Quentin-Beauchart, déjà cité, p. m. — Le Moniteur
2. Il le sentit bien lui-même, et voulut répondre au député La Rochejacquelein qui lui avait demandé un remède. 11 écrivit pour cela une petite brochure — comme tout le monde alors : Projet d'une constitution démocratique et sociale fondée sur la loi même de la vie, etc. (Paris, Gustave Sandre, 1848.) En réalité, après des préliminaires grandioses, plus religieux que pratiques, Leroux, malgré des idées curieuses et qui mériteraient d'être étudiées aujourd'hui, n'aijportait, pour l'époque où il écrivait, aucune solution possible. — D'après les positivistes, le gouvernement à établir ne pouvait être que provisoire. Voir : Rapport de la Société positiviste, par la Commission chargée d'examiner la nature et le i)lan du nouveau gouvernement révolutionnaire de la république française. (Paris, Librairie L. Mathias, i5, quai Malaquais, aoiit 1848.) Introduction d'Auguste Comte. L'ouvrage est intéressant et rectmnait la justice de l'action prolétarienne (p. 19). La page 21 est à méditer de nos jours — malgré la dernière ligne peut-être bien atlirmative, surtout étant donnée celle qui suit à l'autre page. — Les auteurs préconisent la puissance des clubs et la nécessité du désarmement. Ils se déclarentaussi pour un triumvirat. Ces auteurs étaient Littré, Magnin et Laflitte.
ET LA RIÎVOLL'TIOX DE iS^S 363
qnce. Elle se dressait comme la seule promesse qui iieùl pas encore mcnli.
Elle domine la situation.
Nous l'avons vue naître d'elle-même dès le début de la crise, le premier jour de la victoire ; nous avons constaté ensuite combien une simple propagande l'avait aidée, puis comme quelques lettres de Louis- Napoléon et sa politique réservée l'avaient définitivement établie en fournissant au principe réclamé la certitude d'un représentant adéquat ; enfin, nous avons reconnu combien la ligne de conduite suivie par l'Assemblée avait achevé de la mettre en évidence, au point même de la proposer à la nation. Aux journées de Juin, alors que tous les partis donnent de l'avant, l'idée napoléonienne combat seule, victorieusement encore. Elle est dans la ligne, dans la garde nationale, dans la garde mobile, chez les insurgés ; elle s'insinue à travers les fenêtres matelassées aux volets clos, dans les familles les plus hostiles, dans la bourgeoisie « intellectuelle » connue dans la bourgeoisie ordinaire; elle devient l'espoir des commerçants ; elle se saisit des villes provinciales; elle possède les villages, les fermes, les chaumières; elle se propage même par les chemineaux et les vagabonds qui profitent des belles routes départementales. EUedécimcrAssembléc. Elle avance, elle grandit, d'une [)oussée irrésistible; elle s'implante. Les deux courants ({ui la forment, le sien et celui dont le parti bonapartiste l'anime, par lequel il la dirige, sont mainlcnant loul à fait mêlés; ils vont se fondre de plus en plus dans l'homme qu'ils élèvent. L'idée napoléonienne fait bloc. Elle ne se sépare bientôt de rien; elle attire, elle condense, elle
réalise par son résumé puissant. Elle est l'histoire nationale, la vie même de la France ; elle et la France, fondues, revivifiées l'une par l'autre, vont marcher en avant à la tète de l'Europe. A la date oii nous sommes, le grand souffle mêlé de cette idée napoléonienne reste le seul qui se fasse sentir avec autant d'unanimité à travers le pays et les gens avisés prévoyaient que, par cela même, la souveraineté populaire une fois déclarée, tous, plus ou moins, s'y rallieraient. La République était morte dans les âmes, sinon de fait. Le Parlement avait promené dans les rues ce qu'il avait pu évoquer encore d'elle et ce fantôme incertain avait été frappé dans le dos comme dans la poitrine par les balles des deux éléments nationaux les plus combattifs. Rien que des ruines (i). La patrie même risquait d'y passer. — Sur cette grande tombe encore fumante, seul flotte le drapeau napoléonien,
La révolution aussi agonise. Les clubs, qui avaient cru la sauver par leur compréhension tronquée, exagérée ou plus empreinte de bonne volonté que d'adresse, avaient hâté sa fin. Tous ses enfants au pouvoir semblaient ainsi avoir été, tour à tour, ses fossoyeurs, et aucun n'était mort, de telle sorte qu'elle était un peu le contraire de son aînée dont le chemin avait été marqué dans le monde par les cadavres de ses fils. Quel avenir cependant, quoique prématuré, ne cachait-elle pas et comment se résoudre à croire qu'il restât entièrement perdu ?
I. « Tout recule, tout se précipite en arrière ; la société semble disposée à rentrer dans les formes qu'elle vient de détruire quand un nom surgit tout à coup dont la fascination attire et arrête à soi tous les courants les plus opposes de l'opinion et, s'imposant avec une puissance inouïe à la révolution chancelante, lui annonce et promet de lui donner une forme ou une impulsion, une existence nouvelle. » D. Stern, t. II, p. 472.
La joie des tours européennes après juin montra bien ce que la République avait écrasé dans l'œuf (i). — D'un côté, le peuple, indécis, léfléchissait à son désastre, tout en reclierchant, peu à peu, pour vaincre son abattement, une issue nouvelle ; de l'autre, l'Assemblée, au lieu de le conduire, ne s'en occupait plus et, concentrée sur elle-même, repliée dans son arène élroile en l'orme d'entonnoir, tournait le dos à la majorité de ses électeurs. Bon gré, mal gré, le pays ne devait compter que sur son propre jugement et l'avenir consistait pour lui à savoir s'il pourrait enfin, après tant de bavardages lionteux ou inutiles, après tant de sang versé, tant de temps perdu, prendre la parole à son tour. Pour ce vote décisif, son choix est déjà presque fait. « On veut vous voir, écrit Persigny au prince, on vous demande, on vous appelle, nous vous attendons (2). »
Le peuple n'a plus personne. On lui a fauché un à un ses chefs, — ou ils se sont livrés; aucun ne possédait la trempe nécessaire, même Ledru-RoUin qui, fivec plus d'audace et, pour cela, plus de netteté dans ses vues, tenait, à un moment, la partie si belle. Il ne reste que Louis-Napoléon Bonaparte. Sans lui, la révolution est morte — ou sur le point de mourir. Le descendant de l'Empereur se profile ainsi seul, dernier dictateur, face au peuple trompé. Il réunit toutes les dictatures précédentes ; il va les préparer de nouveau pour une prochaine lutte ; « fin comme l'ambre (3) », il les prend en main.
1. La révolution prolétarienne de juin fit trembler le Tsar. — Castille, déjà cité.
2. Lacroix, déjà cité, t. III, — Emile OUivier, L'Empire libéral t. II, déjà cité.