MANIFESTATION J)E I. A PAIX
C'est le soir, on s’en va marchant en longues liles.
Le long des boulevards, disant : la paix! la paix !
Dans l’ombre on est guetté par les meules serviles.
U liberté ! ton jour ne viendra-t-il jamais ?
Et les pavés, frappés par les lourds coups de canne, Résonnent sourdement, le bandit veut durer ;
Pour rafraîchir de sang son laurier qui sc Tune,
Il lui faut des combats, dût 3a France sombrer.
Maudil ! de tou palais, sens-tu passer ces hommes?
C’est fa fini Les vois-lu, daus un songe effrayant,
S’en aller dans Paris, pareils à des fantômes?
Entends- tu ? dans Paris dont tu boiras le saug.
Et la marche, scandée avec son rythme étrange,
A travers l’assommade, ainsi qu'un grand troupeau, Passe; et César brandit, centuple, sa phalange Et pour frapper la France il fourbit son couteau.
Puisqu’il faut des combats, puisque Fou veut la guerre, Peuples, le front courbé, plus tristes que la mort,
C’est contre les tyrans qu’ensemble ii faut la faire : Bonaparte et Guillaume auront le même sort-
Rochefort ayant écrit dans la Marseillaise que la route jusqu'à Berlin ne serait pas une simple promenade militaire, vies presses de ce journal furent brisées, par ces agents vêtus en travailleurs, que l’on appelait les blouses blanches et qui avec eux entraînaient des inconscients.
Pourtant, le cri : La paix! la paix! couvrit parfois celui des bandes impériales : A Berlin, à Berlin !
Earis de plus en plus se détachait de Bonaparte; l’aigle avait du plomb dans l’aile.
» / La révolution appelait tous ceux qui étaient jeunes, ardents, intelligents. — Oh! comme alors la République était belle !
Ln Lanterne, de llochefort errant à travers le coupegorge. en éclairait les profondeurs. Sur tout cela passait dans Pair la voix d'airain des Châtiments :
Sonue aujourd'hui le glas, bourdon de Notre-Dame,
Sonne aujourd’hui le glas et demain le tocsin.
Malon a tracé des derniers temps de l'Empire un tableau d’une grande réalité.
« Alors, dit-il. la camisole de force dans laquelle etpuflait l’humanité craquait de toutes parts; un frisson inconnu agite les deux mondes. Le peuple indien se révolte contre les capitalistes anglais. L’Amérique du Nord combat et triomphe pour l’a fïranchisse ment des noirs. L Irlande et la Hongrie s’agitent.
» La Pologne est levée. L'opinion libérale en Russie. impose un commencement d 'a (franchissement des paysans slaves. Tandis que ia jeune Russie enthousiasmée par les accents de Tchernichenski, de Ilerzën, de Bakounine, sc fait propagandiste de la révolution sociale. T Allemagne, qu’ont agitée Cari Marx, Lassale, Bœker, lîebel, Lïebknecht. entre dans le mouvement socialiste. Les ouvriers anglais, conservant le souvenir d Ernest .lones et d’Oven sont en plein mouvement d’association. En Belgique, en Suisse, en Italie, en Espagne, les ouvriers s’aperçoivent que leurs politiciens
les trompent et cherchent les moyens d’améliorer leur sort.
» Les ouvriers français reviennent de la torpeur où les avaient plongés juin et décembre. — De toutes parts
le mouvement s'accentue et les prolétaires s'unissent pour aider à la revendication de leurs aspirations vagues encore, mais ardentes. »
(J.-B. Malon, «3 e Défaite du prolétariat , page 2)
Tous les hommes intelligents combattaient la guerre ; Michelet écrivit à un journaliste de ses amis la lettre suivante pour être publiée :
Cher Ami,
« Personne ne veut de la guerre, on va la faire et faire croire à l’Europe que nous la voulons.
« Ceci est un coup de surprise et d'escamotage.
» Des millions do paysans ont voté hier à J'aveugle. Pourquoi? croyant éviter une secousse qui les effrayait, est-ce qu’ils ont cru voter la guerre, la mort de leurs enfants? '
» Il est horrible qu’on abuse de ce vote irréfléchi.
» Mais le comble de la honte, la mort de la morale serait que la France se laissât faire à ce point contre tous ses sentiments, contre tous ses intérêts. Faisons notre plébiscite et celui-ci sérieux ; consultons à l’aise des classes les plus riches aux classes les plus pauvres ; des urbains aux paysans; consultons la nation, prenons ceux qui tout à l’heure, ont fait cette majorité oublieuse de ses promesses; à chacun d’eux, on a dit : Oui ! mais surtout point de guerre !
» Os ne s’en souviennent pas, la France s'en souvient; elle signera avec nous une adresse de fraternité pour l'Europe, de respect pour l’indépendance espagnole.
» Plantons le drapeau de la paix. Guerre à ceux-là seuls qui pourraient vouloir la guerre en ce monde. »
(Michelet, 10 juillet 1870)
Le grand historien ne pouvait l’ignorer, ceux qui possèdent la force n’ont pas coutume de se rendre au raisonnement. La force employée au service du droit
contre Napoléon III et Bismark, pouvait seule arrêter leur complot contre tant de vies humaines jetées en pâture aux corbeaux.
Le 15 juillet, la guerre était déclarée! Le maréchal Lebeuf annonçait le lendemain que rien ne manquait ^ 1 armée, pas même un bouton de guêtre !
L Internationale. — fondation et procès. — protestations DES INTERNATIONAUX CONTRE LA GUERRE
Les Polonais souffrent^ niais il y & par Ift monde grande nation plus opprimée* c'fcst le prolétariat.
(Meeting do £8 septembre 1864.)
Le 28 septembre 1804, h Saint -Martin -Hall, à Lon- <L'es, eut lieu un meeting convoqué h l’occasion de la Pologne; des délégués de toutes les parties du monde ^rent de la détresse des travailleurs un tableau tel que a résolution fut prise de considérer les douleurs générales de l’humanité comme rentrant dans la cause commune des déshérités.
Ainsi naquit l'Internationale à son heure; et, grâce u ses procès pendant les dernières années de l'Empire, elle se développa avec rapidité.
Quand, tout près de 71, on montait l’escalier poussiéreux de cette maison de la Corde rie du Temple, où * es sections de i 'Internationale se réunissaient, il semblait gravir les degrés d’un temple. C’était un temple, en effet, celui de la paix du monde dans la liberté.
L Internationale avait publié ses manifestes dans lou‘s les journaux d’Europe et d’Amérique. Mais l’Emplre inquiet, comme s’il se fût jugé lui-même, s’avisa ae la considérer comme société secrète.
LA
COMMUNE
Elle l'était si peu, que les sections s’étaient publiquement organisées, ce qui fut quand même qualifié de groupement clandestin.
Les internationaux, déclarés des malfaiteurs, ennemis de l’iStat, comparurent pour la première fois le 26 mars 1868. devant le tribunal correctionnel de Paris,
; ji)° chambre, sous la présidence de Delesveaux. Les * accusés étaient an nombre de quinze :
Chémalé, Tolain, Itëligon, Murat, Camélmat. Perraehon. Fournaise. Dantier, Gautier, Bellamy, Gérardin. Bastier, Guyard , Dglahaye, Delorme. • ;l
Les pièces saisies paraissaient extrêmement dangereuses pour la sûreté de l’Etat. Malheureusement, il
n’en était rien, Tolain présenta ainsi les conclusions générales des accusés.
t< Ce que vous venez d’entendre de la part du Ministère public est la preuve la plus grande du danger que courent les travailleurs, quand ils cherchent h étudier les questions qui embrassent leurs plus chers intérêts, à s’éclairer mutuellement ; enfin, à reconnaître les voies dans lesquelles ils marchent en aveugles.
» Quoi qu’ils fassent, de quelques précautions qu’ils s’entourent, quelles que soient leur prudence et leur bonne foi, ils sont toujours menacés, poursuivis, et tombent sous l’application de la loi. »
Ils y tombèrent cette fois-lû, comme toujours, mais la condamnation fut relativement douce, comparée à celles qui suivirent.
Chacun des accusés eut cent francs d’amende et Pln-
ternationale fut déclarée dissoute, ce qui était le meilleur moyen de la multiplier.
On en rappelait, à cette époque, des jugements , les tribunaux étant la seule tribune en France; à ces appels étaient exposés les principes de l’Internationale; ses adhérents déclaraient ne plus vouloir em-
Pîoyer leur énergie à faire le triage des maîtres ni combattre pour le choix des tyrans; chaque individu > était libre dans le libre groupement.
P-e fut une chose émouvante que ces quelques horooies se dressant devant 1 Empire en ses tribunaux, lolain, qui présentait d’ordinaire les conclusions; ter* onna ainsi celte fois :
f< rjfî mot d'arbitraire, dit-il. vous blesse. Eh bien, pourtant, que nous est-il arrivé? Un jour, un fonctionnaire s’est levé avec l’esprit morose, un incident a rappelé à sa mémoire l'Association internationale, et même. ce jour-là il voyait tout en noir, d'innocents que nous étions la veille, nous sommes devenus coupables sans h; savoir; alors, au milieu de la nuit, on a envahi * e domicile de ceux qu'on supposait être les chefs, tomme si nous conduisions nos adhérents, tandis qu’au ‘ , ; 1 ! 'aire. tous nos efforts tendent à nous inspirer de * eur esprit, et à exécuter leurs décisions, on a tout fouillé et saisi ce qui pouvait être suspecté; on n’a T ‘ iCïl trouvé qui pût servir de base à une accusation
quelconque.
» On ne trouve sur le compte de l'Internationale que ce qui était connu de tout le inonde, ce qui a été jeté aux quatre vents de la publicité.
» Avouez donc qu'en ce moment on nous fait un procès de tendance, non pour les délits que nous avons commis, mais pour ceux qu’on croit que nous poumons
commettre. »
Ae croirait-on pas assister aux procès modernes de libertaires, dits également procès de malfaiteurs?
Ee jugement fut confirmé, quoique à la connaissance de tous les documents considérés comme secrets eussent tous été publiés.
Ea propagande faite par le tribunal rendit l’Internationale plus populaire encore, et le 23 mai suivant, 1 de nouveaux prévenus comparurent sous les mêmes I
accusations, atteignant presque les perfidies de la loi scélérate.
G 'étaient Varlîn, Malon, Humber, Grandjean, Bourdon, Charbonneau, Combault, Sandrin, Moi lin.
Us déclarèrent appartenir à l'Internationale dont iis étaient actifs propagateurs, et Combault affirma que, dans ses convictions, les travailleurs avaient le droit de s’occuper de leurs propres affaires. Delesveaux s'écria : « C'est la lutte contre la justice! — C'est, au contraire, la lutte pour la justice », répondit Combault, approuvé par ses coaccusés. Les citations prises par les juges dans les papiers saisis se retournaient contre eux; telle fut la lettre du docteur Paliay de l’Université d’Oxford, disant que la misère ne doit pas disparaître par l’extinction des malheureux, mais par la participation de tous à la vie. « L'antiquité, disait-il, est morte d’avoir conservé dans ses flancs la plaie de l'esclavage. L’ère moderne fera son temps, si elle persiste à croire que tous doivent travailler et s'imposer des privations, pour procurer le luxe à quelques-uns. »
L'Internationale ayant été, comme d’ordinaire, déclarée dissoute et les accusés condamnés chacun à trois mois de prison et cent francs d'amende, on pressentait un autre procès. Les registres de l'Internationale avaient été gardés par le juge d’instruction. Combault, Murat et Tolain rétablirent de mémoire leur comptabilité, dans une lettre publiée par le Réveil (circonstance aggravante servant à prouver que l’Internationale s’entourait de mystères, et disposait de la publicité). Voici maintenant les grands procès.
Le nombre des internationaux augmentant en raison directe de chaque dissolution de la société, il y eut au dernier trente-sept accusés, quoique par je ne sais quel penchant aux séries exactes, on l’appclét le procès des trente.
Us étaient divises en deux catégories, ceux qui étaient considérés comme ies chefs et ceux qu'on regardait comme afiiliés, sans qu’on se rendit bien compte pourquoi, puisque les accusations signalaient les mômes faits.
La première catégorie se composait de Yarlin, Ma- Ion, Murat, Jphannard, Piudy, Combattit, llélîgon, Avrial, Sabourdy, Coimia dit Franquin, Passedojiet, Hocher, Assi, Lângevin, Pagnerre, Robin, Leblanc Carie, Allard,
La seconde : Theisz, Col lot, Germain-Casse, Ducau-
quie, Flahaut, Landeck,Chalain. Ansel, Rerthin, Royer, Cirode, Relacour, Durand, Duval, Fournaise, i-’rankel. Gîrot, Malzieux.
L’avocat général était Aulois. Les défenseurs Lachaux, Bigot, Lente. Rousselle, Laurier qui devait présenter les considérations générales.
On entendit de terribles détails sur les résultats des perquisitions; le danger qu'il y avait à laisser impunis les criminels qui menaçaient Y Etat, la famille ; la propriété. la pairie et Napoléon III par dessus le marché.
Il y avait eu discours violents, rapports sur les grèves insérés à la Marseillaise, Moniteur de l’insurrection.
Vailin avait dit, le 29 avril 70, salle de la Marseillaise : « Déjà rinternationale a vaincu les préjugés de peuple à peuple. Nous savons à quoi nous en tenir sur la Providence qui a toujours penché du côté des millions. Le bon Dieu a fait son temps, en voilà assez : nous faisons appel à tous ceux qui souffrent et qui luttent: nous sommes la force et le droit; nous devons
nous suffire à nous-mêmes.
« C'est contre l’ordre juridique, économique et religieux que doivent tendre nos efforts. »
Les accusés approuvèrent. Combault s’écria : « Nous voulons la révolution sociale et toutes ses conséquences! »
Les trois mille personnes entassées dans la salle se levèrent et applaudirent, et le tribunal afïblé fit une elï rayante mixture des mots de picrate de potasse , mtrorglycérine , bombes , etc., entre les mains d’une poignée d‘ individus, etc.
<f lu Internationale dit Avrial, est non une poignée d individus, mais la grande t/iasse ouvrière revendiquant ses drpits; c’est l'Apreté de l'exploitation qui nous pousse A ia révolte. »
il \ avait dans eei taines lettres saisies des appréciatimi.s qui lurent conlondues avec les accusations sans que I on comprit bien ce que cela signifiait.
Hans une lettre de I lins se trouvait le passage suivant, qui était prophétique :
'< Je ne comprënds pas cette course au clocher des pouvoirs de la part des sections de l'Internationale. Pourquoi voulez-vous entrer dans ces gouvernements? Compagnons, ne suivons pas cette marché. »
Mes adhésions eurent lien à la face du tribunal. « Je ne suis pas de l'Internationale, déclare Assi, mais j’espère bien en faire parlie un jour. » Ce fut son admission.
I ne accusation de complot contre la vie de Napoléon 111 fut abandonnée par prudence; l’idée était dans 1 aii . on craignait <1 évoquer 1 événement.
Le trouble du procureur général était si grand qu’il tiaitu de signes mystérieux les mots de métier -employés dans une lettre saisie par le cabinet noir : le mot compagnons usité en Belgique fut incriminé. Germain Casse et Combault expia nièrent la pensée générale des accusés.
« Nous ne chercherons pas par un mensonge, dit Lermai n Casse, A échapper à quelques mois de prison; la loi il est plus qu une arme mise au service de la \ engeance et de Ja passion ; efe n’a pas droit au iespect. Nous la voulons soumise à. la justice et à
Jï w
^gulilé », h termine ainsi : « Permettez -moi, mon- S| eur 1 avocat générai, de vous retourner le mot de 111011 -uni Mallet, ne touchez pas à la hache, Parme es t lourde, votre main est débile et notre tronc est
n °ueux »,
Combault réfutant l’assertion du tribunal, qu’il y '•ht dans 1 Internationale des chefs et des dirigés dit : / Chacun de nous est libre et agit librement; il n’y a aucune pression de pensée, entre les Internationaux... d U1 rï au tant plus de peine à comprendre la persistance u ministère public à nous accuser de ce que nous n’aons pas fait, qu'il pourrait largement nous accuser ^ ec Ce que nous reconnaissons avoir fait. La propa- (le l 'Internationale, en dépit des articles 291 et J* ( J c I ue nous violons ouvertement, la dissolution de ' société ayant été décrétée. Malgré celle dissolution ~ }Ul eau de Paris continue à se réunir.
^ ^ Pour ma part, je ne me suis jamais trouvé aussi j 6f l u uniment avec les membres de ce bureau que dans
^ trois mois écoulés entre le io juillet et le lo octohre 1868 .
)J Chacun de nous agissait de son côté; nous n’avons
f as 'le chaînes; chacun développe individuellement ses r °rce s . *
procès fut passionnant entre tous. Chai in présentant la défense collective, affirma que condamner oternati duale, c’était se heurter au prolétariat du Confie entier.
centaines de mille adhérents nouveaux ont ré- Pondu <\ l’appel, en quelques semaines, au moment U tous les délégués étaient prisonniers ou proscrits.
ti y a, en ce moment, dit-il, une sorte de sainte ^ lit nce des gouvernements et des réactionnaires conle 1 Internationale,
Que les monarchistes et les conservateurs le sa* en t Lien, elle est l’expression d'une revendication
sociale trop juste, et trop conforme aux aspirations contemporaines pour tomber avant d'avoir atteint son but.
» Les prolétaires sont las de la résignation, ils sont las de voir leurs tentatives d 'émancipation toujours ré-
primées, toujours suivies de répressions; ils sont las d'ètre les victimes du parasitisme, de se voir condamner au travail sans espoir, à une subalternisation sans limites, de voir toute leur vie dévorée par la fatigue et les privations, las de ramasser quelques miettes d'un banquet dont ils font tous les frais.
» Ce que veut le peuple, c’est d'abord de se gouverner lui -même sans intermédiaire et surtout sans sauveur, c’est la liberté complète.
» Ouel que soit votre verdict, nous continuerons comme par le passé à conformer ouvertement nos acte à nos convictions. » i
Après les insultes de l'avocat impérial, Combaults ajoute : « C'est un duel à mort entre nous et la loi : la loi succombera, parce quelle est mauvaise. Si en 68, alors que nous étions en petit nombre, vous n’avez pas réussi à nous tuer, croyez-vous pouvoir le J faire, maintenant que nous sommes des milliers 1 Vous pouvez frapper les hommes, vous n 'éteindrez pas l’i* dée, parce que l’idée survit à toute espèce de persécutions. »
Les condamnations suivirent :
A un an de prison et 100 francs d’amende Varlin, Malon, Pindy, Combault, Héligon, Murat, Johaimard- A deux mois de prison et 25 francs d’amende. Avriab Sabourdy. Colrnia dit Franquin, Passedouet, Rocher, Langevin, Pagnerie, Robin, Leblanc, Carie, Allard, Theisz, Coilot, Germain Casse, Chalain, Mangold, Ansel, Berlin ; Royer, Cirode, Delacour, Durand, Duvah Fournaise, Giot, Malezieux.
Assi, Ducanquie, Flahautet Landeck furent acquittés*
Tous solidairement privés de leurs droits civils et
condamnés aux dépens*
Ceux des internationaux qui avaient à subir une an née d'emprisonnement ne l'achevèrent pas. les événements les délivrèrent.
Ces hommes si fermes devant la justice impériale devaient avec les révolutionnaires, blanquistes et orateurs des clubs, composer ia Commune, où la légalité,
fardeau du pouvoir, anéantirent leur énergie, jus- <lu au moment où. redevenus libres par la lutte suprême, ils reprirent leur puissance de volonté.
La France était déjà sous l'Empire le pays le moins übre de l'Europe.
Tolain, délé gué eu 68 au congrès de Bruxelles, dit av ee raison qu'il fallait beaucoup de prudeneedans une contrée où n’existait « ni liberté de réunion, ni liberté d'association ; mais, ajoute-t-il, si l’Internatio* nale n’existe plus officiellement à Paris, tous nous restons membres de la grande association, dussions-nous y être affiliés isolément à Londres, à Bruxelles ou à Genève; nous espérons que du congrès de Bruxelles, sortira une alliance solennelle des travailleurs de tous l e s pays, contre la guerre qui n'a jamais été faite qu’à 1 avantage des tyrans contre la liberté des peuples. »
Partout, en effet, des protestations étaient faites contre la guerre. Les internationaux français envoyére nt aux travailleurs allemands, celle qui suit :
« Frères d’Allemagne,
11 Au nom de la paix, n’écoutez pas les voix stipendiées ou serviles qui chercheraient à vous tromper sur *6 véritable esprit de la France.
» Restez sourds à des provocations insensées, car la guerre entre nous serait une guerre fratricide.
» Restez calmes comme peut le faire sans compromettre sa dignité un grand peuple courageux.
» Nos divisions n’amèneraient des deux côtés du Rhin que le triomphe complet du despotisme.
» Frères d'Espagne, nous aussi, il y a vingt ans, nous crûmes voir poindre l’aube de la liberté; que l'histoire de nos fautes vous serve au moins d’exemple. ■ Maîtres aujourd’hui de vos destinées, ne vous courbez pas comme nous sous une nouvelle tutelle.
» L ‘indépendance que vous avez conquise déjà scellée de notre sang, est le souverain bien, sa perte, croyeznous, est pour les peuples majeurs la cause des regrets les plus poignants.
» Travailleurs de tous les pays, quoi qu'il arrive de nos efforts communs, nous, membres de l'Internationale des travailleurs, qui ne connaissons plus de frontières, nous vous adressons, comme un gage de solidarité indissoluble les vœux et ies saluts des travailleurs
de France.
» Les Internationaux français. »
Les internationaux allemands répondirent :
« Frères de France,
» Nous aussi, nous voulons la paix, le travail et ia liberté, c'est pourquoi nous nous associons de tout notre cœur à voire protestation, inspirée d’un ardent enthousiasme contre tous les obstacles mis à noire développement pacifique, principalement par les sauvages guerres. Animés de sentiments fraternels, nous unissons nos mains aux vôtres et nous vous affirmons comme des hommes d’honneur qui ne savent pas mentir, qu’il ne se trouve pas dans nos cœurs la moindre haine nationale, que nous subissons la force, et n’entrons que contraints et forcés dans les bandes guerrières qui vont répandre ia misère et la ruine dans les champs paisibles de nos pays.
» Nous aussi, nous sommes hommes de combat, mais
nous voulons combattre en travaillant, pacifiquement
fït de toutes nos forces pour le bien des nôtres et 1 humanité; nous voulons combattre pour la liberlé, l’égalité et la fraternité, combattre contre le despotisme des tyrans qui oppriment la sainte liberté, contre le mensonge et la perfidie, de quelque part qu'ils
v iennout.
)J Solennellement, nous vous promettons, que ni le bruit des tambours, ni le tonnerre des canons : ni vïctoire, ni défaite, ne nous détourneront de notre Ira- ^ail pour F union des prolétaires de tous les pays.
)J Nous aussi, nous ne connaissons plus de frontières parce que nous savons que des deux côtés du lïîiin. ^ Ue dans la vieille Europe, comme dans la jeune Àméri( l il e, vivent nos frères, avec lesquels nous sommes P|^t$ à aller à la mort, pour le but de nos efforts : la république sociale. Vivent la paix, le travail, la liberté !
J> Au nom des membres de l'association internationale des travailleurs à lîerlin.
» Gustave Iÿwasniewski. »
Aii manifeste des travailleurs français était joint cet
autre :