‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 29 sur 149 · Castille, t. I, p · texte numérisé non relu

Castille, t. I, p

3. La maçonnerie, nécessaire et souvent admirable sous Louis XVIII et Charles X, commença de se perdre vers i836 ; elle fut, sinon à la solde des banquiers, du moins, un moyen de ceux-ci et du gouvernement. Tout ce qu'il y avait eu elle de gran<l, de juste, de généreux, tout ce qui en avait fait au moment de la première révolution une sorte de religion nouvelle de l'humanité, sombra petit à petit. L'argent, si justement recherclié, avilit en général, dans les conditions modernes de la civilisation, sauf certaines natures d'élite qui savent l'employer. — La maçonnerie avorta

sil)le leurs exaltés et leur martyrs comme l'Kglise romaine s'est servie des siens pour le plus giand bien de sa domination, — et les sociétés secrètes qui se ralliaient à la doctrine olTicielle de la bourgeoisie, avaient prôné le mérite de cet Albert, brus-

de mémo sous la seconde république ; elle revécut au moment des affaires italiennes, [)uis perdit de vue son principe. Au lieu d'aider à réformer le Second Empire et d'éclairer l'empereur, malgré son entourage, au lieu de soutenir Duruj', elle espéra dans des hommes comme Tliiers qui, à partir de 11^71, cei)endanl, montrèrent l)ien terreur commise à leur sujet. Elle n'écouta pas les avertissements que lui envoyait à partir de i,SG5 la franc-maçonnerie allemande ; elle ne voulut pas comprendre que la Prusse, en prenant le pas sur l'Allemagne, y imi)lanlait un militarisme rétrograde et que l'Allemagne, par essence, ainsi domestiquée, redevenait le Saint-Empire qu'avait abattu A'apoléon l". Qu'en lésulla-t-il ? Au lieu du pou^■oi^ révolutionnaire et pourtant stable qui avait affranchi l'Italie, éveillé la Roumanie et continué d'entretenir eu Europe, malgré les cours, le principe des nationalités, elle eut la république essentiellement réactionnaire de Tliiers et de Mac-Mahon. De nos jours, la maçonnerie semble en pleine décadence. Le Grand Orient de Paris est excommunié dans plusieurs pays, notamment en Amérique. Beaucoup de syndicats ne s'en réclament que pour la forme et s'en émancipent de plus en plus. La franc-maçonnerie française sait-elle elle-même où elle va ? Si, au nom de la politique, elle continue de renier les principes qui l'ont faite si grande dans le passé, elle est perdue ; et un puissant moyen d'action, mis au service d'une des plus généreuses idées qui ait soulevé le monde, disparaîtra. Elle a d'ailleurs sou^■ent déçu ses meilleurs lils, et même au moment où elle semblait fortement organisée. Voir : Les idées de Mirnhcaii sur In F/Yinc-Mnçnnnerie, rééd. chez Cliaravay. — Un de ceux qui a le l»lus fait pour elle et qui en a le plus souffert a été Mazzini. Cette âme incomparable a tout essayé pour élev«'r le niveau maçonnique et faire comprendre à ses frères le véritable but de leur mission. Que dirait-il aujourd'hui ! H eut la tristesse d'assister sur la lin de sa ^ie à ^a^■ortemenl de son œuvre. L'Internationale, désertant les idées du maître, perdit la tradition Voir : Lettres à Daniel Slern. — Il y aurait, de nos jours, à reconstituer une nouvelle Cliarbonnerie Française et Européenne. L'Eglise et la maçonnerie — ce fait est très signilicalif — ont baissé en même temi>s, à peu près, exploitées l'une et l'autre par des intérêts comme i)ar des intelligences à courte vue, et les deux rivales ont «'■le d'aiilanl plus profondément séparées. Qui sait si elles ne pourraient par^■enir à s'entendre? L'Eglise, à moins d'une réfection sérieuse, «-st destinée à l'émiettement. La maçonnerie, de son côté, périclite. D'une commune entente entre les éléments jeunes (jui veulent réaliser, i|u'ils se réclament de religions diverses, mais réelles et ellicaces, une force considérable pcjurrail résult(;r.

quenient célèbre désormais en plein jour ; le peuple, encore si neuf dans l'art de revendiquer ses droits, avait fini par les croire, ne comprenant pas que l'ouvrier des sociétés maçonniques, et qui y intrigue ou permet, par sottise, par incompréhension ou par intérêt, qu'on se serve de lui pour intriguer, appartient Lien plus à la politique qu'au travail et, souvent, ne reste plus apte à défendre, comme il le faudrait, celui-ci. « Pour que cette élection eut pris le caractère que les hommes du parti avancé cherchèrent à lui donner, il eût fallu, au lieu d'Albert, voir surgir quelque ouvrier connu de tous, désigné par l'acclamation des légions du travail, ou, plutôt, par une sorte de sentiment public. Il n'en existait pas de tel (i). »

Dans ce cri spontané monté vers les bureaux noirs où quelques gens de lettres se disputent la direction de la France, sans même faire abstraction de leurs haines et de leurs castes, de leurs ambitions personnelles et de leurs intérêts, on reconnaît l'espoir du prolétariat ; dans cette acclamation, comme dans celle qui salue la grandeur napoléonienne place Vendôme ou dans la personne du maréchal Gérard, on sent, voilé, mais certain, l'appel du peuple vers un homme qui le guide, qui le sauve, qui le délivre aussi bien de ses faux amis que des contradictions dans lesquelles il se débat, on retrouve un besoin instinctif, profond, immense de dictature ; la logique populaire, simplificatrice, veut bouleverser les combinaisons bourgeoises, dépasser les menées révolutionnaires intéressées, s'évader hors du réseau tendu par les maçonneries, elle aussi avoir son homme; — et Bonaparte, de nos jours, serait peut-être ouvrier. L'avortement

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