‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 23 sur 149 · I. Revue hebdomadaire, 9 juillet · texte numérisé non relu

I. Revue hebdomadaire, 9 juillet

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fusil, qu'il avait volé à l'iuslanl, était intact. Il proposait les mesures les plus radicales : « Il faut aller fusiller le g-éncial Aupick (i). »C\'tait Baudelaire. Plus tard, il écrira : « Mou ivresse de 1848. De quelle nature était cette ivresse ? (loùt delà vengeance; plaisir naturel de la démolition. Ivresse littéraire, souvenir des lectures. » Kt encore : « Etre un lionnne utile m'a toujours paru quelque chose de bien hideux. 1848 ne fut charmant que par l'excès même du ridicule (2). »

L'élément littéraire de cette révolution est à noter (3). Nous avons déjà signalé les philosophes plus ou moins sociaux qui la préparèrent dans les esprits ; nous allons voir le directoire de journalistes qui la conduira. En passant, retenons les hommes de lettres qui, en plus de ceux déjà nommés, se mêleront à elle. Les éditeurs Pagnerre et Poulet-Malassis en sont. Alexandre Dumas, Arsène Houssaye (4),

I. 2. cil. Baudelaire, Œuvres posHinnies cl correspondance inédite, etc., Paris, Quentin, 1887. Baudelaire, en 1848, professa les idées liumanilaires.

3. « Parmi les adresses et félicitations qui allluaienl de toutes parts à l'Hôtel de Ville et où l'exagération de l'expression le dispute au vague de la pensée, nous eu avons remarqué une, celle des étudiants à M. de Lamartine, qui caractérise bien cette espèce d'ivresse des esprits. « Lorsque votre nom parut dans le gouvernement, disaient ces jeunes gens à M. de Lamartine, des sceptiques s'écrièrent : « C'est un poète ! » Vous leur avez montré que la poésie c'est tout ce qu'il y a déplus grand et de plus généreux. » Et M. de Lamartine de leur répondre : « Eh ! (pie laisons-nous donc, que fait aujourd'hui notre pays, si ce n'est la plus sublime de toutes les poésies?» .. Aussi, que de déclamations retentissantes et souvent contradictoires ! Quel besoin de fêtes, de démonstrations théâtrales ! Chaque jour, ce sont des processions continuelles de tous les étals, de tons les âges, de tous les sexes qui se rendent à l'Hôtel de Ville avec des bannières. » Mémoires d'Odilon Barrât, t. H, p. z-S.

4. Arsène Houssaye publia, comme tout le monde, sa brochure: Au peuple des rainpai{iirs, avril 1848, t}]). de Pion. La brochure commcnvait : « Amis et frères, j'ai vécu parmi vous du même travail etdii même pain, etc. » Le prochain directeur de laCionu'die Eran(,aise annonçait : « On va réviser le Code civil. La nation ne veut plus de l'œuvre de Na|)oléon, elle veut l'ceuvre de Jésus-(;hrisl. U y a un code à faire, le code évaugélique. Les apôtres l'ont écrit

Eugène Sue, Alphonse Karr, d'autres encore, vont se présenter à la députation. Est-il nécessaire d'indiquer M'"^ Sand (i)? Victor Hugo indécis, regrette son habit de pair de France, tout en rêvant celui de tribun, conservateur avancé qui deviendra révolutionnaire par scrupule, par entêtement, par jalousie, sans doute, de Lamartine, et parce qu'on ne l'aura pas mis dans les honneurs assez tôt. Imaginons aussi Mérimée en garde national (12). Cet élément littéraire

sur le vent et les flots. . . Les temps sont venus d'arracher les voiles impies et d'ouvrir les yeux là où Dieu voulut que la lumière éclatât. Il faut traduire l'évangile avec le sentiment élevé de la poésie moderne comme l'a déjà fait Esquiros. Dans l'Evangile nous trouverons les tables sacrées de la loi républicaine. Et nous ne dirons plus seulement de Jésus-Christ V Homme-Dieu, nous dirons aussi le Dieu-Peuple. Dieu, parla Révolution de 1848, nous a rouvert la forêt primitive où Jean-Jacques Rousseau aspirait si ardemment. Retrempons nos âmes à cette verte et A'igoureuse saveur du chêne et du buisson. » Arsène Houssaye disait encore : « Ma vie passée est visible: mes livres sont là. Un mot sevdement: Né parmi vous, j'ai commencé la vie en honorant mes mains par le travail. Je dirai comme le philosophe ancien : Et moi aussi, j'ai labouré la terre ! L'étude et la rêverie ont fait ensuite de moi un ouvrier de la pensée... J'imprimerai désormais ces deux mots dans mes livres et dans mes actions : Vivre et niourir pour la République I »

I. Lettres nu peuple, s. d. Ses Souvenirs de ^8 ne parlent pas des premières journées de la Révolution.

a. Augustin Filon, Mérimée et ses amis, Hachette. Dans cette littérature, Mérimée apportait une certaine clairvoyance : « Vous ne sauriez croire combien je souffre au milieu du désordre où ce pauvre i^ays est livré. J'aimerais, je crois, à me cacher pour quelques années dans un cloître, ne fut-ce que pour échapper à cette continuelle tension d'esprit sur le même sujet. Qu'arrivera-t-il demain? Voilà ce que chacun se demande toute la journée, bien sûr de n'avoir pas de réponse, car, pour en faire une, il faudrait être prophète. « Tout est possiljle, même le bien », disait l'autre jour un de mes amis. Voilà notre situation : d'un côté, il y a des gens étonnés de leur victoire et ne sachant trop qu'en faire ; de l'autre, une masse immense de poltrons, tantôt se rassurant, tantôt s'abandonnant au plus abject découragement, prêts à tout céder, peut-être jusqu'à leurs têtes qu'on ne leur demande pas. » Mérimée fut appelé ensuite par « le citoyen Saint- Amant, gouverneur supérieur du Palais, au nom du Gouvernement provisoire » pour enlever des Tuileries les tableaux les plus précieux et les faire porter au Louvre. Mérimée indiqua ceux qu'il considérait comme les meilleurs, en compagnie de Léon de Laborde. Le Dra-

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n'ajouterait-il point au gâchis ? Son envahissement naturel, irrésistible, logique même, presque fatal sur le terrain politique, fournit, en tout cas, un indice. La diminution du principe gouvernemental, l'absence d'hommes gouvernementaux capables de conduire le pays n'en sont-elles pas les raisons ? Un courant très caractéristique s'alïirmc. La politique envahit tout, absorbe tout, fauche mille promesses particulières, faute d'être à sa place et de n'être que là; elle tue le pays, elle le perd, aussi certainement que le fait le pouvoir quand il avorte aux mains d'une assemblée médiocre, d'une aristocratie indigne, ou d'un maître incapable ; elle devient une religion tyrannique, une divinité dévastatrice, et, au fur et à mesure de son extension irréfléchie, faute d'être contenue, elle se détruit^ éparpillée, au lieu que, condensée dans l'enceinte de son domaine, préparée sérieusement, en dehors de toute considération sentimentale, puissante, elle disciplinerait son armée vers le but et l'atteindrait. Devant des bouleversements si dangereux pour la patrie, malgré leur apparence passagère et l'illusion qui porte à les croire peu graves, faute de découvrir un logicien subtil et qui sut jouer de penchants implacables, le désespoir suscite le souhait d'un prophète, et l'homme de gouvernement, en 184H, ne se laisse pas facilement découvrir. La patrie est une réalité qui semble si forte à tous les Français d'alors qu'ils n'y songent pas ou ne pensent qu'à en faire le moyen de leur idéal ; pour réaliser celui-ci, tous se croient prêts, tous se jugent merveilleux. Chacun, dans le secret de son appréciation, se trouve un petit dicta-

me des Tuileries, etc., par le citoyen Saint-Amant, Paris, Prcvel, mai 18^8. Cette plaquette de ^6 pages contient des détails intéressants.

leur excellent (i). Le cri de « Vive la République! » a pour traduction exacte celui-ci : « Vive moi ! (2) » A travers cette mêlée, plus on cherche, plus on n'y découvre qu'un élément sincère, le peuple (3) ; son manque de calcul le prouve, malgré la part d'é- ^oisme, d'intérêt et de névrose qui le pousse inévitablement. Le peuple ne cessera pas d'apparaître désormais (4), en dépit du gouvernement provisoire, culbutant un moment ceux qui l'ont déchaîné, revendiquant sa place avec maladresse et brutalité^ faute d'avoir su se donner un chef, faute de l'avoir trouvé en lui. Nous allons le voir chercher sans relâche, jusqu'aux journées de juin, ce chef inconnu vers lequel, du fond des poitrines prolétariennes, monte un appel à la dictature.

Malgré l'horreur du tableau sombre, malgré le sang,

1. Philarète Chasles, Mémoires, 2 vol., Paris ; Charpentier, 1877, l. II.

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