‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 101 sur 149 · Daniel Stein, t. II · texte numérisé non relu

Daniel Stein, t. II

3. Véron. Mémoires d'un bourgeois de Paris, t. VI, p. 8i. — « L'Assemblée avait refusé d'entendre la lecture de cette même lettre dans la séance où avaient été lues les lettres du prince de Joinville et du duc d'Anmale, mais, cette fois, le temps avait marché. On savait, par expérience, que le nom du prince de Joinville n'éveillait que jieu d'échos dans les masses ; la droite avait compris qu'elle ne pouvait s'en faire une arme contre la république ; elle en venait à examiner le parti qu'on pourrait tirer du nom de Bonaparte ». Daniel Stern, p. 35i. — Lacroix, Histoire de Napoléon III.

grande partie de la nation ; tous ces vains et inutiles éclats du gouvernement n'avaient servi que d'échos et de truchements à l'ambition du prétendant (i). » Celle page parfaite qui valait au prince d'avoir gagné lui-même sa cause, bien qu'absent, avait été lue par hasard. Avant la séance, à la buvette, M. Bonjean, entendant le lils de Jérôme parler d'une lettre de son cousin et déclarer qu'il s'était adressé à tout le monde sans succès pour la l'aire connaître, lui dit : '( Donnez-la moi, je m'en charge (2) ».

Jules Favre revint à la rescousse ; sa fougue rallia ; elle décida l'Assemblée flottante. — Cette versatilité ne surprend pas et moins encore quand on établit le triage de toutes les opinions qui s'y heurtent. « Les conservateurs, sans se désintéresser de la République, ne se sentent pas non plus touchés de ses périls et, pour ennuyer le gouvernement, votent, en majeure partie, l'admission. La gauche agit de même. Des mécontents comme Blanc, Crémieux, Favre et beaubeaucoup d'autres se font du l)onapartisme une arme

1. Odilon Barrot, Mémoires, t. III. Il dit encore : « Devant cette démission, dans laquelle le pouvoir exécutif était si insolemment traité, les membres du f,'ouvernenient se turent : toute leur colère de la veille s'était évanouie en fumée et n'avait d'ailleurs plus où se prendre. C'est sur cette espèce de mystification (jue se termine le premier acte de ce drame. Le premier pas venait d'èlre fait vers l'empire par Louis-Xapoléon ; et, ce (jui est mieux, c'est cpuî Lonis Blanc et Jules Favre étaient ses partisans. C'est un spectacle profondément triste (jue de Aoir, d'un coté, tant d'hommes de ccrnr, animés de sentiments élevés et patrioti(pies, se laisser jouer ainsi I)ar un lionnne qui a sur eux l'avantage de se posséiler, de mentir à i)ropos et de savoir ce qu'il veut. A voir ce duel entre l'Assemblée souveraine et un seul homme qui alors n'avait pour lui ni sept milli(»ns de suffrages, ni le jjouvoir exécutif tout entier, avec ses iuiuienses forces, et qui n'ap|»orlait dans la lullc qu'un nom glori<!UX et populaire, il est vrai, mais des antécédents détestables, on ne peut pas s'emi)ècher de se rappidcr celle charmante fable du lion et du moucheron où noire La Fontaine montre avec de si vives et si ingénieuses couleurs comment la ruse et la persévérance peuvent lriouq)lier de la force. » T. II, p, 2'J2.

Page 1