Philarète Chasies, Mémoires, déjà cité
César est la dernière carte révolutionnaire (i).
I. Il en avait été de même sous la première révolution. Le lo septembre 1792 IMarat, suivant le mouvement général, concluait lui aussi par la dictature et écrivait dans L'Ami du Peuple : « Cinquante ans d'anarchie vous attendent et a'ous n'en sortirez que par un dictateur, Arai patriote et homme d'Etat. » Bonaparte, élevé par la révolution, répéta au 18 brumaire les leçons de fructidor puis, ne trouvant plus de gouvernement véritable à défendre, en créa un. Lui aussi, à cette date, avait été la dernière carte révolutionnaire. — « La France a élu Louis-Napoléon Bonaparte parce que l'Empereur est pour elle la révolution, et qu'elle est avant tout révolutionnaire. » Proudhon, Vidée de la révolution au XIX' siècle. Voir aussi : Coiijèssiojiti d'un révolutionnaire. — Et il ajoutait dans La révolution sociale démontrée par le coup d'Etat, Garnier, i852: « Tandis que la classe nantie jure haine à la république, que le parti républicain, tombé en constitutionnisme, donne un désistement, Louis Bonaparte, porté par cint[ millions et demi de voix, devient l'organe de la révolution... Quel que fût l'élu du 10 décembre, en effet, produit d'une situation révolutionnaire, il était prié de devenir, à peine d'une prompte déchéance, l'organe de la rcAolution », p. 61. — « Les ardents ne pouvaient adopter le général Cavaignac : quel était le républicain rouge qui oublierait jamais les proscriptions de juin et les exils de MM. Louis Blanc, Caussidièrc, la captivité de Blanqui, de Barbes et du généreux Sobrier ?... Le général Cavaignac et les républicains politiques, traîtres à leurs antécédents, étaient plus en horreur aux Montagnards rouges et aux socialistes que les légitimistes. » Capefigue, La société et les gouvernements de l'Europe depuis la chute de Louis-Philippe jusqu'à la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, t. IV, p. 267. — Une partie de la réalisation démocratique, et même une grande part de celle-ci, se trouve si bien dans l'idée napoléonienne que personne dans l'opposition, avant 1870, n'aurait même osé la mettre en doute. En 1869, s'emparant du théorème expliqué au début de l'Empire, alors qu'il n'était pas devenu parlementaire, Gambetta dira à ses électeurs de Belleville: « Oui... le principe directeur de mes opinions et de mes actes politiques, c'est la souveraineté du peuple, organisée d'une manière intégrale et complète. Démocrate radical, dévoué avec passion aux principes de liberté et de fraternité, j'aurai pour méthode politique dans toutes les discussions de relever et d'établir, en face de la démocratie césarienne, la doctrine, les droits, les griefs et aussi les incompatibilités d'une démocratie loyale. » — L'Empire aurait duré deux ans de plus que Gambetta, comme Emile OUivier, ffit devenu ministre. — « Après une révolution, a écrit Napoléon III, l'essentiel n'est pas de faire ime constitution, mais d'adopter un sjstème qui, basé sur les principes populaires, possède toute la force nécessaire pour fonder et étaljlir et qui, tout en surmontant les difllcultés du moment, ait en lui cette flexibilité qui permet de se plier aux circonstances. » Le système du National aA^ait pallié aux diflicultés sans les surmonter. — Napoléon III disait encore: « Les gouA-ernemeiits qui,
ET LA RÉVOLUTION DE iS^S SGy
après de longs troubles civils, sont parvenus à rétablir le pouvoir et la liberté, et à prévenir les bouleversements nouveaux, ont dû puiser leur force dans le droit de la révolution même ; ceux-là, au contraire, ont été impuissants qui sont allés chercher ce droit dans la contre-révolution. » — Un adversaire écrira en 1861, au moment où le second Empire sera à son apogée: m L'idée napoléonienne, nous avons essayé de le démontrer, ne contient pas plus la vérité politique ([ue le socialisme de 1848 ne contenait la vérité économique. Klle n'est autre chose, eu un mot, (juc du socialisme politi- <(ue. » M. G. de Molinari, Napoléon III piiblicisfc. Bruxelles, Lacroix, i86i. — A partir de juin, le gouvernement, qui s'était servi des sociétés secrètes pour arriver au pouvoir, se retourne contre elles et donne des ordres à ses agents pour les restreindre le plus possible et même les anéantir. — M. TchernoCf, Associolions et Sociétés secrètes, elc. Alcan, 1900, p. 45. — Voir note 3, page 3i3.