Louis Blanc, déjà cité
2. Louis Blanc fut sincère, en dépit de ses ennemis ainsi que des accusations de lordNornianby, et du fait que les ouvriers des ateliers nationaux avaient voté pour Louis Bonaparte. S'il crut pouvoir se servir de la dictature du prince, cette croyance ne dura pas. — Le danger n'était pas dans l'admission de Louis Bonaparte. 11 sentait bien lui-même que sa présence à Paris ne pouvait qu'amoindrir sa position, que diminuer ses chances. Aussi se garda-t-il de proliter du vote de l'Assemblée, aimant mieux jouir du prestige et de la sécurité que lui assurait son éloignement jusqu'au jour où il jiourrait poser sa candidature. « Malheureusement, dit Louis Blanc, pendant que je m'opposais à ce qu'on proscrivît les autres, mes ennemis n'épiaient que l'occasion de me proscrire moi-même. » Il y a beaucoup de vrai dans ceci. — Aupara^ ant, dès le début de la mise en discussion de l'élection, le maréchal de Castellane avait écrit sur son journal : « Les cris de Vive Napoléon ! qu'on entend dans les groupes depuis deux jours prouvent qu'il y a non seulement justice, mais prudence à l'admettre. Si, par hasard, la peur a inlluencé la résolution de certains membres, on ne peut qiu" s'en réjouir. Refuser l'admission de Louis-Napoléon, c'était lui faire un piédestal, tandis qu'en l'admettant à l'Assemblée, on poiu-ra y apprécier son mérite. » T. IV, p. 80. — Persigny dut tout essayer pour A'aloir Blanc au parti ; il se servit, sans doute, de M'" Gordon. Louis-Naiîoléon, de son côté, utilisera une lettre de Blanc et la publiera sur une alliche quand il se présentera à la présidence.
liT LA lllivOLUTION DE 1848 ti^J
ce qui gouverne devient arbitraire, de nécessité, dans certaines circonstances. Le tribun n'admet pas que deux départements représentent, même en partie, la souveraineté du peuple ; et, pour justifier sa façon de voir, il essaie d'une ruse sans grande finesse : « Les auteurs delà déclaration des droits de 1798 déclarent que la souveraineté du peuple existe dans l'ensemble et ne peut exister dans un individu seulement... autrement, c'est du protestantisme ; ce n'est pas la foi dans la souveraineté du peuple. La souveraineté du peuple existe dans Tuniversalité, dans l'absolu. . . Autrement, il peut convenir à un département de nommer un prétendant... Il peut convenir à un département de nommer le comte de Paris ou Henri Y. Quel est celui d'entre vous qui viendrait soutenir qu'un département ainsi égaré et protestant pèse lui seul dans la balance autant que l'ensemble de la nation ?... En droit et en fait, quand la souveraineté du peuple, qui est l'universalité que vous représentez, décide que le département s'est mépris, vous ne pouvez pas dire qu'on attente à la souveraineté, caria majorité de la nation constitue dans son essence la souveraineté entière, absolue, indivisible du peuple... Ce qu'il faut respecter, c'est l'ensemble de la nation, et non pas les vœux isolés d'un département. » Néanmoins, il termine ainsi : « Depuis qu'il est nommé, est-il venu dire : Je m'incline devant la Uépubli([ue... Je mourrai simple citoyen de la Répul)li(|uc (pie ce peuple a glorieusement fondée. A-t-il dit cela ? (^uil le dise, et alors votie loi... pouira être modifiée. » L'Assemblée ne fut que momentanément touchée de ces arguments. Lcdru-Uollin, comme Jules Favre, comme Louis Blanc, était détesté ; il tranchait sur le reste. La lutte entre le Ndtional et Ui liôfonnc avait grandi. Avant la révolution, un duel était décidé entre Ledru-Uollin
et jNIarrast ; en rempèchant, 4^ le transporta sur le terrain politique (i), et les adversaires, comme les amis (le deux hommes, prenaient bien soin de Tentretenir, malgré qu'il n'y eût besoin de personne pour cela. La droite, avec ses terreurs, avait composé au révolutionnaire une réputation effroyable ; elle « abandonnait par dépit Lamartine ; elle repoussait Ledru- Rollin par crainte et la gauche modérée restait méfiante devant lui (2). » Cette haine de la droite aida beaucoup à la victoire. L'Assemblée hésita. Elle laissa le député Bonjean s'élancer à la tribune, s'y écrier : « Il n'est pas juste de dire que le prince Louis n'a pas fait acte d'adhésion à la République ! » et lire la lettre écrite parle prétendant le 24 mai, lettre que personne n'avait voulu connaître encore (3) dans la séance où, pourtant, avaient été communiqués les messages du prince de Joinville et du duc d'Aumale. — Celte lettre fut d'une grande importance. Elle produisit tout l'effet désiré. « Dans cette circonstance, dit Odilon Barrot, l'orage qui s'était formé sur sa tète et qui semblait devoir le foudroyer s'évanouit comme par miracle ; ... de tout le bruit que l'Assemblée avait fait, de toutes les colères du parti républicain, il ne restait que le retentissement du nom de Napoléon, l'exaltation de sa puissance supposée, son antagonisme ouvert avec une république maudite par une