Condamnés à mort : Th. Ferré, Lullier;

Travaux forcés h perpétuité : Urbain, Trinquet;

Déportés dans une enceinte fortifiée: Assî, lîillioray, ' Champv, Regère, Ferret, Verdure, Grousset;

Déportation simple : .lourde, Uastoul;

Six mois de prison et 500 francs d’amende : Courbet;

Acquittés : Deschamp, Parent, Clément, comme ayant donné dès les premiers jours leur démission de membre de la Commune.

La commisison de quinze bourreaux qui sans doute Par ironie étaitappelée couuuissiondes^mccs était ainsi composée :

Martel, Priou, Bastard, Voisin, Batba, Maillé, Lacaze, Duchatel, marquisdeQuinzounas, Merveilleux- Duvignan, Tailhau, r.osne. Paris, Bigot, lîatbié, etThiers, président en surplus.

La commission des grâces envoyait les condamnés au poteau avec toutes les formes voulues; cela faisait

i , COMMUNE

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