‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 10 sur 149 · Caslilie, t. I, p · texte numérisé non relu

Caslilie, t. I, p

Quand il annonce à la tribune son successeur et que les bravos éclatent, il ne bouge pas sous l'insulte ; aucun pli de ce lin visage ne laisse voir le drame intime. « L'interruption qui vient de s'élever, dit-il simplement, ne me fera rien ajouter ni retrancher à mes paroles ;... tant que le cabinet actuel sera chargé des affaires, il maintiendra ou rétablira l'ordre, fera respecter les lois, suivant sa conscience, comme il l'a fait jusqu'à présent. » Pas de plus belle apparence. ]\Iais, pour la soutenir, il faudrait un hardi coup de main et, dans des cas si graves, le conciliateur radical ne sait plus de quelle manière concilier ; comme son roi, le doctrinaire ne peut plus agir ; il est prisonnier des formules, des circonstances, des lois, de cette machine parlementaire qui ne fonctionne déjà plus; il compte aussi sur une revanche; enfin il en veut peut-être plus encore au monarque qui l'abandonne et à la chute duquel, dans une certaine mesure, il a contribué par son intransigeance, qu'à l'opposition injurieuse dans son triomphe. La dernière fois du règne et de sa vie, il possédait cette tribune ; la Chambre des députés de Louis-Philippe ne devait plus se réunir et elle était morte avant d'avoir senti, même obscurément, qu'elle ne vivait point. La Chambre des Pairs quitta la scène avec la même inconscience ; elle renvoyait la discussion au lendemain, sans se douter que ce lendemain n'existerait jamais pour elle. Trois heures et demie sonnèrent à ce moment : c'était un glas (i) ; la pairie avait déjà cessé. Ainsi tombent

I. Pour la majorité du pays, elle avait préparé sa condamnation <^n montrant à nu l'esprit dont elle était animée le jour où Montalembert, au sujet des affaires suisses, s'empara de la triliune. Saisi d'une sorte de fureur, l'orateur catholique, après un tableau effrayant du radicalisme, dépeignit à l'Assemblée ses droits méconnus, « son sanctuaire bientôt violé, peut-être, par de nouveaux barbares qui la contraindraient à payer, au prix de son patrimoine, la rançon de ses votes et de ses arrêts. Puis, remontant à la cause

naturellement, sans secousses, i^ar un temps sans brise, légèrement orageux, des fruits trop mûrs.

Le roi reste seul. Sa défense, réduite à peu de chose, est celle de l'agonie. L'action réelle se concentre au dehors, dans les rues de la capitale, et fait dépendre d'elle le vaudeville dramatique qui se joue dans l'intérieur du palais. Le drame n'est plus là, la bourgeoisie n'ayant [)as encore compris qu'elle se livrait en ne défendant pas son prince, n'ayant rien distingué du fait considérable qui était en train de se passer. Devant l'homuie des faubourgs traversant en maître le boulevard des Italiens et des Capucines, elle s'était raillée et avait fermé ses volets, — pour mieux persévérer dans son aveuglement. Il y avait ici une sorte de symbole. « Pour la première fois, le peuple brisait les mailles du réseau d'argent que la classe moyenne tendait depuis soixante ans sur la nation : le cens électoral. Par ce seul fait, il mettait le pied dans le plat parlementaire. Il disait à la classe régnante : Part à deux ! Part à tous ! Audace inouïe ! Phénomène politique inconnu dans les fastes historiques du peuple français (i). » Un tableau plus grave aurait du éclairer, tout au moins, le gouvernement : place du Panthéon, la garde nationale, l'armée républicaine et le peuple, s'étant trouvés en face les uns des autres, fraternisèrent, et le colonel de la garde nationale fut forcé de se retirer tandis que ses officiers et ceux de la ligne se serraient la main ; tout le monde, sur ce point, se trouvait « en harmonie contre le pouvoir (q). » Devant une mêlée aussi confuse où tous

première de ses maux, de ses désastres, de ses catastrophes imminentes, il lançait l'anallièmc an dix-hnitième siècle, à la Révolution française, à Vollaii-e, à la Convention; il maudissait le génie même des temps modernes. » Stcrn, déjà cité.

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