‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 12 sur 149 · I. M. Du Camp, Souvenirs, déjà cités, p · texte numérisé non relu

I. M. Du Camp, Souvenirs, déjà cités, p

ET LA RÉVOLUTION DE 1848 5t

que le biuit a été causé par des enfants jouant avec des pétards.

Flaubert a deviné juste. Devant l'hôtel Guizot, le [)euple s'est vu le chemin barré par ini détachement du ni" de lip^nc. Appuyé par un olTicier de la garde nationale, M. Blot (i), le peuple a revendiqué ses droits et prétendu qu'on devait lui livrer passage. Vainement les officiers, avec douceur, lui ont fait connaître les ordres formels dont ils sont contraints d'assurer l'exécution ; vainement, tandis que l'insurrection continuait d'avancer, ils ont maintenu leurs honnnes ; ils vont être forcés de rentrer sous le porche du ministère des Affaires étrangères. Le colonel Courand réussit une dernière fois à convaincre de son mandat ; on crie même : « Vive la ligne 1 (2) » — « Je suis très touché, dit le colonel, de votre sympathie, mais je dois faire exécuter des ordres supérieurs; je ne puis vous laisser passer! » L'honnne à la vareuse bleuâtre fait un pas : « Vous n'êtes que de la canaille ; je vous dis que nous passerons ; c'est notre droit, » Les soldats commencent à murmurer. Courand lève la main pour les faire taire et répond encore : « J'ignore quel est votre droit, mais je sais quel est notre devoir et je n'y failliiai pas. — Toi, réplique le meneur, tu n'es qu'un blanc bec et je vais te griller la moustache (3). » Il porte sa torche au visage de l'officier qui

1. cil. Robin, déjà cilê, p. 246. Le récit de ce narrateur est assez tendancieux. D'après lui, les troupes lirèrenl par ordre. L'odicier du nom de lîlol aurait été tué. Robin l'ut un des eonii)atlants de 48.

2, 3. M. Du Camp, déjà cité. Le Xalional donnait la mesure de sa mauvaise foi en racontant simplement : « Ce soir, à dix heures un quart, un rassemblement s'est porté au ministère des Affaires étrarif^ères en clianlant la MarsciÙfdsc ri Mourir pour la patrie. Tout à coup, sans aucune sommalion, sans la moindre formalité légale, une décharj^e à bout portant a été dirigée contre cell(; masse désarmée. (;inipianle-dcux personnes sont lombérs parterre, mortes ou blessées ; un cri d'horreur et de vengance est parti

rejette vivement la tète en arrière. Un sergent de grenadiers, corse d'origine, Giacomoni, très dévoué à son colonel et que ce qui précède avait déjà outré, couche en joue l'insolent. Le capitaine de Ventimy l'arrête en lui signifiant de rester tranquille. « Trois ou quatre fois de suite, la même scène se renouvelle (i). » La foule, massée sur les trottoirs, n'a pas pris une part directe au mouvement, aussi crie-t-elle : « Ils passeront ! ils ne passeront pas ! » I/inconnu se rapproche du lieutenant-colonel : « Une dernière fois, veux-tu nous laisser passer? » Sur la réponse négative de Courand, il essaie à nouveau de lui brûler le visage en le frappant avec sa torche. Le colonel crie : « Croisez la baïonnette ! » Giacomoni ajuste l'agitateur et fait feu. L'individu tombe, brûlé à bout portant (2). Les soldats, exaspérés, tirent aussitôt, presque en même temps, affolés, avec une précipitation telle qu'ils s'atteignent les uns les autres. Une cinquantaine d'hommes s'abattent, peut-être un peu plus (3) ; le reste se jette à plat ventre ou s'enfuit. Le colonel Courand, dressé sur ses étriers, crie à son régiment : « 14* de ligne, vous vous déshonorez ! (4) »

L'émeute possédait maintenant les morts nécessaires et pouvait appeler à la vengeance. Elle le fit avec raffinement. Un chariot qui se trouvait là, par hasard, servit de théâtre. Seize cadavres y furent entassés, de la façon la plus propre à exciter Thorreur. Faut-il penser encore ici, avec Lamartine, à une action préméditée (5)? Le peuple a très naturellement l'instinct

aussitôt du sein de ce peuple victime d'un abominable guetapens... »

I, 2. Du Camp, idem. Du Camp dit que Giacomoni ne parlait jamais delà soirée du 28 février.

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