I. Castille, t. I, p
de 1848 viendra, en partie, de ce que le peuple se trompe encore. Conduit dans la cour de l'hôtel Bullion par la franc-maçonnerie même, il croit la tourner et s'en servir alors qu'elle lui impose un des siens ; il pense avancer d'un pas, et il consacre un des personnages qui semble montrer l'équivoque maçonnique, — car, dans celte étrange armée du jésuitisme laïque, opposant son pape rouge au pape noir de la congrégation, il s'élève une sorte de muraille mouvante, elle-même incertaine, au delà de la([uelle on ne voit plus. — A la police, ce cénacle de rhéteurs mit deux autres maçons, Caussidièrc, ancien commisvoyageur énergique, volontiers prétentieux, et Sobrier àme singulière, composite, assez maladroitement exaltée, faible, soutenue par une raison flottante, et que ces luttes brisèrent à jamais.
En résumé, la grande majorité de cette foule révolutionnaire, ([ue ses meneurs décrétèrent républicaine, ignorait sa propre opinion, dans ce qu'elle n'avait pas d'égoïste, et où elle allait (i), La Chambre ne le savait pas davantage. Le gouvernement nouveau a été préparé en dehors d'elle et c'est dans une seule séance, progressivement, qu'en utilisant toujours le peuple pour emporter la victoire, ce gouvernement, dictatorial lui aussi, s'imposera encore à elle (2). Les
1 . Un révolutionnaire l'avoue, un de ceux qui aidaient à la conduire, le secrétaire intime de Ledru-lloliin ■ « La soirée s'avançait. Paris tout entier s'af,^itait, se remuait, masse vivante, Ilot vivant, allant d'une irrésolution à une incertitude, halloté par des bruits contraires, mais allant, allant toujours, obéissant à l'impulsion donnée, comme la vaj^ue et, comme elle, allant à la mer, c'est-à-dire à l'inconnu. Car, à jiart ceux (|ui jcardaicnl bravement leurs barricades recorujuises, fjui, |)armi cette foule en proie à toutes les émotions, savait (ju'on allait à la réjjublique ? ïleaucoup pouvaient la deviner mais pi-u la voyaient. » Delvau, Jlisloirc (le la Jiéi'olulioii de Fcvricr, p. i8i.
2. Dès le () mars, (ieor^'e Sand eut l'instinct (|ue le gouvernement ne réaliserait pas la llévolution. Kn parlant «le Michel «le Bourges, elle écrivait : « l'eut-étre croit-il désormais lra\iiill(r
députés commencent par acclamer la duchesse d'Orléans et le petit roi d'une heure qui lui donne la main, mais le parlement ne soupçonne pas, dans son ensemble, ce qui s'est élaboré ; seuls, ceux qui ont leur part dans le complot sont au courant. Voilà pourquoi Lamartine, soutenu par Ledru-Rollin et par Crémieux, qui semble jouer à ses collègues un tour qui les étonne, s'oppose à ce que le comte de Paris soit immédiatement nommé. Il n'ose d'abord se prononcer d'une manière catégorique, mais il demande que la discussion cesse jusqu'à ce que la duchesse et son fils se soient retirés (i). Rien ne prouve la complicité, qui eût été naturelle, de cette grande figure, et il est admissible qu'il aida le jeu de ses futurs adversaires par question de principe, par loyauté, de même que, plus tard, surtout pour les mêmes motifs, il fera celui de Louis-Napoléon. Sa tactique d'attente devait être reprise par Marrast, puis par Ledru-Rollin, chacun ouvrant la porte à une nouvelle vague populaire, la seconde plus avancée que la première, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le peuple se présentât de luimême dans toute sa colère, car, à la Chambre, comme précédemment aux Tuileries, — comme en 1789,
pour une république aristocratique où le droit des pauvres sera refoulé et méconnu. S'il agit ainsi, il brisera l'alliance qui s'est cimentée d'une manière sui)lime sur les barricades, entre le riche et le pauvre. Il perdra la République et la livrera aux intrigants; et le peuple, qui sent sa force, ne les supportera plus. Le peuple tombera dans des excès condamnables si on le trahit... » Correspondance, t. 111, p. 8, 9. — Le 9 mars, elle écrivait encore : « Le Gouvernement est composé d'hommes excellents pour la plupart, tous un peu incomplets et insuflisants à une tâche qui demanderait le génie de Napoléon et le cœur de Jésus. » p. lo. Et le 17 avril : « J'ai bien dans l'idée que la République a été tuée dans son principe et dans son prochain avenir. » p 38.
I. Castille, Stern, Victor Pierre, etc. « La phrase de l'orateur, ordinairement vague, était devenue louche. M. de Lamartine annonyait sa pensée sans la dire, comme s'il en avait peur ou honte.») Cassagnac, déjàcité,t. 1, p. 2Î9. — Voir aussi: a^ féxrier et i5 mai i ^^8, etc., chez l'éditeur, place du Louvre, 18 ; — 1848.
ET LA RÉVOLUTION DE 1848 Sj)
— le peuple joue le rôle définilif, menace, entre en scène, rèj,'le le drame intérieur et décide de lui. Il évoque un peu le chœur du théâtre antique ; il crée aussi un chœur nouveau, bien moderne, qui est, en quelque sorte, 1 acteur principal, quoique escamoté sur la lin, celui qui tranche la situation en survenant avec brusquerie au milieu des personnages pour déterminer leur conduite.
Mal remis de son impopularité, navrant et navrée Odilon Barrot, vers lequel se fixent tous les regards, après s'être fait attendre, ne sait pas prononcer les paroles que les partisans de la régence réclament de lui. Marie, Crémieux, si sournoisement habile à se faufder dans toutes les éventualités favorables, profitent de la tribune. Entin, après eux, il se décide, et tout le monde espère. Il ne dit rien ; il ne peut pas parvenir à exprimer le nécessaire en dépit des applaudissements prodigués afin de lui valoir un peu de courage. Désespérée, la Chambre se tourne vers la duchesse même. Cette fois, Barrot prend la parole, avec quelque apparence d'autorité, — et interrompt l'infortunée princesse. « L'œil évidé, la joue blême, pendante (i)», il énonce gravement — Odilon Barrot a toujours été grave — de vagues lieux communs. Ce résumé-type du néant parlementaire qui avait si longtemps [)réparé son heure, pontife n'ayant cessé de croire à rexcellence de ses opinions et qu'il était un chef, ce destructeur du pouvoir, qui s'en prétendait le meilleur ap[)ui méconnu, maintenant que le pouvoir, par un miracle, arrivait entre ses niains, ne savait rien en faire. Il semblait avoir élé mis au monde pour protester noblement, et rien que pour cela ; du moment où il fallait agir, il se perdait. — l'ne indécision d'un autre genre, moins solennelle, \c même