‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 5 sur 68 · A CEUX QUI VEULENT RESTEE ESCLAVES · texte numérisé non relu

A CEUX QUI VEULENT RESTEE ESCLAVES

Puisque le peuple veut que l’aigle impériale V;

Plane sur son abjection,

Puisqu'il dort, écrasé sous la froide rafale De l'éternelle oppression;

Puisqu'ils veulent toujours, eux tous que l’on égorge,

Tendre la poitrine au couteau, ^

forçons, ô nies amis, l’horrible coupe-gorge, ^

Nous délivrerons le troupeau î

Dû seul est légion quand il donne sa vie, ,J M

Quand à tous il a dit adieu : /

Seul à seul nous irons, l'audace terrifie, -

Nous avons le fer et le feu !

Assez de lâchetés, les lâches sont des traîtres ; .3

Foule vile, bois, mange et dors; ‘

Puisque tu veux attendre, attends, léchant tes maîtres.

N’as-tu doue pas assez de morts ?

Fe sang de tes enfants fait la terre vermeille, >

Dors dans le charnier aux murs sourds.

Dors, voici s’amasser, abeille par abeille.

L’héroïque essaim des faubourgs!

Montmartre, Bel leville, ô légions vaillantes,

Venez, c’est l’heure d’en finir. . ^

Debout ! la honte est lourde et pesantes les chaînes, j

Debout ! il est beau de mourir !

Oh! combien il y avait longtemps qu’on eût voulu arracher son cœur saignant de sa poitrine pour le jeter à la face du monstre impérial !

LA GOMMi:XK

Combien il v avait longtemps qu'on disait, froide* ment résolus, ces vers des Châtiment : 9 :

Ilannodius, c'est l’heure.

Tu peux frapper cet homme avec tranquillité.

Ainsi on l'eiU fait, comme on ôterait -des rails une pierre encombrante.

La tyrannie aiors n'avait qu’une tète, le songe de l’avenir nous enveloppait, l'Homme de Décembre nous semblait le seul obstacle à la liberté.

Là LITTÉRATURE A LA FIN DE LEMP1UF, MANIFESTATIONS DE LA PAIX

Venez, carWaiiï* Veoei $an$ no ml ire.

Vous serez tou* rftssaiièi*

(L* M. Chansons de 73, }

Les colères entassées fermentant dans le silence d epuis vingt ans, grondaient de toutes parts : la pensée se déchaînait, les livres qui d’ordinaire n’entraient en France que secrètement, commençaient h s'éditer à Paris. L'Kmpire effrayé mettait un masque, il se faisait appeler libéral ; mais personne n'y croyait, et chaque fois qu il évoquait 89 on pensait h 52.

L 'Echéance de G 9 de Rogeart résumait dès G6, lè sentiment général.

La déchéance de 69- disait-il, est une date fatidique; il n’y a qu’une, voix pour la chute de l’empire en G9. un attend la liberté comme les millénaires attendaient Ui retour du Messie. On le sait comme un astronome sait la loi d’une éclipse; il ne s’agit que de tirer sa montre et de regarder passer le phénomène en coinp-

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tant les minutes qui « séparent encore la France de la lumière. »

« iies causes profondes, disait encore I loge art, dans ce livre, sont dans l’opposition constante et irrémédiable entre les tendances des gouvernements, et celtes de la société; la violation permanente de tous les intérêts des gouvernés, la contradiction entre le dire et le faire des gouvernants.

» L’ostentation des principes de 89, et l’application de ceux de 52.

» La nécessité pour les gouvernants, de la guerre et surtout de la guerre de conquête, principe vital d'une monarchie militaire et l’impopularité de la guerre de conquête, d’annexion, de pillage et d’invasion, dans un siècle travailleur, industriel, instruit, et un peu plus raisonnable que ses aînés.

» La nécessité de la police politique et de la magistrature politique, dans un pays où le gouvernement est en lutte avec la nation, nécessité qui déshonore la magistrature et la police, console les malfaiteurs et décourage les honnêtes gens. »

(Rogbakt, Echéan ce de 6 g , chez V. Parent, 10.

Montagne de S ion, 1866.)

Kogeart ajoute dans le même ouvrage : « Il y a une immense expansion du sentiment populaire, en même temps qu'une recrudescence de la répression impériale; or, si la compression augmente d’un côté pendant que l'expansion augmente de l’autre, il est clair, que la machine va sauter.

» Je vois comme vous cette agonie, et je ne veux pas attendre.

» L'opinion monte, c’est vrai, rapide, irrésistible, j ’en conviens, mais pourquoi dire au flot : tu n’iras pas plus vite? ^

» L’empire se meurt, l'empire est mort, c : est avec ce a qu’on le fait durer; il s'agit de l’achever, et non

de l'écouter râler; il ne faut pas lui tâter le pouls, mais lui sonner la dernière charge. »

(Rogèart. Même livre.)

Anton in Dubost, depuis garde des sceaux, ministre de la justice de la 3 e République, rapporteur de la loi scélérate, écrivait alors dans les Suspects, ouvrage relatant les crimes de l 'empire :

« En écrivant leurs noms, il nous semblait voir leurs tètes tomber une à une sous la hache du bourreau. En nous livrant à cet acte de réparation, nous avons voulu vensrer la mémoire des morts.

» I /heure était venue, où sans motif, sans explication, sans jugement ils allaient être jetés dans les geôles du pouvoir et transportés h Cayenne ou en Afrique. » (Antonin Rcbost, 1868.)

Les financiers auxquels Napoléon III avait livré le Mexique, espéraient d’une autre guerre de conquête de nouvelles proies à dévorer. La guerre donna le coup de grâce à l’empire. 11 y eut des entraînements d'hommes, comme on fait pour les meutes, à l’époque des chasses; mais les fanfares des cuivres, les promesses de curée n’éveillaient pas les masses; l’Empire alors, entonna la Marseillaise. Elles se mirent debout, inconscientes, elles chantaient croyant qu’avec la A/arseillaise elles auraient la liberté.

Des mouchards et des imbéciles hurlaient : A Berlin, à Berlin !

A Berlin ! répétaient les naïfs, s'imaginant qu’ils iraient là en chantant le Rhin Allemand; mais cette fois, il ne tint pas dans notre verre et ce fut notre sang où se marquèrent les pieds des chevaux.

Les financiers rentraient en scène ; l’un d’eux, Jecker était Je plus connu. Rochefort parle ainsi de lui, dans les Aventures de ma vie.

« On sait, ou on ne sait peut-être plus, que ce financier, véreux comme du reste tous les financiers, avait

prêté à un taux trois ou quatre cents fois usuraire, tout quinze cent mille francs au gouvernement du &eneral Miramon, qui lui avait en échange reconnu ^lixante-quinze millions,

Lorsque le président de la République mexicaine, ; liare:! arriva au pouvoir, il refusa naturellement le paiement des billets à ordre dont les signatures avaient e te aussi effrontément extorquées.

>■ ecker. muni de ses soixante-quinze millions en Papier, alla trouver Morny, auquel il promit trente pour cent de commission s'il arrivait à persuader h

Empereur d'exiger de Juarez l’exécution du traité passé avec Miramon.

| En ^S70, chargé de dépouiller les papiers trouvés aux Tuileries, laissées vides par la fuite de l'Impéra- Lïce et de ses serviteurs, dont la plupart avaient juré de mourir pour elle, j'ai eu la preuve matérielle de cette complicité de Morny, qui moyennant la promesse a iui faite par Jeelcer de lui remettre vingt-deux mil- Iion s sur les soixante-quinze, nous engagea dans une guerre liberticide, qui devait nous coiUer plus d’un Milliard et préparer Sedan.

B Le Jecker, qui était suisse, avait du jour au lendemain obtenu des lettres de naturalisation française,

et c est en son nom que la réclamation avait été présentée à l'intrépide .luarez. L'affaire a été du reste à peu près exactement recommencée sous couleur d'expédition r J i’unisienne. »

(J [. Uochekqflt, Aventures de ma vie 9 1 er vol.)

Ln duel à l’américaine entre le journaliste Odvsse ^urot el le linancier Jecker fit, quelque temps après la guerre du -Mexique, d’autant plus de bruit que Barot Qui était considéré d’avance comme mort ayant reçu u ne balle en pleine poitrine, se trouva tout à coup mieux et enfin se rétablit tout à fait pour proclamer Que les ennemis de l’Empire avaient la vie dure. On

vit depuis des entreprises financières plus monstrueuses encore que celles de ce temps. En face des entraînements pour la guerre, il y avait des manifestations pour la paix, composées d’étudiants, d'internationaux, de révolutionnaires.

Les vers suivants écrits une nuit après l'assommade en donnent l’idée.

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